restaurant musée d’Orsay

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« Crime et Châtiment » à Orsay (et une parenthèse miam !)

Il y a quelques mois, lorsque j’ai vu que le musée d’Orsay allait présenter une expo sobrement intitulée “Crime et Châtiment”, j’ai été sincèrement ravie par avance. Pour tout vous dire, je suis une fan absolue de littérature russe et particulièrement de Dostoïevski (que je rêve de pouvoir lire dans le texte un jour… *soupir*) dont la lecture de son Crime et Châtiment a été un vrai choc pour moi, à l’époque du lycée. Mais revenons au sujet ! A l’origine de cette exposition au musée d’Orsay, il y a Robert Badinter (ancien garde des sceaux qui, pour rappel, a fait voter l’abolition de la peine de mort en France en 1981) et Jean Clair, Académicien et Conservateur général du patrimoine.

Badinter explique: ”Pourquoi est-ce que l’homme tue ? Quelle est cette justice qui pendant si longtemps a elle-même tué l’homme ? Je me suis dit que l’art me permettrait d’avancer dans ma connaissance du crime et de ses châtiments”. Pour rappeler la fascination de tout temps des artistes pour le crime, Jean Clair mentionne, lui, que “Dans n’importe quel musée, plus de la moitié des œuvres traitent du crime“ et que “Dans la Littérature, la peinture ou le cinéma, les représentations du crime ou de la peine capitale sont à l’origine d’œuvres saisissantes”.

L’expo est divisée en plusieurs chapitres (Tu ne tueras point, La mort égalitaire, Figures du crime, Le crime et la science ou Canards et apaches) qui permettent au visiteur d’avoir accès à différents angles de vue sur le sujet. C’est vraiment bien pensé: certaines œuvres ne sont destinées qu’à provoquer un sentiment d’effroi, d’autres nous interrogent sur le sens moral du crime et du châtiment, certaines tentent de comprendre les motivations de l’assassin, etc…

Crime et Châtiment explore le regard des artistes sur le crime sur une période de deux siècles, de la Révolution française à l’abolition de la peine de mort en France le 30 septembre 1981. 1791/1981: deux siècles de débats, de la Révolution à nos jours, auront passionnément disputé du sens et de la valeur d’une peine qui, après avoir relevé de l’omnipotence d’un Dieu ou de l’autorité absolue d’un Roi (tempérée par le droit de grâce) ne serait plus administrée, dans la logique des Lumières, que par l’homme, et l’homme seul.

L’exposition montre à quel point la littérature, riche d’une très ancienne inspiration noire, a résonné de ces luttes et créé des personnages innombrables et inoubliables de criminels, de Sade à Baudelaire et Barbey d’Aurevilly, de Dostoïevski au Camus de l’Étranger… La figure du meurtrier, dans son énergie négative et sa complexité, est l’ombre portée du héros, son double ambigu, sa part de transgression la plus dérangeante car la plus attirante. On voit également que le crime est aussi très présent dans la presse: dans les journaux (de Lacenaire à Violette Nozières), et quotidiens illustrés, le crime de sang est amplifié par la fiction du romanesque et acquiert ainsi sa capacité fantasmatique. L’association du meurtre et de l’abus sexuel devient même un des must de la littérature à sensation et des images qu’elle véhicule ou provoque !

Dans le même temps, le thème criminel investit les arts visuels. Les toiles de Géricault, Goya, Blake, Degas, Munch, Magritte ou Picasso présentes dans l’expo sont saisissantes et témoignent de la popularité croissante de ce sujet au fil des siècles. Le cinéma assimile également très vite les charmes troubles d’une violence extrême, sa représentation la transformant même en plaisir, voire en volupté. Passionnante, l’exposition nous montre aussi la naissance de l’approche scientifique du comportement criminel au XIXè siècle (identification judiciaire, études scientifiques sur la criminalité…).

En plus des toiles, l’exposition est très riche et propose aussi des illustrations, des croquis de toutes sortes, des photographies policières ou anthropométriques, des coupures de presse sensationnelles, des moulages de têtes de meurtriers et violeurs, la porte des condamnés à mort du musée pénitentiaire de Fontainebleau, des archives policières, des affiches de théâtre, une étrange machine de torture inspirée de La Colonie pénitentiaire de Kafka et même une guillotine sous un voile noir qui trône de façon assez terrifiante dans la première salle de l’expo ! D’ailleurs, petite parenthèse, mais on voit bien que cet objet de mort emblématique de la fin du XVIIIè siècle, est très présent dans de nombreuses toiles à cette époque et même plus tard… De Hugo à Gauguin, de Villiers de L’Isle-Adam à Redon et Picasso, de nombreux artistes ont représenté la lame tranchante et la tête qui roule avec une précision qui fait froid dans le dos. L’expo s’achève sur la conclusion troublante que le succès de ces œuvres résonne comme l’aveu qu’en chacun de nous sommeillent des pulsions meurtrières et que nous sommes tous des criminels en puissance ! Sympa.

Voilà donc un sujet original pour une exposition. Au-delà du crime, il s’agit de poser encore et toujours la question du Mal, et de mettre en lumière, en plus de la circonstance sociale, l’inquiétude métaphysique. A toutes ces interrogations, force est de constater que l’Art, au sens large, apporte un témoignage spectaculaire ! Esthétique de la violence, violence de l’esthétique, cette exposition ne saurait que les réconcilier en rapprochant des images de toutes sortes. De plus, je l’ai trouvée extrêmement bien pensée et agencée, la scénographie est vraiment magnifique, ne serait-ce que visuellement. Et puis, contrairement aux récentes expos du musée d’Orsay, celle-ci est vraiment longue et bien fournie, on en a pour son argent !

En revanche, je vais malheureusement encore vous jouer la même rengaine mais, je vous souhaite bien du courage si vous souhaitez la visiter sans audio-guide ou sans avoir, au préalable, consulté de la documentation. Il y a très peu d’encarts explicatifs visibles (surtout dans la première partie, ça manque beaucoup près des tableaux), je trouve qu’ils auraient pu faire un effort de pédagogie sur certaines œuvres qui mériteraient beaucoup plus d’explications. M’enfin, ce n’est pas une raison de gâcher son plaisir car globalement, je l’ai trouvée vraiment très intéressante et j’ai bien l’intention d’y retourner au moins une fois (merci MuseO) !

A noter aussi, pas mal d’évènements intéressants autour de l’expo: conférences, débats, lectures (les étudiants du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique liront, en écho aux œuvres présentées, des textes de Hugo, Wilde, Kafka, Badinter…), concerts exceptionnels (de musique illustrant la thématique de la lutte entre le bien et le mal !) et le festival de ciné « criminels et bourreaux » présentant le regard des cinéastes sur le crime et son châtiment (jusqu’au 11 avril).

C’est où ?
Crime & Châtiment
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur (7è) – M° Solférino
Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 9h30 à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h45.
Tarifs: 9€50/7€. Pour les moins de 26 ans, l’entrée de l’expo n’est pas gratuite… c’est 1€50 (à payer au comptoir juste devant l’entrée de l’expo).
Jusqu’au 27 juin 2010.

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J’ai profité de cette visite pour enfin tester le restaurant du musée. Pour tout vous dire, à la base, j’y allais pour le brunch (conseillé par un blog !) mais en arrivant sur place, on m’a gentiment expliqué qu’ils ne le servaient plus depuis… 2 ans au moins ! Ça m’apprendra à ne pas assez vérifier mes sources, pfff ! Du coup, vu qu’on avait bien faim, on est quand même restés pour tester le déjeuner :)

Pour commencer, le cadre est somptueux, grandiose et assez unique. Le restaurant est situé dans l’ancien restaurant de l’hôtel d’Orsay, au premier étage du musée et a conservé toute sa magnificence depuis son ouverture en 1900. L’aménagement de la salle (classée Monument historique, quand même!) met en valeur lustres étincelants, plafonds superbement peints et dorures à n’en plus finir. Wow… Le salon de thé du musée Jacquemart-André (testé et désapprouvé ici) peut aller se rhabiller !

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Dans l’assiette, en revanche, c’est nettement moins impressionnant: des plats traditionnels, rien qui ne sorte des sentiers battus et des tarifs un chouïa élevés pour ce que c’est (de 14 à 23€ le plat et des desserts entre 6€15 et 8€50). Alors, certes, ce n’est pas mauvais, mais c’est vraiment loin d’être exceptionnel et ça reste assez ordinaire.

A la carte: salades, tartines, plats pas mauvais mais ultra conventionnels (entrecôte grillée/frites, cocotte de saumon, vitelottes et brocoli, risotto aux légumes, tartare de bœuf…) et menu du jour à 20€ (plat/dessert).

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Côté desserts, glaces ou sorbets, pâtisseries du jour, crème brulée, salade de fruits frais, cake au agrumes… Rien d’extraordinaire non plus, nous avons même été un peu déçus par le café gourmand et la verrine de riz au lait aux fruits rouges façon drapeau italien. Pas convaincus !

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Bref, un endroit à tester une fois pour le cadre ou pour boire un thé dans un bel endroit l’après-midi lors d’une balade dans le musée !

C’est où ?
Restaurant du Musée d’Orsay
Entrée par la porte C.
1, rue de la Légion d’Honneur (7è) – M° Solférino
Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 17h45, le jeudi soir jusqu’à 21h30 (menu découverte à 55€). Salon de thé de 14h45 à 17h45.
Plus de détails sur le site.

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