théâtre de l’Atelier

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« Les liaisons dangereuses » au théâtre de l’Atelier: mon coup de cœur de la rentrée !

Le week-end dernier, je me suis rendue au théâtre de l’Atelier pour assister à l’une des premières représentations d’une adaptation pour le théâtre des Liaisons dangereuses, mise en scène par John Malkovich.

Présentation du théâtre: « Le monde change sans cesse mais la nature humaine reste toujours identique à elle-même. A l’époque de Choderlos de Laclos, les amoureux échangeaient des lettres pour se séduire, puis le téléphone est arrivé et ils ont cessé de s’écrire… Aujourd’hui, le développement d’Internet, des SMS et des réseaux sociaux a provoqué un formidable retour de l’écrit dans les relations amoureuses. C’est à partir d’un regard contemporain, nourri d’une intimité de longue date avec l’adaptation de Christopher Hampton, que John Malkovich – un Valmont inoubliable – a choisi de proposer cette mise en scène. Sur plateau presque nu, il a réuni une troupe – composée principalement de la nouvelle génération d’acteurs – qui incarnera les personnages mythiques de Choderlos de Laclos et rejouera les multiples intrigues de l’œuvre Les liaisons dangereuses. »

Interprète inoubliable du Valmont des Liaisons dangereuses de Stephen Frears au cinéma il y a plus de 20 ans, John Malkovich met donc actuellement en scène l’œuvre mythique de Choderlos de Laclos au Théâtre de l’Atelier. Il y fait ressortir « la lutte » entre hommes et femmes qui, à ses yeux, n’a pas beaucoup changé au cours des siècles et apporte un regard contemporain au roman épistolaire de Choderlos de Laclos à travers une adaptation signée Christopher Hampton.

John Malkovich a fait le choix d’une mise en scène audacieuse et résolument moderne où jeans, baskets, portables et tablettes côtoient coiffures et corsets rappelant le XVIIIe siècle. Car si le monde et la société ont effectivement beaucoup changé depuis cette époque, la pièce montre bien que la nature humaine est, quant à elle, restée plutôt fidèle à elle-même : amour, manipulation, désir et tromperie sont toujours d’actualité. Et force est de constater que le texte de Christopher Hampton (traduit par Fanette Barraya) rend un bel hommage au roman épistolaire de Laclos: cruel, féroce et tellement moderne dans sa façon d’aborder les sentiments humains.

De plus, j’ai particulièrement aimé le côté épuré de la mise en scène qui ne repose presque que sur le texte et sur les émotions transmises par les comédiens. Cela permet d’entrer directement au cœur des personnages et de la situation. Ce qui est aussi le cas à travers le côté dépouillé et minimaliste du décor, qui donne une vraie force et une grande intensité aux scènes. C’est vraiment réussi !

Puis surtout, coup de chapeau à la surprenante troupe de neuf jeunes comédiens, encore inconnus, choisis par John Malkovich pour incarner les personnages mythiques de Laclos. J’ai lu quelque part qu’à la base, il avait pensé à Vincent Cassel pour le rôle du Vicomte de Valmont mais qu’il avait du revoir sa copie suite au désistement de ce dernier. Et bien je dois avouer que même si j’aurais adoré voir Cassel dans ce rôle (sur mesure ?!), j’ai trouvé tous ces jeunes acteurs excellents et véritablement habités par ce texte ciselé, magistral, cruel et tragique. Coup de cœur particulier pour Yannik Landrein qui interprète de façon puissante et incroyable un Valmont irrésistible et charismatique (wow !). A noter aussi, les excellentes prestations de Julie Mounier, froide et machiavélique en Madame de Merteuil et de Jina Djemba qui incarne avec justesse et sensibilité Madame de Tourvel.

En bref, un très beau moment de théâtre qui donne envie de voir (et de revoir) le film de Stephen Frears (et aussi le Valmont de Milos Forman) et de se replonger dans le chef d’œuvre de Choderlos de Laclos. Mon coup de cœur de la rentrée !

C’est où ?
Les liaisons dangereuses
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin (18è) – M° Anvers
Du mardi au samedi à 20h, en matinées samedi et dimanche à 16h.
Durée: Presque 3h (avec 10 minutes d’entracte).
Pour + d’infos, rdv sur le site de la pièce.

Un grand merci à blogAngels pour m’avoir permis de vivre ce superbe moment !

« Une banale histoire » au théâtre de l’Atelier

Comme je le disais ici, la semaine dernière je me suis rendue au théâtre de l’Atelier pour assister à une représentation de la pièce Une banale histoire.

Pitch: « De lourdes insomnies portent le vieux professeur de médecine Nicolaï Stepanovitch à se pencher sans concession sur son passé. Il a regardé Katia, sa pupille, grandir, aimer puis sombrer. Ils partagent désormais les mêmes questions sans réponse sur l’amour, l’art, la science et bien d’autres sujets propres à masquer les étranges sentiments qui les unissent. La pièce est librement adaptée de la nouvelle éponyme de Tchekhov. » (source: le site du théâtre)

Une banale histoire, nouvelle du médecin-écrivain Anton Tchekhov, a été ici librement adaptée et mise en scène sur les planches du théâtre de l’Atelier par Marc Dugain, pour qui cette histoire est très liée aux hésitations de l’auteur à revenir à la scène après l’échec d’Oncle Vania. La volonté de l’écrivain de faire figurer dans cette pièce une sorte de testament prématuré sur cet art qui le fait vivre et qui l’agace par la médiocrité du milieu qui l’anime y est aussi flagrante. Stepanovitch, professeur de médecine quitté par la vie, n’est pas sans ressemblance avec Tchekhov lui-même qui sait que bientôt la tuberculose finira par l’emporter. On y trouve aussi cette relation confuse qu’entretient l’auteur avec les femmes et cette distance amoureuse qui lui est si particulière. C’est un texte magnifique (même sans être aussi fan que moi de littérature russe) et malheureusement assez peu connu, dont les propos sur l’art, la vie, la science et l’amour, sont d’une humanité et d’une lucidité incroyables.

Marc Dugain concentre la mise en scène sur l’omniprésence du docteur Stepanovitch et sur ce murmure intérieur qu’il entretient: c’est comme un fil conducteur sur lequel viennent s’agréger sa femme et sa pupille avec laquelle il nourrit une relation étrange et d’une intensité au-dessus de ses dernières forces. L’homme est à la fois toujours là mais plus tout à fait là en même temps, et toutes les sollicitations dont il fait l’objet lui paraissent dérisoires au moment où il s’emploie à tirer quelques leçons de son existence. Le texte est empreint d’une légère mélancolie teintée de petits passages caustiques mais qui n’entament jamais la profonde humanité de l’auteur.

Au delà du texte, la pièce mérite véritablement d’être vue pour l’excellente performance de Jean-Pierre Darroussin: crâne presque dégarni, barbichette poivre et sel & fines lunettes, il habite complètement son personnage de bout en bout. Sans tristesse, ni sentences, il livre d’une voix douce mais parfaitement claire et limpide, ce qui sont les pensées d’un être cultivé dont les jours sont désormais comptés. Se déplaçant à pas feutrés, proférant des avis sobres mais circonstanciés, usant de mimiques discrètes mais efficaces, il surprend par la subtilité généreuse qui habite cet homme. Il dévoile peu à peu une philosophie de la vie, des rapports humains et en société, aux antipodes de ce qui est le modèle de ses contemporains, frivoles et truqueurs, et nous offre, à cette occasion, une composition parfaitement réussie. Chapeau !

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Une bonne surprise de cette nouvelle saison théâtrale à l’Atelier. J’ai hâte d’y voir la performance de Romain Duris très prochainement !

C’est où ?
Une banale histoire
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin (18è) – M° Anvers
Du mardi au samedi à 21h, en matinées samedi et dimanche à 16h.
Durée: 1h30.

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Hop, hop, hop… partez pas ! Un second billet « théâtre » sera mis en ligne cet après-midi :)

« Chien Chien » au Théâtre de l’Atelier

Le week-end dernier, je me suis rendue au théâtre de l’Atelier pour y voir la pièce de Fabrice Roger-Lacan mise en scène par Jérémie Lippmann: « Chien Chien ».

Le pitch: « Ce qui ressemble au hasard réunit deux anciennes amies d’enfance. Les jeux dangereux et cruels auxquels elles jouaient autrefois vont empoisonner leur relation d’aujourd’hui. Linda et Léda… Le même âge, presque le même prénom, mais des existences aux antipodes l’une de l’autre. Les deux femmes se rencontrent à l’occasion d’un de ces week-ends mêlant travail et détente qu’organise le mari de Linda, tout puissant patron du mari de Léda. Elles ont deux heures devant elles pour faire connaissance avant l’arrivée des hommes. Très vite, les rouages bien huilés se grippent et ce qui ne devait être qu’un apéritif de courtoisie tourne à l’affrontement acide. Derrière les apparences, Linda et Léda ne tardent pas à se reconnaître. Dans une autre vie, elles ont été deux petites filles qui ne pouvaient s’aimer sans se faire du mal l’une à l’autre. Seules dans une villa au luxe irréel, les deux femmes vont renouer avec les rituels du passé. Mais les enjeux ne sont plus les mêmes et la situation leur échappe. En ouvrant la boîte aux dangereux joujoux, elles ont réveillé leurs vieux démons. » (source: site du théâtre de l’Atelier)

Une histoire de femmes entre rivalités, nostalgie et blessures du passé pas encore totalement enfouies? J’dois vous avouer que l’idée sur laquelle est construite cette pièce avait largement de quoi me plaire et me donner envie de me précipiter au théâtre. Oui, mais voilà, même si c’était loin d’être inintéressant sur le fond, je suis restée absolument hermétique à la forme. Je n’ai pas du tout accroché au texte de Fabrice Roger-Lacan que j’ai trouvé prétentieux à l’excès (le genre de texte qui applaudit ses propres phrases, voyez ? beurk), bavard, prévisible et finalement creux comme une coquille de noix.

A côté de ça, les deux comédiennes présentes sur scène font ce qu’elles peuvent et il faudrait être difficile pour ne pas être séduite par ce joli duo de femmes gracieuses et magnifiques (petite préférence pour le jeu de la superbe Alice Taglioni, plus spontané et naturel que celui d’Élodie Navarre, qui avait l’air de réciter son texte par moments, humpf). Le décor est plutôt sympa à l’œil mais j’étais déjà toute acquise à la cause du beau théâtre de l’Atelier avant même d’y mettre un pied ce soir là. En revanche, je n’ai pas non plus été très emballée par la mise en scène, un peu à côté de la plaque avec des trouvailles ridiculement pompeuses (que ce soit au niveau de la gestuelle des comédiennes ou même des effets musicaux ou de lumière) pas tellement bienvenues (et il en aurait fallu beaucoup plus pour me sortir de la torpeur dans laquelle j’ai été plongée passée la première demie-heure de la pièce de toute façon).

Bref, malgré quelques touches positives par ci, par là, c’est une pièce que je ne recommande pas, le texte m’a vraiment trop ennuyée voire agacée par moments. Dommage…

C’est où ?
Chien Chien
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin (18è) – M° Anvers ou Pigalle.
Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h.
Durée: 1h20.
Le site.
Petite astuce
: Sur présentation de votre billet acheté plein tarif au Théâtre de l’Atelier, les théâtres la Pépinière, la Madeleine et Marigny vous feront bénéficier d’une réduction de 10 euros sur l’achat d’un billet plein tarif.

Fabrice Luchini lit Philippe Muray au théâtre de l’Atelier

Cette semaine, j’ai enfin remis les pieds au théâtre après une petite période de disette, pour aller écouter Fabrice Luchini lire Philippe Muray au théâtre de l’Atelier.

Quel plaisir de retrouver Luchini sur scène ! Comme je le disais il y a quelques temps, je suis une fervente adepte des lectures de Luchini et je n’en ai pas manqué une seule depuis que je vis à Paris. Pourquoi ? J’aime beaucoup le bonhomme, son extravagance, ses provocations, son érudition… Après Barthes, Chrétien de Troyes ou encore la Fontaine, Luchini s’attaque cette fois-ci aux textes de Philippe Muray, essayiste, sociologue et philosophe iconoclaste disparu brutalement en 2006. Et comme je ne connaissais pas du tout son œuvre, ce fut aussi l’occasion de la découvrir.

Et quelle découverte ! Les textes de Muray choisis par Luchini, passent au crible de manière incroyablement incisive et ironique l’époque dans laquelle nous vivons. Ils dénoncent de façon sarcastique (mais tellement vraie !) le paysage désespérant de la bêtise humaine de notre temps, le conformisme intellectuel déguisé en tolérance et ouverture, l’hypocrisie ambiante sur une pseudo « pensée complexe »… Au milieu de tout ça, Luchini nous livre aussi quelques extraits de Cioran et sa philosophie pessimiste mais extrêmement jouissive.


C’est une évidence, Luchini adore les auteurs qui savent manier l’ironie du désespoir et quand on l’entend interpréter à la perfection les écrits de Muray, on se rend compte à quel point cette rencontre est pleine de sens ! Comme toujours, il réussit la prouesse de nous faire comprendre des textes qui peuvent paraitre abscons et inabordables de prime abord (que ce soit dans ce spectacle-là, ou bien dans ceux sur Céline, La Fontaine, Nietzsche…). A force d’enchaîner les lectures un peu trop vite, trop souvent, on ne s’arrête plus forcément sur tout et on ne voit plus bien en quoi chaque mot est crucial et chaque phrase importante, à la virgule près. Et c’est pourtant le cas, on s’en rend compte en écoutant Luchini. On écoute scrupuleusement, on assimile un à un les mots, on acquiert le sens de chaque phrase et de chaque mot. Sa diction articulée et nuancée lui permet de faire ressortir la puissance et le sens de chaque mot et offre une immense clarté du texte. Il s’approprie le texte qui en ressort profondément limpide. Et au-delà de ça, Luchini réussit également à sublimer les textes de Muray en leur donnant corps et âme ! Les différentes tonalités et fluctuations qu’il utilise soulignent la qualité d’écriture de l’auteur et du coup, en s’intéressant à la forme, il parvient à faire ressortir l’essence du texte.

En revanche, malgré toutes ces qualités, je dois vous avouer avoir légèrement préféré ses précédents spectacles. Ce n’est pas que le texte est moins intelligent ou intéressant, bien au contraire, la plume acerbe de Muray est plus que jouissive, surtout par la bouche de Luchini qui, on le voit bien, jubile à la lecture de tous ces textes. Non, c’est surtout que Luchini nous donnait un tout petit peu plus de lui dans ces spectacles. Entre les différents extraits, on avait droit à plus de morceaux de sa verve, improvisés ou pas, et c’est avant tout ça qui me plait énormément je crois. M’enfin, c’est bien pour chipoter car j’ai passé un excellent moment. Les textes de Muray sont d’une actualité politique impressionnante et d’un sarcasme à couper au couteau. On boit ses paroles, son humour vif et son ironie acerbe, à travers les expressions jouissives et le phrasé inimitable de Luchini. Bref, on se régale de A à Z. Un spectacle à ne pas manquer !

C’est où ?
Fabrice Luchini lit Philippe Muray
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin (18è) – M° Anvers
Jusqu’au 30 juin 2010.

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