Walker Evans

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Une Amérique singulière et sensible

C’est ce que vous pouvez voir jusqu’à dimanche soir prochain à la Fondation Henri Cartier-Bresson, à travers une expo qui confronte les images des Etats-Unis des années 30 et 40 de deux des plus gands photographes du XXè siècle, Walker Evans et Henri Cartier Bresson. On fête justement le centenaire de la naissance d’Henri Cartier-Bresson, disparu il y a 4 ans, et c’est l’occasion pour la fondation du même nom, qui se consacre au rayonnement de l’esprit de l’artiste, de l’associer à Walker Evans, un photographe qu’il admirait particulièrement.

L’idée est de faire un parallèle entre les photos de l’Amérique que HCB a prises en 1946-47, au moment où il était de l’autre côté de l’Atlantique pour la première rétrospective que lui a consacrée le MoMA, et celles que Walker Evans avait réalisées dans les années 30. L’un comme l’autre arpentèrent entre 1929 et 1947 les Etats du Sud (Mississippi et Louisiane), les rues de New York ou Chicago, ainsi que la Californie.

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Pourquoi ce parallèle ? Parce que, sans jamais être devenus proches, Evans et HCB ont toujours déclaré avoir une grande admiration l’un pour l’autre, que ses photographies de l’Amérique ont joué un grand rôle dans la carrière de HCB, que la confrontation de leurs images respectives permet de mettre en évidence des thématiques partagées qui témoignent aussi de ce qui a forgé le photojournalisme d’après-guerre.

A tel point que, devant certains clichés, à moins d’en connaitre l’auteur, il est quasiment impossible de les différencier ! Et c’est sans doute ce qui m’a le plus frappée dans cette exposition. Il y a une communion d’approche confondante. Certaines images mises côte à côte pourraient avoir été prise par la même personne. A un léger détail, et je pense qu’il faut alors bien bien connaître la civilisation américaine et son histoire du 20ème siècle pour y être sensible…

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Walker Evans photographie l’Amérique des années 30, c’est à dire l’Amérique de la crise. Celle qui a été mise KO par le krach boursier de 1929 et qui porte, dans son tissus social, toutes les blessures de la Grande dépression. Dans beaucoup d’images, la pauvreté et la misère sont palpables. Cartier-Bresson, de son côté, photographie l’Amérique de 1946-47, celle qui est sortie victorieuse de la guerre, et qui a pansé ses plaies grâce à cette victoire. Celle qui entre dans l’après-guerre avec la certitude de sa force, et l’élan pour construire la société d’abondance que nous connaissons aujourd’hui. La vie n’est pas facile pour autant, cela se voit, et si le visage n’est pas encore radieux, les choses ne sont déjà plus les mêmes.

Tout cela m’amène à la seule petite réserve que j’émettrais sur cette exposition (comme sur la plupart des expos, finalement) : les différents textes de présentation, tous fort bien faits au demeurant, s’attachent à nous parler des deux photographes, de leur histoire, de ce qui les rapproche, de ceux qui les différencie, du pourquoi du comment cela est très très pertinent de mettre leurs travaux en face à face, et tout cela est très intéressant. Mais à aucun moment on ne nous parle du sujet de ces photographies, de l’Amérique, de ce que ces images nous donnent à voir de ce pays, et de son évolution sur une période charnière et majeure de son histoire et de l’histoire du monde au siècle dernier. L’aspect pédagogique manque un peu dans cette expo, et c’est dommage. Bien sûr, c’est intéressant de savoir ce qu’un photographe a apporté à la grande histoire de la photographie. Mais ça l’est tout autant, voire un peu plus quand même, de savoir ce que son regard sur le monde apporte à l’histoire de l’humanité.

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Ceci dit, ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir. Cela reste une expo belle et bien faite. Le cadre de la Fondation, avec ses deux grandes salles qui mettent en valeur les photographies, est idéal. N’hésitez pas, c’est jusqu’à dimanche.

C’est où ?
« Henri Cartier-Bresson/Walker Evans – Photographier l’Amérique 1929-1947 »
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis (14è) – M° Gaîté
Tarifs: 6€ (TR: 3€). Gratuit le mercredi soir en nocturne.
Jusqu’à dimanche 21 décembre.

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