« Un Tramway »

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« Un Tramway » au Théâtre de l’Odéon

Ça faisait au moins… ouf, tout ça, que je n’étais pas allée à l’Odéon. J’ai bien souvent du mal avec leurs mises en scène un peu trop néo-bobos pour moi (c’est dire, oui !), mais quand j’ai vu qu’y était montée l’adaptation de l’une de mes pièces préférées de Tennesse Williams (un dramaturge que j’aime énormément… oui, j’aime les névrosés, je m’identifie à mort, mouahahah !), je ne pouvais que sauter sur l’occasion. Je me suis donc rendue au théâtre de l’Odéon mercredi soir pour voir « Un tramway », un spectacle adapté librement de la pièce de Tennessee Williams, Un tramway nommé désir, par le metteur en scène Krzysztof Warlikowski avec Isabelle Huppert dans le rôle de Blanche.

Pitch: Pour ceux qui ne la connaisse pas encore, je vous conseille grandement de lire la pièce de Tennessee Williams, c’est une petite merveille. En quelques mots, c’est l’histoire de Blanche DuBois, une belle du Sud un peu fanée mais encore assez jolie qui débarque chez sa sœur après que la maison familiale ait été perdue; puis viennent la confrontation avec son beau-frère Stanley, une sorte de gros rustre (joué divinement pas Brando jeune -graouuuu- dans le film d’Elia Kazan), et la tension sexuelle, le jeu d’attirance et de rejet entre les deux. L’écran de fumée et de fantasmes érigé par Blanche (prof de littérature se parant de fourrures, elle se présente comme une belle dame instruite avec des manières) s’effrite pour laisser place à la réalité (après que son mari se soit suicidé quand elle a appris son homosexualité, elle enchaîne amant sur amant et a même eu une relation avec un de ses élèves de 17 ans). Le choc entre la belle et la brute et l’effacement simultané de l’illusion au profit de la réalité sont les deux thèmes principaux de cette pièce, et je ne les ai pas vraiment retrouvés ici.

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Dans cette adaptation très librement inspirée du texte de Tennessee Williams (qui a été largement retravaillé), le parti pris du metteur en scène a été de tout concentrer sur la personne de Blanche. Ou comment trouver une excuse pour donner à Isabelle Huppert un rôle majeur et se permettre n’importe quoi là-dessus pour faire du chiffre ! La Blanche interprétée par Huppert est tout simplement horripilante. Le personnage nous assomme de très longs monologues où elle révèle sa demi-folie destructrice, mais aussi une forme de lucidité perverse qui la rend encore plus ambiguë et moins facile à cerner que dans le texte de Williams. On ne sait jamais véritablement si sa fragilité et sa folie sont feintes ou réelles, conscientes ou inconscientes, passant de la femme séductrice à l’animal coincé dans sa cage de verre. Si ce nouvel angle plus déroutant que dans la version originale pouvait sembler pas mal à première vue, c’est bien la seule chose qui a un semblant d’intérêt dans cette adaptation.

Au delà de ça, la pièce est carrément illisible et incompréhensible avec des éléments de mise en scène qui, non seulement, n’ont apparemment pas de sens véritable, mais en plus n’apportent rien de particulier à la pièce. A force de chercher la signification du moindre élément de mise en scène qui n’a aucun rapport direct avec la pièce, on finit par ne plus rien comprendre et surtout par penser que finalement, ça ne veut peut-être rien dire du tout.

Tout est prétexte au délire mégalo-narcissique du metteur en scène: le décor en général (un rectangle en verre qui couvre toute la longueur de la scène et qui va d’avant en arrière pendant toute la pièce), l’utilisation de la vidéo qui ne sert pas le propos, les interminables intermèdes musicaux (avec une chanteuse abominable qui donne envie de se tirer une balle tellement elle chante mal), une conférence en anglais sur le compromis dans le couple (ridicule), des détails ineptes comme la projection d’une vidéo de théâtre d’ombres et de marionnettes… Tout ça n’apporte strictement rien à l’histoire et rien ne ressort de l’esthétique globale de la pièce.

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L’espèce de surdramatisation de la pièce via le rapprochement avec des passages mythologiques est totalement mal amené et le pire dans tout ça, c’est la léthargie dans laquelle le spectateur est invariablement plongé du début à la fin. Tout cela résulte certainement du fait qu’il n’y a jamais de montée de tension ou de climax, de la manière qu’ont les acteurs de dire le texte (assez monocorde sauf pendant les moments hystériques de Blanche), de séquences de monologues et musicaux beaucoup trop longs, du fait qu’il n’y a pas de fil conducteur lisible… De tout ? Presque.

Il reste que oui, les comédiens sont tous très bons et Isabelle Huppert est une formidable actrice, mais ce talent se perd totalement dans cette adaptation complètement inintelligible. Tout commence dans la première scène, où Warlikowski nous montre Blanche, dix minutes durant, seule, au bout du rouleau, ivre, stone et défoncée. Pour ma part, je n’y ai vu qu’un numéro d’actrice complètement ridicule et surjoué à l’excès… Pour le reste, à part quelques bons moments plus en retenue, elle ne fait que hurler ou changer de robe, aussi souvent que Warlikowski passe d’une idée à une autre. C’est dire !

Bref, ce fut une horreur, j’ai presque tout détesté (et pourtant, vous savez à quel point j’aime le théâtre) et particulièrement les trèèès longs apartés, la musique de fond qui tambourine ou les grands cris hystériques d’Isabelle Huppert. Blanche DuBois, à la base, c’est quand même pas Médée ou Phèdre et Un Tramway nommé désir, ce n’est pas Le roi Lear non plus. Alors essayer de faire du premier un drame à la sauce du second n’était certainement pas une très bonne idée pour mettre en valeur le texte de Tennessee Williams. Quand je lis l’article de Libé sur la pièce, je me dis qu’on ne vit surement pas dans le même monde… et tant mieux !

Pendant 2h45 interminables, je n’ai pensé qu’à une chose: partir en courant ! Comme j’étais en plein milieu de l’orchestre, impossible de quitter la salle sans gêner tout le monde, mais les gens assis sur les côtés ne s’en sont pas privés et ont commencé à quitter la salle au bout de 45 minutes. A la fin, très peu de gens ont vraiment applaudit et certains ont même hué ! Je n’avais jamais vu ça au théâtre, je ne vous raconte pas les mines déconfites de Warlikowski et Huppert lors du salut final. Ils sont bien gentils, mais trop c’est trop.

C’est où ?
« Un Tramway »
Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon (6è) – M° Odéon
Du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 15h.
Jusqu’au 03 avril 2010.

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Little Miss Chatterbox

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