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« Lisette Model » exposée au Jeu de Paume
Second vernissage de la semaine avec la nouvelle exposition présentée au Musée du Jeu de Paume: « Lisette Model ». Je ne sais pas si son nom vous est familier (ce n’était pas mon cas avant cette expo), mais Lisette Model était une photographe américaine d’origine autrichienne, dont les images sans concession lui ont valu une place à part dans le courant de la Street Photography présent à New York dans les années 40: un mouvement dans lequel la rue est la scène et les passants les acteurs, où les bars et les rues deviennent un champ d’exploration infinie et le genre humain, un sujet.

L’exposition du Musée du Jeu de Paume regroupe une sélection de 120 de ses œuvres les plus représentatives, des premiers clichés à Paris en 1933 aux travaux plus tardifs, aux États-Unis, entre 1939 et 56. Le parcours commence par une première série de photos sur la Promenade des Anglais à Nice pour la revue Regards (pour illustrer un texte critiquant la bourgeoisie !) où l’on constate d’emblée le regard social de Lisette Model: ce n’est pas un regard féroce mais plein d’humour et de tendresse sur la condition humaine.

Puis en 1938, elle émigre aux États-Unis, s’installe à NY avec son mari et a un coup de foudre immédiat pour la ville où elle fera, selon moi, ses séries les plus importantes et les plus réussies:
* Les Reflections: des images dont le photomontage parait naturel dans lesquelles les parties de la ville réfléchies dans les vitrines sont comme un reflet de notre société de consommation.
* Les Runnings Legs où l’on voit qu’elle est fascinée par le rythme de la ville et l’agitation citadine anonyme.
* Les photos des habitants du Lower East Side sont fascinantes. Ce sont des images directes, pleines de force et d’humanité. Mes préférées !
La suite de l’expo nous fait découvrir des tas d’images très célèbres (celle du Sammy’s Bar, du Metropole Café ou de Coney Island) mais aussi des œuvres plus confidentielles comme les photos de la série Pedestrians, les clichés pris à la sortie de l’opéra de San Francisco, dans les bars de Reno ou à l’hippodrome Belmont Park à NY. Elle acquiert au fil du temps la reconnaissance de ses confrères comme Ansel Adams, des directeurs de magazines illustrés (comme le Harper’s Bazaar), mais aussi l’admiration de ses élèves comme Diane Airbus.
Pour elle, l’appareil photo est comme un instrument de détection. Lisette Model est une photographe qui se concentre beaucoup sur le rythme et qui fonctionne instinctivement (elle disait qu’elle n’avait pas de « culture photo » mais on voit nettement qu’elle connaissait le travail des surréalistes sur certains clichés): « J’ai compris que ce qui me fascinait avec la photographie, c’était l’instant. La photo est un art qui, à la seconde près, révèle des images et des aspects de la vie qui sont invisibles au regard. » Ceci dit, après la prise de vue, elle fait un gros travail en labo où elle recadre ses négatifs pour éliminer tout détail superflu.
Pour Lisette Model, la photo est aussi un moyen de poser une question. Elle interroge par exemple les conventions sociales en montrant une autre esthétique pendant cette période de naissance de société des loisirs avec des femmes rondes pleines de gaité sur les plages de Coney Island. En migrant aux States, elle amène son héritage européen et ce qui est intéressant, c’est de voir comment elle a adapté son regard à la société américaine.
L’exposition est passionnante et le regard non conventionnel de l’artiste rend compte de séries de photos vraiment fascinantes. Le gros hic, quand même, c’est que malheureusement, il n’y a quasiment aucun panneau, ni encart explicatif. Comment analyser, comprendre et savoir lorsque l’on n’a aucune connaissance sur les travaux de l’artiste ? J’avoue que ça me laisse assez perplexe!
En bref, une expo très riche et intéressante, qui ravira les amoureux de photo (et de NY, aussi, un peu!) mais qui pêche un peu par manque de pédagogie.
C’est où ?
« Lisette Model »
Musée du Jeu de Paume
1, place de la Concorde (8è) – M° Concorde
Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 19h (nocturne jusqu’à 21h le mardi), et le samedi et dimanche de 10h à 19h. Fermé le lundi.
Plus d’infos sur l’expo sur le site du Jeu de Paume (où vous pouvez notamment télécharger gratuitement le petit journal de l’expo).
Tarifs: 5€/7€/entrée gratuite pour les étudiants et moins de 26 ans le dernier mardi de chaque mois de 17h à 21h.
Jusqu’au 06 juin 2010.
Crédits photos:
* Les deux premières photos ont été prises par moi ;)
* Photo n°3: Reflections [Reflets], New York, c. 1939-1945. Tirage gélatino-argentique d’époque. 35 x 43 cm. Fundación MAPFRE, Madrid © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983). Used by permission.
* Photo n°4: Reflection [Reflet], New York, c. 1939-1945. Tirage gélatino-argentique d’époque. 42 x 34,5 cm. National Gallery of Canada, Ottawa, don de la Succession de Lisette Model, 1990, sous la direction de Joseph G. Blum, New York, par l’entremise des American Friends of Canada © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983). Used by permission.
* Photo n°5: Louis Armstrong, c. 1954-1956. Tirage gélatino-argentique d’époque. 27,2 x 34,8 cm. National Gallery of Canada, Ottawa, don de la Succession de Lisette Model, 1990, sous la direction de Joseph G. Blum, New York, par l’entremise des American Friends of Canada © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983). Used by permission
* Photo n°6: Running Legs, 5th Avenue [Jambes de passants, 5e avenue], New York, c. 1940-1941. Tirage gélatino-argentique. 49,4 x 39,4 cm. National Gallery of Canada, Ottawa, achat 1985 © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983). Used by permission.
« Fellini, la Grande Parade » au Jeu de Paume
Hier soir, j’ai eu la chance d’être invitée par M’sieur Fnacouille à me rendre à une visite privée de l’expo « Fellini, la Grande Parade » qui se tient au musée du Jeu de Paume jusqu’à dimanche soir. Je n’aime pas trop aller me balader dans les expos au dernier moment mais l’opportunité d’une visite à l’œil et à guichets fermés, m’a fait retarder mon passage là-bas -alors que j’avais prévu à la base d’y aller pendant mes vacances de Noël.

Comme je vous l’avais dit ici, le musée du Jeu de Paume rend donc hommage à Federico Fellini (1920-1993), le grand maître du cinéma italien. Une foule d’images (photos, archives, extraits, vidéos, documents…) célèbre le génie baroque de l’un des plus grands artistes que le 7è Art ait connu. C’est une gageure que d’exposer l’univers d’un réalisateur aussi inclassable et prolixe que Fellini tant son imaginaire fourmille d’inventions poétiques d’une exubérance telle que l’on peut parfois s’y perdre. Partant de là, on peut dire que le musée du Jeu de Paume s’en sort vraiment bien et nous guide intelligemment dans le cheminement créatif de l’artiste. Dans les premières salles, il nous ouvre les portes du monde fellinien en nous présentant le capharnaüm des sources d’inspiration du grand cinéaste. Après avoir présenté ses premiers romans-photos, ses caricatures de jeunesse et ses dessins de femmes plantureuses, l’expo explore les différents domaines qui fascinèrent Fellini: les comic strips, le cirque, les parades, les spectacles de rue, le rock’n'roll, les monstres marins, le strip-tease… L’expo replace également Fellini et ses films dans le contexte de leur époque, et l’Italie des années 50 à 80 nous apparaît dans son mélange de vieille culture et de modernité, dans sa fantaisie et son extravagance. C’est passionnant !

L’accrochage est ludique et surtout très riche: des vidéos de films de Fellini ou de documentaires concernant le réalisateur, des portraits d’acteurs célèbres ayant joué pour lui (dont une photo hypnotique de Mastroianni dans l’avant-dernière salle), des extraits sonores, des coupures de journaux, des photos de tournages, des publicités, des dessins, des affiches de films ou encore des couvertures de magazines forment un foisonnant cabinet de curiosités, anecdotique juste ce qu’il faut mais très instructif quand même.
En bref, une très chouette expo qui instruit et divertit à la fois et une plongée dans l’univers d’un réalisateur très créatif qui donne envie de voir ou revoir tous ses films !
C’est où ?
« Fellini, la Grande Parade »
Musée du Jeu de Paume
1, place de la Concorde (8è) – M° Concorde
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 12h à 19h (le WE de 10h à 19h).
Jusqu’au dimanche 17 janvier.
*****
Petite parenthèse qui n’a rien à voir mais je devais trouver une petite place sur ce blog pour vous en parler: Nath organise un petit concours en partenariat avec Zazazou sur son blog jusqu’au 3 février et y’a plein de chouettes petites choses à gagner. C’est par ici et c’est vraiment très sympa ^^
Petit guide de la « saison Fellini » à Paris
A l’occasion des 50 ans de « La Dolce Vita », qui reçu la palme d’or au festival de Cannes en 1960, Paris s’apprête à rendre hommage à l’un des plus grands réalisateurs du XXème siècle, Federico Fellini.

- Tout d’abord, depuis quelques jours, il est possible de voir ou de revoir la filmographie de Fellini à la Cinémathèque Française. Il s’agit d’une rétrospective « Tutto Fellini » où pour la première fois en France tous ses films vont être projetés sur grand écran. Vous pourrez profiter de cette aubaine jusqu’au 20 décembre 2009. Plusieurs évènements auront donc lieu à la Cinémathèque.
3 conférences:
* « Fellini ou la fabrique de l’image » par Sam Stourdzé, suivie du film « Fellini Roma », le 29 octobre à 19h.
* « La strada de Fellini, ou le temps de l’effroi » par Serge Toubiana, suivie du film « La Strada », le 5 novembre à 19h.
* « Fellini et les Vitelloni: forever young… » par Sergio Toffeti, suivie du film « Les Vitelloni », le 12 novembre à 19h.
Puis surtout, il y aura l’intégrale de Fellini en tant que cinéaste ! Avec entre autres:
* « Amarcord », le 30 octobre à 21h et le 28 novembre à 14h30.
* « La Dolce Vita », le 21 novembre à 14h30.
* « Et vogue le navire », le 1er novembre à 14h30 et le 19 novembre à 19h30.
* « Fellini-Satyricon », le 31 octobre à 21h30 et le 15 novembre à 21h45.
* « Huit et demi », le 22 novembre à 14h30.
* « La Strada », le 5 novembre à 19h30 et le 15 novembre à 14h30.
* « La Voce della luna », le 31 octobre à 14h30 et le 21 novembre à 20 h.
Et il y aura aussi une vingtaine de film projetés de Fellini en tant que scénariste.
- Le Jeu de Paume rend également hommage à ce grand maître du cinéma italien avec l’exposition « Fellini, la grande Parade » que j’ai vraiment très hâte de voir. L’exposition dure jusqu’au 17 janvier 2010.
On pourra découvrir ou redécouvrir l’univers si singulier de Fellini en quatre séquences: « Culture populaire », « Fellini à l’œuvre », « La Cité des femmes », et « L’invention biographique ». On y retrouvera tous les éléments si cher à l’univers fellinien, à savoir, les femmes, le cirque, le music-hall, les rêves, la psychanalyse et le roman-photo. On pourra voir aussi à travers l’exposition ses relations difficiles avec les médias et surtout, être le témoin d’une époque à travers des documents photographiques, des documents de presse, des dessins et j’imagine des documents cinématographiques.
Le Jeu de Paume organise également des conférences en hommage à Fellini :
* « Claudia Cardinale dirigée par Federico Fellini », où l’actrice témoignera de sa rencontre avec Fellini, demain à 19h.
* « Un télégramme de Federico » par Dominique Delouche, ancien assistant de Fellini, le 17 novembre à 19h.
* « Quelques figures du désir dans les films de Federico fellini » par Alain Fleischer, le 24 novembre à 19h.
* « Fellini, lecteur de Petrone » par Bruno Racine, président de la bibliothèque national de France, le 1er décembre à 19h.
Puis le clou du spectacle sera la projection de documentaires inédits: « E il Casanova di Fellini? », « Le journal secret d’Amarcord », « Ciao Federico »…

- L’Institut Culturel Italien de Paris présentera une rencontre littéraire avec Jean-Paul Manganaro, un spectacle théâtral « Caro Federico » conçu par Ludovica Damiani et Guido Torlonia, une leçon de ciné-musique du Maestro Nicola Piovani prix Oscar (le 16 novembre) et, en décembre, le film « Noi che abbiamo fatto La dolce vita », réalisé par Gianfranco Mingozzi à partir d’un projet écrit par Tullio Kezich présenté cet été au festival de Locarno.
Review de ces évènements à suivre ici prochainement !
C’est où ?
* « Fellini: La Grande Parade »
Musée du Jeu de Paume
1, place de la concorde (1er) – M° Concorde
Jusqu’au 17 janvier 2010.
* « Tutto Fellini »
Cinémathèque Française
51, rue de Bercy (12è) – M° Bercy
Jusqu’au 20 décembre 2009.
* « Caro Fellini »
Insituto di Cultura
50, rue de Varenne (journée) ou 73, rue de Grenelle (soir) dans le 7è – M° Sèvres Babylone
* La Fnac Montparnasse organise également une exposition sur Fellini jusqu’au 28 novembre 2009.
Bric à Brac culturel #1 – Expos
Pour commencer ce billet fourre-tout juste avant mon départ, j’avais envie de vous parler de quelques expos qui se terminent avant que je revienne, auxquelles je n’ai pas eu le temps de consacrer de billet entier (à mon grand regret) mais que je ne peux que vous recommander.
De la peinture déjà…
* Pour commencer, une très jolie expo à la Pinacothèque: « Valadon Utrillo » (jusqu’au 15 septembre).

L’expo Valadon/Utrillo à la Pinacothèque de Paris aurait vraiment pu être casse-gueule. Confronter la mère et le fils, surtout quand on sait que la mère a fini par dépasser le fils qui se noyait dans l’alcool (et pas le contraire), il fallait oser. Et la Pinacothèque l’a fait ! L’expo est un savant mélange (mais pas trop sinon le spectateur ne s’y serait pas retrouvé) des œuvres des deux protagonistes. Les organisateurs ont trouvé le bon dosage permettant de voir et surtout de comprendre.
Les œuvres d’Utrillo exposées ici se composent presque exclusivement de paysages urbains peints à l‘huile, les rues de Montmartre de l’époque avec quelques silhouettes humaines ou totalement vides de tout habitant. Toujours le même genre de tableau jusqu’à l’épuisement. La plus grande partie de l’expo est fort heureusement consacrée à Suzanne Valadon, une artiste dont je ne me lasse pas d’admirer les œuvres à chaque fois que je vais au Centre Pompidou. Ses sujets sont très variés: des portraits, paysages, natures mortes, nus. Des dessins de modèles (ceux admirés par Degas) et beaucoup de peintures à l’huile. C’est elle que je préfère, pour la variété des sujets, sa riche palette et la façon dont elle agençait les couleurs. Regarder un Utrillo, c’est un peu comme marcher dans une ville fantôme. A force de répéter le même tableau, et la boisson aidant, il n’a pas su se renouveler.
Bref, vous l’aurez compris, c’est une expo très intelligemment construite et ordonnée, les œuvres valent le déplacement et on y apprend beaucoup de choses (on peut télécharger l’audioguide gratuit sur le site de la Pinacothèque).
Puis quelques chouettes expos photos :
* « Man on the Moon » au Palais de Tokyo (jusqu’au 20 septembre)

L’exposition du Palais de Tokyo nous fait voyager dans le temps et dans l’espace. Mercury, Gemini, Apollo… l’épopée lunaire des années 60 nous est racontée à travers une collection de 200 photos inédites qui permet de découvrir des trésors méconnus de la photographie.
Les deux collectionneurs Victor Martin-Malburet et Félix Winckler ont réalisé un colossal travail d’investigation pour récupérer toutes ces photos. De la création de la NASA en 1959 jusqu’à la mission Apollo 17 en 1972, tous les grands programmes d’exploration de l’espace sont illustrés. Alors, certes, les sujets sont peu variés: la lune, la terre, des navettes et des astronautes. Mais malgré tout, chaque cliché parvient à nous surprendre car c’est davantage la vision du globe terrestre perdu dans l’univers qui marque les esprits. Ça laisse songeur ! Par ailleurs, la qualité des clichés dénichés est exceptionnelle (aujourd’hui la pollution qui entoure le globe terrestre ne permettrait plus d’obtenir des photos aussi claires ») et mérite clairement une petite visite. Une expo vraiment originale donc !
* « Planète Parr, la Collection de Martin Parr » au Jeu de Paume (jusqu’au 27 septembre)

Voilà une expo pour le moins surprenante, on ne s’attend absolument pas à ça ! L’expo présentée actuellement au Jeu de Paume n’est pas du tout une rétrospective de l’oeuvre photo de Martin Parr. En effet, les 2/3 de l’expo sont consacrés aux collections personnelles de l’artiste (objets divers, clichés de photographes qui l’ont inspiré dans son travail ou qu’il admire particulièrement -beaucoup de chouettes découvertes, ici encore comme Tony Ray-Jones, Chris Killip…- ou encore quelques raretés et livres fondateurs dans l’histoire de la photographie).
On découvre ainsi une kyrielle d’objets, de bibelots en toc, de colifichets et goodies qui matérialisent à leur manière toutes les formes de propagande. Martin Parr met ainsi face à face dans une inquiétante réciprocité des montres Sadam Hussein, un mug Ben Laden, et un poignard à l’effigie de George W. Bush ! L’exposition est très bien faite, même si peu documentée, mais l’accrochage parle de lui-même, et les codes qui ainsi mis bout à bout sont assez limpides pour qu’on puisse se passer de commentaires.
Martin Parr propose ses séries à l’étage, en fin d’exposition. J’ai encore une fois beaucoup accroché à sa série de photos sur le tourisme de masse, dans laquelle il ne s’intéresse pas aux lieux (Venise, le Grand Canyon, etc.) mais aux touristes eux-mêmes, se focalisant souvent sur les détails physiques, vestimentaires, ou les attitudes d’un individu ou d’un petit groupe (les attractions étant relayées au second plan). Au début, on se demande vraiment comment il peut toujours trouver le détail qui tue au premier coup d’œil, puis finalement, on se pose, on observe, on décrypte, et alors le moindre angle, rictus, regard, cadrage, devient sujet à toutes les métaphores. Il est tour à tour grave, drôle ou ironique. Un vrai plaisir !
* 2 expos rendent hommage à Henri Cartier-Bresson, à la MEP (jusqu’au 30 août) et au Musée d’Art Moderne (jusqu’au 13 septembre).
Henri Cartier-Bresson, pionner du photojournalisme qu’il allie à la photographie d’art, Henri Cartier-Bresson traverse le siècle et parcourt le monde (Guerre d’Espagne, libération de Paris, Inde, Afrique, URSS, Chine..), fonde l’agence Magnum avec Robert Capa entre autres et invente le concept d’ « instant décisif ». Deux expositions lui sont consacrées en ce moment à Paris, deux expositions qui proposent beaucoup d’œuvres identiques… mais deux expositions complètement différentes !
Avec « l’Imaginaire d’après nature » , le Musée d’Art Moderne reprend une reconstitution de l’exposition qu’Henri Cartier-Bresson avait lui-même réalisée en 1978 et qui a tourné pendant plusieurs années en Europe. Composée d’environ soixante-dix images, elle constitue un exemple très intéressant du regard que peut poser un artiste sur son propre travail. Les photographies sont regroupées en quatre catégories : les premiers clichés, la représentation de la vie quotidienne, les témoignages historiques et une série de portraits (absolument fascinants d’ailleurs). J’ai trouvé l’expo magnifique, c’est une très bonne entrée en matière mais elle est beaucoup trop courte malheureusement (pour info, le tarif jeune -jusqu’à 26 ans inclus, soit dit en passant mouahahah !- n’est que de 3€).
A contrario, à la MEP, les œuvres sont plus nombreuses (320), ce sont de plus petits formats et la démarche n’est pas la même. Elles illustrent à la fois un style et une pratique. Elles incarnent ce moment parfait, transcendant, qui mêle émotion et regard acéré. Petite info sur la genèse de l’expo: entre 1980 et 1984, Henri Cartier-Bresson, Daniel Arnault de Magnum, et Jean-Luc Monterosso ont sélectionné un corpus d’images sur Paris. Cet ensemble a ensuite donné lieu à une exposition, “Paris à vue d’œil”, présentée au Musée Carnavalet pendant le Mois de la Photo en novembre 1984. Pour les Européens, Henri Cartier-Bresson, en écho au livre du même titre, conçu et mis en page par Tériade en 1955, a revisité, avec Maurice Coriat, à nouveau ses archives. Présentée à la MEP en mars 1997, la totalité des tirages de cette exposition a fait l’objet, sur proposition de Jean-Stanislas Retel, d’un don de la Fondation d’entreprise du Reader’s Digest France.
Et pour terminer, une petite phrase de Cartier-Bresson que j’ai trouvé si vraie: « Photographier : c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. C’est une façon de vivre ».
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J’ai vraiment hâte de découvrir les expos de la rentrée à mon retour de voyage. J’ai reçu il y a quelques jours le « Arts Magazine » du mois de septembre et je l’ai dé-vo-ré ! Les expos me bottent vraiment toutes, que ce soit au Louvre (« Titien, Tintoret, Véronèse… Rivalités à Venise » dès le 17/09), au Musée Jacquemart-André (« Van Eyck et les maîtres flamands » à partir du 11/09), au Grand Palais (« Renoir au XXè siècle » le 23 septembre) ou au Musée du Luxembourg (« Louis Comfort Tiffany: couleurs et lumières » dès le 16/09).
J’ai aussi reçu le programme de rentrée du musée du Quai Branly et je ne regrette vraiment pas d’avoir pris le pass annuel: ils organisent pléthore de trucs géniaux: stages photo en novembre, visites guidées à gogo, les expos ont l’air vraiment supers et en octobre une soirée réservée aux adhérents (+1 !) avec conférenciers est prévue pour l’expo « Teotihuacan, cité des dieux » consacrée à la grandeur artistique et culturelle de la grande cité de l’Ancien Mexique.
A suivre donc !
« Paris Capitale Photographique 1920-1940″
Voilà une expo que j’ai pu voir un peu par hasard et je crois que si je n’avais pas eu d’invitations, je n’y aurais pas été de moi-même ! L’expo est présentée dans la partie du Musée du Jeu de Paume située dans l’enceinte de l’Hôtel de Sully, un magnifique endroit jouxtant la Place des Vosges que j’aime beaucoup et dont je vous avais un peu parlé ici.
Et l’expo alors ? Elle nous montre comment, dès le début des années 1920, Paris s’affirme comme le lieu des avant-gardes de la photographie en Europe. Modèle de modernité au lendemain de la Première Guerre mondiale, la capitale devient un refuge pour les émigrants contraints à l’exil. Des photographes arrivés de l’étranger comme Germaine Krull, André Kertész, Brassaï, Man Ray ou Berenice Abbott côtoient alors les français Maurice Tabard, Roger Schall, Jean Moral, Emmanuel Sougez ou encore Pierre Boucher. C’est cette France de l’entre-deux-guerres, foyer de création où se rencontrent une multitude d’écoles photographiques, qui caractérise l’exceptionnelle collection réunie par l’historien et collectionneur Christian Bouqueret. Avec une sélection de 140 photographies, « Paris Capitale Photographique 1920-1940″ propose un regard érudit et passionné sur la richesse formelle de cette nouvelle vision photographique en France.

Quel Paris voit-on ici ? Celui de l’entre-deux-guerres: un Paris qui fascine par l’espoir économique qu’il suscite, érigeant avec fierté sa tour Eiffel. Un Paris où les photographes du monde entier se retrouvent, certains par fascination pour cette capitale moderne, d’autres par nécessité plutôt, cherchant une alternative aux régimes fascistes de l’Europe des années 30. Un Paris historique, celui des années folles; mais également multiple: un Paris métal, un Paris nocturne, un Paris brumeux ou en contre-plongée à travers l’œuvre de Marianne Breslauer. La ville est croquée sous toutes ses formes, ses ambiances et ses quartiers. Ses habitants également et leurs attitudes insolites: l’art de fumer la cigarette d’une séduisante parisienne (ci-dessus), la manière de s’adosser sur les quais des ouvriers. C’est le Paris populaire et ses métiers en voie de disparition qui nous émeut et nous fige comme dans une carte postale de l’époque.

Les années folles sont des années de fête et d’insouciance mais également de grande effervescence artistique. Les portraits d’hommes de lettres de Gisèle Freund nous convient en face à face avec Virginia Woolf, James Joyce ou Walter Benjamin. Et puis c’est le Paris surréaliste d’Eugène Atget avec ses cours, ses places, ses jardins et ses kiosques, le Paris de Dora Maar avant que Picasso ne lui fasse abandonner la photo pour la peinture. Un Paris historique mais retravaillé à l’aide de collages, de solarisations, de photomontages et de photogrammes. L’avant-garde se dévoile à travers ses acteurs, ses ambiances et ses expérimentations formelles. On retiendra également ce portrait d’une marchande de ballons pris au Parc Monsouris par George Brassaï, les fabuleuses mains de Jean Cocteau sur son chapeau (de Brassaï également). Enfin le portrait déroutant d’Eisenstein pris par Germaine Krull nous rappelle que la pratique de la photographie n’est pas très loin de celle du cinéma des années trente.

Paris profite donc de ce brassage culturel intense et nous offre son plus beau visage de modernité en s’érigeant comme capitale mondiale de la photographie. Le voyage est plutôt convaincant !
C’est où ?
« Paris capitale photographique 1920-1940: collection Christian Bouqueret »
Jeu de Paume – Hôtel de Sully
62, rue St Antoine (4è) – M° Bastille
Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 19h et le WE de 10h à 19h.
Jusqu’au 24 mai 2009.













