Musée maillol

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Petit billet culturel (avec quelques expos de la rentrée dedans)

Encore un billet à expos aujourd’hui pour essayer de continuer à rattraper (progressivement) mon retard !

♥ Trésors des Médicis au Musée Maillol (jusqu’au 31 janvier 2011)

L’exposition du musée Maillol invite à pénétrer au cœur même des palais Médicis, en évoquant, autour de ces quelques chefs-d’œuvres très rarement prêtés, une histoire du goût médicéen, qui se décline avec le temps et les différents chefs de famille Médicis, en plusieurs pièces d’apparat ou d’intimité : salle des fêtes, studiolo, ou cabinet des merveilles, atelier de pierres dures, bibliothèque, théâtre médicéen, jardin de Boboli, salle des sciences ou encore chapelle des princes. Trésors des Médicis montre également à quel point, en plus d’être d’habiles politiques et hommes d’affaires, les Médicis sont avant tout des humanistes fervents. Leur mécénat éclairé révèle une culture aussi profonde qu’étendue du XVè au XVIIIè siècle. Le clan familial, presque toujours uni, qu’il soit au pouvoir ou qu’il en soit chassé, n’a cessé de s’entourer d’artistes, de peintres, de sculpteurs, d’orfèvres, de musiciens, de poètes et de savants, qu’ils protègent plus qu’il ne commandite.

Désirant remodeler la vie par l’esthétique et la science, la prestigieuse famille florentine n’a pas exactement lancé le mouvement de mécénat fastueux qui saisit Florence à la Renaissance. Mais elle a favorisé l’avant-garde comme personne avant elle, faisant de l’art un extraordinaire instrument de pouvoir, établissant à jamais la figure de mécène magnifique. Les Médicis ont « inventé » l’art occidental moderne, en encourageant l’art de la perspective de Fra Angelico et l’humanisme de Botticelli, en donnant ses lettres de noblesse à la littérature en langue italienne, en soutenant le premier classicisme de Michel-Ange et de Raphaël, en déployant le maniérisme florentin de Bronzino, en portant les arts mineurs à leur apothéose, en étant toujours à la pointe des nouvelles découvertes géographiques et scientifiques, en créant les premiers opéras de l’histoire avec les deux Euridice de Peri et de Caccini, ou encore en finançant les découvertes astronomiques de Galilée. C’est ce goût personnel et moderne pour les nouveaux espaces, ceux du monde comme ceux des arts décoratifs, de la peinture, de la musique, de la science ou de la poésie, que célèbre cette expo, en rassemblant près de 150 œuvres et objets qui tous ont été vus, voulus ou touchés par les Florentins magnifiques, car tous issus des collections médicéennes. A voir.

C’est où ?

Trésors des Médicis
Musée Maillol – Fondation Dina Vierny
59-61, rue de Grenelle (7è) – M° Rue du Bac
Plus d’infos sur le site.

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♥ Archi & BD – La ville dessinée à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (jusqu’au 28 novembre 2010)

Cette exposition propose un véritable dialogue entre architecture et bande dessinée : maquettes, esquisses, projets ou réalisations de villes, utopies dessinées par les plus grands architectes rappellent cette familiarité d’imaginaires. Depuis le début du XXè siècle, avec des auteurs comme Winsor McCay (Little Nemo), George McManus (La famille Illico), Frank O. King (Gasoline Alley) ou Alain Saint-Ogan (Zig et Puce), la bande-dessinée explore la ville, fascinée par le monde naissant qu’elle symbolise. Cette thématique, non seulement de la ville, mais des éléments immédiats qui s’y rattachent comme l’architecture, l’urbanisme, le design, l’Histoire ou la politique, est devenue le terrain idéal de descriptions esthétiques et de réflexions sur le monde contemporain avec des auteurs comme François Schuiten, Benoît Peeters, Enki Bilal, Moebius…

L’exposition aborde, sans volonté d’exhaustivité, les représentations de la ville dans la bande dessinée à travers un parcours chronologique, puis thématique avec une succession de projets particuliers (en fin d’exposition): la ville imaginaire de Villemolle des Requins Marteaux, le musée Hergé, la Maison de Verre, une commande de Jean Nouvel à des auteurs de bande dessinée, etc… Cette chronologie est aussi ponctuée de références aux métropoles: New-York, Paris et Tokyo sont observées à travers le prisme d’auteurs, comme Will Eisner, Jack Kirby, David Mazzuchelli, Riad Sattouf pour New York ; Blutch, Tardi, Dupuy-Berberian pour Paris ; Jiro Taniguchi, Osamu Tezuka, Toiyo Matsumoto, Maoki Urasawa pour Tokyo. L’exposition suggère également les filiations ou affinités entre auteurs de différentes générations, à l’instar de la « ligne claire » de la fin des années 1970 (Joost Swarte, Ted Benoit, Floc’h…) qui fit référence aux grands maîtres belges de la bande dessinée des années 1950-1960 : André Franquin, Maurice Tilleux, Will… La scénographie, signée par l’agence Projectiles et inédite dans sa proposition de mise en lumière et en espace, est particulièrement réussie et valorise parfaitement bien la grande diversité des œuvres (et des auteurs) présentées. A découvrir à l’occasion d’une visite de la superbe Cité de l’Architecture et du Patrimoine !


C’est où ?

Archi & BD – La ville dessinée
Palais de Chaillot
1 place du Trocadéro (16è) – M° Trocadéro
Ouverture tous les jours de 11h à 19h sauf le mardi. Nocturne le jeudi jusqu’à 21h.

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♥ Rétrospective Arman au Centre Pompidou (jusqu’au 10 janvier 2011)

L’exposition réunit près de cent vingt œuvres, provenant de prestigieuses institutions internationales et de collections particulières pour proposer, en une approche inédite, une traversée de l’œuvre d’Arman de la seconde moitié des années 50 aux dernières années du XXè siècle. Membre fondateur du Nouveau Réalisme, mouvement préconisant de nouvelles « approches perceptives du réel », Arman développe une œuvre en lien direct avec son époque, utilisant comme matière artistique les objets manufacturés produits par la société de consommation. Dans un parcours à la fois didactique et vivant, l’exposition montre les deux fondamentaux de l’œuvre d’Arman: le geste, hérité de la pratique des arts martiaux, à travers un choix exceptionnel de documents filmés d’actions d’Arman, et l’objet comme vecteur de formes artistiques nouvelles. Le parcours proposé s’organise autour de sept thèmes qui mettent l’accent sur les grandes problématiques plastiques de l’artiste et témoignent à la fois de l’originalité et de l’évidente résonance contemporaine de son œuvre .

L’artiste est en fait peintre de formation, mais il abandonne dès 1955 le pinceau pour le tampon, avec lequel il imprime la surface de la feuille ou de la toile par des gestes automatiques. Influencé par les grandes figures des avant-gardes historiques comme Schwitters, Picasso ou le typographe proche du groupe De Stijl, Nikolaas Werkman, il va, dès 1958, intégrer à son langage le grand format et la règle de composition en all over de l’expressionisme abstrait américain. A partir de 1957, en lien avec le milieu de la musique concrète, Arman a recours à des objets enduits de peinture qui déposent la trace de leur passage sur la surface de la toile (ce sont les « allures d’objets »). Au travers de ces recherches, l’objet s’impose peu à peu dans le cadre pictural en s’appuyant sur la notion de quantitativisme. Dès lors, l’artiste fait entrer l’objet dans son processus de création en le revendiquant en tant que « fait plastique ». Ainsi, les célèbres et souvent controversées « poubelles » présentent le détritus comme matière artistique, inscrivant Arman dans une démarche résolument postmoderne. En bref, un parcours d’artiste intéressant et assez loin de ce qu’on a l’habitude de voir, que je vous incite grandement à découvrir.

C’est où ?
Arman
Centre Pompidou
Place Georges Pompidou (4è) – M° Rambuteau
Ouvert de 11h à 21h (fermeture des caisses à 20h). Nocturne le jeudi jusqu’à 23h (fermeture des caisses à 22h).

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♥ Voyage en Capitale – Louis Vuitton & Paris au Musée Carnavalet (jusqu’au 27 février 2011)

Après le joaillier Chaumet et la manufacture de soieries Prelle, c’est au tour de Louis Vuitton, autre emblème du savoir-faire et de la création française dans le monde depuis plus de 150 ans d’être mis à l’honneur au musée de l’histoire de Paris. Intitulée Voyage en Capitale, l’exposition présente pour la première fois plus de 200 objets, essentiellement des malles d’exception provenant du fonds patrimonial de Vuitton et de collections privées, évoquant l’épopée du malletier à travers l’histoire de la capitale dès la fin du XVIIIè siècle. Arrivé de son Jura natal à 14 ans comme apprenti emballeur pour riches voyageurs, Louis Vuitton a créé sa propre boutique vingt ans plus tard, en 1854, à deux pas de l’Opéra Garnier. Très vite, il s’impose avec des malles luxueuses à couvercle plat, facilement empilables, puis recouvertes d’une toile enduite brevetée en 1888, nettement plus légère et résistante que le cuir. Dès 1885, il ouvre des boutiques à Londres et New York et pour se distinguer de la concurrence et éviter les copies (déjà nombreuses à l’époque), il crée un monogramme qui reste aujourd’hui parmi les plus contrefaits des emblèmes du luxe. `

L’expo est vraiment très belle visuellement: les sublimes malles historiques sont intelligemment mises en perspective avec des tableaux et photographies évoquant Paris et l’art de voyager à une époque où apparaissent de nouveaux moyens de transport: l’automobile, le chemin de fer et le paquebot à vapeur. Le parcours est également ponctué de clins d’œil historiques et de faits marquants et offre une visite très graphique et ludique: le visiteur entre par une malle géante et se retrouve catapulté sur un paquebot en 1920 ! Les malles pour vêtements y côtoient d’autres rangements plus insolites comme des malles-pharmacies conçues pour la Croix-Rouge, la malle lit-pliant (1905) de l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza, la malle-bureau du chef d’orchestre Léopold Stokowski, de jolies tea cases, des malles-bibliothèques, un secrétaire pour 30 paires de chaussures (le rêve, oui, je sais !), etc.. . Une exposition intéressante donc, et qui permet de donner plus de vie à cette maison de renom et de s’en mettre plein les yeux au passage.

C’est où ?

Voyage en Capitale – Louis Vuitton et Paris
Musée Carnavalet
23 Rue de Sévigné (3è) – M° Saint-Paul
Ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf les lundis et jours fériés.

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♥ Encore d’autres billets expos sont à prévoir dans les semaines à venir, notamment sur les expos Claude Monet, son musée à Marmottan et France 1500 au Grand Palais, déjà visitées; puis certainement aussi sur Jean-Léon Gérôme – L’histoire en spectacle à Orsay et Heinrich Kühn au Musée de l’Orangerie.

♥ Et sinon, je vous invite à fouiner dans mes archives pour trouver les compte-rendus des autres expos de la rentrée:
Harry Callahan, Variations à la Fondation Cartier Bresson (jusqu’au 19 décembre 2010).
– Les expos du moment du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (Didier Marcel- Sommes-nous l’élégance et Larry Clark – Kiss the past hello jusqu’au 2 janvier 2011 et Basquiat, jusqu’au 30 janvier 2011).
La France de Raymond Depardon à la BnF François Mitterrand (jusqu’au 9 janvier 2011).
D’or et de feu, l’Art en Slovaquie à la fin du Moyen Âge au Musée de Cluny (jusqu’au 10 janvier 2011).
La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov au Musée de la Vie Romantique (jusqu’au 16 janvier 2011).
Brune Blonde à la Cinémathèque Française (jusqu’au 16 janvier 2011).
Rubens, Poussin, et les peintres du XVIIè siècle au Musée Jacquemart-André (jusqu’au 24 janvier 2011).
Monet au Grand Palais (jusqu’au 24 janvier 2011).
Baba Bling – Signes intérieurs de richesse à Singapour au Musée du Quai Branly (jusqu’au 30 janvier 2011).
André Kertész au Jeu de Paume (jusqu’au 6 février 2011).
L’Or des Incas à la Pinacothèque de Paris (jusqu’au 6 février 2011).
Henry Moore au Musée Rodin (jusqu’au 27 février 2011).

« C’est la vie ! » – Les Vanités en lumière au Musée Maillol

Depuis quelques semaines, le musée Maillol propose une exposition au parcours original semé de crânes qui invite au dialogue entre modernes, anciens et contemporains. « C’est la vie ! » – Vanités de Caravage à Damien Hirst regroupe 160 œuvres, peintures, sculptures, photos ou bijoux et a pour ambition d’illustrer l’évolution des Vanités dans l’histoire de l’art.

affiche

Si le terme « vanité » désigne au sens strict les natures mortes qui ont prospéré à l’époque baroque particulièrement en Europe du Nord, il s’étend également à toute composition allégorique qui suggère que l’existence terrestre est vide, vaine et fugace et que la vie humaine est précaire et n’a que peu d’importance face à l’inéluctabilité de la mort. L’idée, c’est que l’image du crâne ou du sablier qui figure le temps qui passe, confrontent brutalement le spectateur à son destin et le poussent à la réflexion.

Une place de choix est accordée aux artistes contemporains (quasiment toute l’exposition en fait), le parcours est chronologique mais à rebours et l’on commence avec le début du XXIè siècle, où le crâne est partout, sur les vêtements, les bijoux, les pubs ou même les jouets. Dans la première salle, une place importante est consacrée à plusieurs œuvres de Damien Hirst (un artiste très médiatique et controversé) qui sont vraiment incroyables et atypiques notamment the Death of God, the fear of Death (avec mouches et résine) et For the Love of God, Laugh. D’autres artistes méritent aussi qu’on s’y arrête: on trouve quelques œuvres de Keith Haring, Basquiat et Andy Warhol, des compositions très étonnantes comme le gants-tête d’Annette Messager, la lionne et le chasseur de Daniel Spoerri (1988) ou encore une œuvre issue de la série Mickey is also a rat de Nicolas Rubinstein (ci-dessous).

Mickey

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On poursuit la visite au second étage (oui, c’est original !), toujours parmi des artistes contemporains qui déclinent la tête de mort à toutes les sauces, en ailes de coléoptères (comme l’œuvre de Jan Fabre… qu’on voit ci-dessus), en paquets de Gauloises (Serena Carone) ou sculptées dans des fruits et légumes (Dimitri Tsykalov)…

On redescend au 1er étage, pour la fin de l’exposition, où sont concentrés modernes et classiques. L’atmosphère dans les 2-3 salles consacrées aux Modernes est beaucoup moins atypique puisqu’y figurent quelques vanités de peintres très connus du XXè siècle (Nadar, Buffet Cézanne, Picasso, Buffet) qui intégraient des crânes dans leurs natures mortes.

Cezanne
Picasso

Chez les classiques, enfin, les tableaux sont bien plus sobres. On trouve des choses assez intéressantes comme l’œuvre la plus ancienne de l’expo qui est une petite mosaïque qui couvrait une table de Pompéi avec un crâne symbolisant le corps et un papillon symbolisant l’âme, posés sur la roue de la vie. Sont exposés ensuite de nombreux tableaux classiques entremêlés de bijoux et de travaux de contemporains comme cette œuvre de Cindy Sherman exposée à côté d’une toile de 1650. Quel contraste ! Dans une salle un peu isolée, une œuvre de Boltanski retient l’attention: un très beau théâtre d’ombres qui s’impose à nous de façon énigmatique (comme vous pouvez le voir ci-dessous).

Boltanski

La dernière salle confronte trois magnifiques vanités du XVIIe siècle, trois Saint François en clair obscur tenant un crâne dans ses mains: renversé en arrière, les yeux pleins de folie chez Georges De la Tour (Extase de Saint François), pleins de passion chez le Caravage (Saint François en méditation) et plein de douleur chez Zurbaran (Saint François agenouillé).

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Les Vanités font partie de ces tableaux que je préfère dans l’histoire de l’Art occidentale et on ne peut pas nier que le musée Maillol ait fait l’effort d’en réunir un certain nombre, de toutes les époques et de tous les styles, même si ce ne sont pas des œuvres réellement majeures. On pourrait aussi reprocher le fait que le musée se soit focalisé presque exclusivement sur les crânes alors qu’on aurait souhaité voir plus d’objets symboles du temps qui passe (sabliers, etc…). Mais globalement, rien à redire sur les œuvres en elles-mêmes, car la plupart sont assez intrigantes et intéressantes.

En revanche, je n’étais pas retournée au musée Maillol depuis l’expo sur Séraphine l’année dernière et force est de constater que les choses ont bien changé. Pour cette expo, j’ai eu comme l’impression que c’était du pigeonnage de A à Z, et c’est extrêmement désagréable… Évidemment je sais que c’est aussi le cas dans de nombreux autres musées (il n’y a pas que le musée Maillol, hein, j’en suis bien consciente) mais j’ai comme l’impression que c’est de pire en pire. Déjà le prix du billet d’entrée de l’expo est prohibitif: 11€ quand même, alors qu’il y a finalement peu de salles et pas énormément d’œuvres. Le prix de l’audio-guide est lui aussi carrément abusif: 4€50 !! Et si vous souhaitez faire une visite guidée (avec un guide conférencier), l’entrée est non seulement plus chère (logique) mais vous devrez en plus payer la location du casque pour la modique somme de 2€50… Et puis quoi encore, 100 balles et un mars ?!

Après, vous me direz que l’audio-guide n’est pas obligatoire pour visiter une exposition mais je vous souhaite bien du courage pour comprendre et appréhender la plupart des œuvres de « C’est la vie ! » sans vous en être procuré un ou sans, au minimum, avoir compulsé le catalogue ou autre hors-série. Il n’y a quasiment pas de panneau explicatif, absolument aucune pédagogie, rien n’est expliqué, ni le pourquoi des choix du musée, ni le sens des œuvres, ni les raisons pour lesquelles telle une est exposée près de telle autre, ni le pourquoi du comment de l’évolution des Vanités dans l’histoire de l’art… Je vais au musée Maillol depuis de nombreuses années maintenant et j’ai constaté, à regret, qu’ils ne proposaient même plus de brochure gratuite à l’entrée. C’est vraiment du grand n’importe quoi!

En bref, une exposition intéressante dans l’absolu mais qui se contrefout totalement de ses visiteurs. Chapeau…

C’est où ?
« C’est la Vie » – Vanités de Caravage à Damien Hirst
Musée Maillol
61, rue de Grenelle (7è) – M° Rue du Bac
Ouvert tous les jours (sauf mardi et jours fériés) de 10h30 à 19h.
Tarifs: 11€/9€
Jusqu’au 28 juin 2010.

Séraphine: le rattrapage

Après l’avoir raté de peu il y a quelques mois dans les salles obscures, j’ai enfin pu voir « Séraphine », le film de Martin Provost, récemment ressorti en salle grâce à son César du meilleur film. Je dois dire que le film m’a vraiment marquée. Enfin, pas tant le film en lui-même, à vrai dire, mais plutôt l’histoire de cette artiste dont je ne connaissais quasiment rien avant de m’asseoir dans la salle de ciné. Quelle vie… Marquée par la misère, la solitude, les travaux de ménage qui occupaient toutes ses journées en échange de quelques écus qui lui permettaient de s’approvisionner en matériel de base pour ses activités nocturnes. Évidemment, elle n’a jamais eu aucune formation artistique et c’est comme intuitivement (guidée par Dieu, selon ses termes) qu’elle s’est mise à concocter elle-même ses couleurs qu’elle répandait sur des toiles à même le sol de sa mansarde, à la lueur de bougies. Et quelles toiles !

affiche

Pour en revenir au film, j’ai trouvé le déroulement assez long mais plutôt bien pensé. Le manque de détails sur la vie de Séraphine est comblé par des ressentis (images, sons, lumières, couleurs… c’est assez incroyable). Difficile de s’empêcher de faire le parallèle avec l’histoire de Camille Claudel. La similitude de ces deux destins est frappante: deux artistes de génie, deux femmes, deux fins identiques… Et que dire de la prestation de Yolande Moreau, exceptionnelle une fois de plus. Elle est tout simplement parfaite dans ce rôle, touchante de simplicité et d’humilité. En bref, un beau film à voir et qui donne envie de découvrir cette artiste étonnante.

Seraphine

Comme vous avez pu le comprendre, voir le film m’a donné envie de me rendre au musée Maillol qui propose une expo, « Séraphine de Senlis », à voir jusqu’au 30 mars. Initialement l’exposition devait s’achever le 5 janvier dernier mais le succès du film a décidé les organisateurs à prolonger. Après l’avoir vue passer ses nuits à concocter des petites recettes et à peindre en chantant des psaumes, c’est émouvant de voir ses tableaux « en vrai ». Son amour de la nature explose, les couleurs sont éclatantes. Aussi bien par besoin que par génie, Séraphine Louis a glané ses pigments un peu partout, en parfaite autodidacte. Elle recyclait à merveille. La terre, les fleurs, la cire fondue des cierges d’église, le sang du cochon encore chaud … seront autant de petits secrets qui lui permettront de composer de grandes œuvres. Comme celle-ci, intitulée « Les fruits », huile sur toile peinte vers 1928, donnée par Wilhelm Uhde en 1938 au Musée de Grenoble.

les_fruits

Comme on le voit dans le film, c’est la nuit que Séraphine peint. Des tableaux « naïfs » de plus en plus grands, de plus en plus beaux, de plus en plus complexes. Qui n’ont pas grand chose à envier aux toiles du Douanier Rousseau, qu’elle n’a jamais vues d’ailleurs. Et comme les images ont parfois plus de poids que les mots, je vous laisse en compagnie de plusieurs toiles de l’artiste. A en juger par l’affluence, le film a touché beaucoup de monde. Et tant mieux !

seraphine_louis1    seraphine

C’est où ?
Musée Maillol
61 rue de Grenelle (7è) – M° Rue du Bac
Ouvert tous les jours sauf mardi et jours fériés, de 11h à 18h.
Jusqu’au 30 mars.

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