Million Dollar Baby

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Clint Eastwood: une carrière exposée en images sur les Champs-Elysées

Si vous me lisez régulièrement, il ne vous aura pas échappé que je suis une fan absolue du travail du grand Clint, principalement en tant que réalisateur (de génie) d’ailleurs.  C’est un metteur en scène d’exception, roi de la réalisation et magicien de la photo (ahh, ses clairs-obscurs !), qui arrive à me surprendre et à m’émouvoir à chaque fois. Je ne pouvais donc pas manquer la très chouette rétrospective exposée depuis hier dans les contre allées des Champs-Elysées: « Clint Eastwood – Le Cinéma en Liberté », une petite exposition de 40 photos issues principalement de ses films, qui retracent les meilleurs moments de sa carrière. De ses premiers rôles dans les films de Sergio Leone à la figure inoubliable de l’Inspecteur Harry, de « Unforgiven » à « Million Dollar Baby » en passant par « Gran Torino », « Mystic River » ou « The Bridges of Madison County », cette expo nous fait voyager à travers des films cultissimes qu’on a envie de voir et revoir. Un très bel hommage à l’heure où « Invictus », son trentième film en tant que réalisateur, s’apprête à sortir sur nos écrans.

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C’est où ?
« Clint Eastwood – Le Cinéma en Liberté »
En accès libre sur la plus belle Avenue du Monde – à la sortie du métro Champs-Elysées-Clémenceau
Jusqu’au 5 février 2010.

What your soul sings

A peu près au tiers de la projection de « Million Dollar Baby », ce soir, une curieuse pensée m’est venue. J’ai découvert que j’aimais les films de Clint Eastwood et les romans de Giono (période post-incarcération) pour les mêmes raisons: leur crudité, leur concision, leur émotivité contenue, la soif démesurée d’indépendance et de solitude qu’ils expriment. Chez l’un comme chez l’autre, le propos est sec, gratté jusqu’à l’os. Le sentiment, aussi loin que possible du sentimentalisme, reçoit le plus bel hommage qu’on puisse lui faire: celui de la nudité, du silence, de la pudeur.

Pourtant, une volubilité baroque peut parfois s’élever dans les pages de l’écrivain italo-provençal; mais c’est presque de la parodie, le romancier bavarde pour mieux ridiculiser le bavardage, et à aucun moment il ne laisse oublier la sécheresse de l’armature. Eastwood concilie, lui aussi, des valeurs réputées incompatibles: son style brut et dépouillé sert de support à un traitement de l’émotion si simple et si direct qu’il touche à l’indécence. Mais c’est l’indécence des enfants et des saints, le contraire de l’obscénité. C’est le regard qui darde toujours droit dans les yeux et que les nôtres ont du mal à soutenir. C’est la contemplation sans concession du sens de notre vie, contemplation qui n’est pas à la mode. Et, chez le romancier comme chez le cinéaste, l’absence totale de poésie, le refus du poétisme, du joli, du bien tourné, produisent la seule poésie qui soit digne de ce nom.

Cette pensée m’est venue avant que je sache pourquoi, mais la suite me l’a fait comprendre. Il y a une scène dans ce film qui n’est pas la scène finale mais qui est très proche de la fin. C’est bien entendu une scène clé, mais je ne vais pas vous la dévoiler. Il me suffit simplement de dire que rien dans sa description, de quelque façon qu’on la tourne, ne l’apparente à une scène d’amour; mais c’est une grande scène d’amour, peut-être la première vue au cinéma depuis des années. Elle contient l’élément essentiel: le pouvoir de dépasser l’amour pour nous emmener vers la face cachée des choses. Or il y a une scène semblable, plutôt un passage, dans « Le Hussard sur le toit » de Giono. Non pas dans le film, le pudding qualité française de Rappeneau, pour lequel il a été rajouté un répugnant happy end à la Disney, mais dans le roman lui-même. Ce passage, comme la scène de « Million Dollar Baby », n’est pas tout à fait final mais il est très proche de la fin. Il n’a rien à voir avec une scène d’amour ni de sexe; il ne pourrait pas en être plus éloigné, par ses circonstances, son contexte, ses caractéristiques. Et pourtant c’est une des scènes d’amour majeures de la littérature du XXe siècle.

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Je n’en dis pas plus; je vous invite à voir ce film tout en zones d’ombre d’où sortent par moments des visages sculptés, ciselés, graves. La peinture hollandaise n’est pas une analogie facile à appliquer, et pourtant on pense à Vermeer pour l’éclairage et les couleurs (les bleus, les chairs) ainsi qu’à Rembrandt pour ce bain de douleur, de compassion, d’amour et de résignation qui recouvre l’histoire comme une nuit calme.

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Little Miss Chatterbox

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