« Une banale histoire » au théâtre de l’Atelier

Comme je le disais ici, la semaine dernière je me suis rendue au théâtre de l’Atelier pour assister à une représentation de la pièce Une banale histoire.

Pitch: « De lourdes insomnies portent le vieux professeur de médecine Nicolaï Stepanovitch à se pencher sans concession sur son passé. Il a regardé Katia, sa pupille, grandir, aimer puis sombrer. Ils partagent désormais les mêmes questions sans réponse sur l’amour, l’art, la science et bien d’autres sujets propres à masquer les étranges sentiments qui les unissent. La pièce est librement adaptée de la nouvelle éponyme de Tchekhov. » (source: le site du théâtre)

Une banale histoire, nouvelle du médecin-écrivain Anton Tchekhov, a été ici librement adaptée et mise en scène sur les planches du théâtre de l’Atelier par Marc Dugain, pour qui cette histoire est très liée aux hésitations de l’auteur à revenir à la scène après l’échec d’Oncle Vania. La volonté de l’écrivain de faire figurer dans cette pièce une sorte de testament prématuré sur cet art qui le fait vivre et qui l’agace par la médiocrité du milieu qui l’anime y est aussi flagrante. Stepanovitch, professeur de médecine quitté par la vie, n’est pas sans ressemblance avec Tchekhov lui-même qui sait que bientôt la tuberculose finira par l’emporter. On y trouve aussi cette relation confuse qu’entretient l’auteur avec les femmes et cette distance amoureuse qui lui est si particulière. C’est un texte magnifique (même sans être aussi fan que moi de littérature russe) et malheureusement assez peu connu, dont les propos sur l’art, la vie, la science et l’amour, sont d’une humanité et d’une lucidité incroyables.

Marc Dugain concentre la mise en scène sur l’omniprésence du docteur Stepanovitch et sur ce murmure intérieur qu’il entretient: c’est comme un fil conducteur sur lequel viennent s’agréger sa femme et sa pupille avec laquelle il nourrit une relation étrange et d’une intensité au-dessus de ses dernières forces. L’homme est à la fois toujours là mais plus tout à fait là en même temps, et toutes les sollicitations dont il fait l’objet lui paraissent dérisoires au moment où il s’emploie à tirer quelques leçons de son existence. Le texte est empreint d’une légère mélancolie teintée de petits passages caustiques mais qui n’entament jamais la profonde humanité de l’auteur.

Au delà du texte, la pièce mérite véritablement d’être vue pour l’excellente performance de Jean-Pierre Darroussin: crâne presque dégarni, barbichette poivre et sel & fines lunettes, il habite complètement son personnage de bout en bout. Sans tristesse, ni sentences, il livre d’une voix douce mais parfaitement claire et limpide, ce qui sont les pensées d’un être cultivé dont les jours sont désormais comptés. Se déplaçant à pas feutrés, proférant des avis sobres mais circonstanciés, usant de mimiques discrètes mais efficaces, il surprend par la subtilité généreuse qui habite cet homme. Il dévoile peu à peu une philosophie de la vie, des rapports humains et en société, aux antipodes de ce qui est le modèle de ses contemporains, frivoles et truqueurs, et nous offre, à cette occasion, une composition parfaitement réussie. Chapeau !

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Une bonne surprise de cette nouvelle saison théâtrale à l’Atelier. J’ai hâte d’y voir la performance de Romain Duris très prochainement !

C’est où ?
Une banale histoire
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin (18è) – M° Anvers
Du mardi au samedi à 21h, en matinées samedi et dimanche à 16h.
Durée: 1h30.

**

Hop, hop, hop… partez pas ! Un second billet « théâtre » sera mis en ligne cet après-midi :)

4 réponses à « Une banale histoire » au théâtre de l’Atelier

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