Le peuple de Paris au XIXe siècle

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Expo coup de cœur: « Le peuple de Paris au XIXe siècle » au musée Carnavalet

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler de l’une de mes expos « coup de cœur » de cette rentrée 2011: « Le peuple de Paris au XIXe siècle » au Musée Carnavalet.

L’exposition propose un voyage insolite au cœur du Paris populaire du XIXe siècle (un long XIXe siècle qui s’étend de la fin de la Révolution française à la Première Guerre mondiale), dans une capitale en pleine mutation, touchée par l’explosion démographique, la révolution industrielle et les transformations urbaines. Plongé dans les ruelles étroites et sinueuses, le visiteur part à la découverte d’une catégorie sociale majeure et d’une figure mythique de l’imaginaire parisien depuis la Révolution française. Tous les aspects de la vie quotidienne sont abordés, à travers une riche iconographie, puisée notamment dans les collections du musée Carnavalet, mais aussi des documents d’archives et des objets du passé issus d’une vingtaine d’institutions publiques. Au fil d’un parcours thématique, on découvre les conditions de vie et de travail des classes populaires : Comment se logeaient-elles ? Que mangeaient-elles ? Quels étaient leurs codes vestimentaires ? Leurs distractions ?

Le début de l’exposition s’interroge sur ce qui forge l’identité du peuple de Paris depuis le XVIIIe siècle et nous offre chronologie, cartes et maquettes, qui permettent de mieux cerner la topographie du Paris populaire. Armés de ces quelques repères, on constate que la capitale connaît alors de profonds bouleversements, avec l’extension de Paris en 1860 et les grands travaux menés par Haussmann sous le Second Empire, et poursuivis sous la IIIe République. L’ensemble des territoires populaires est évoqué, des quartiers centraux vétustes en passant par les faubourgs, et on nous explique qu’à ce moment là, le peuple de Paris, ce sont avant tout des provinciaux et des étrangers venus travailler en ville, souvent poussés par la misère.

Par la suite, bon nombre de salles sont consacrés au travail. A cette époque, au sein de la ruche parisienne, on voit que le travail ne manque pas. L’exposition nous présente plusieurs métiers essentiels dans l’économie de la capitale au XIXe siècle, depuis les « petits métiers » se pratiquant dans la rue aux métiers très qualifiés de l’atelier du grand centre.

Les salles suivantes tentent de reconstituer le quotidien du peuple, difficile à saisir tant les témoignages populaires sont rares. Vivre à Paris, c’est à la fois trouver un abri pour dormir, en cette période de grave crise du logement (dont les conditions sont souvent pénibles et caractérisées par un manque d’intimité, que l’on habite un « garni » ou un petit meublé), se nourrir, à une époque où l’alimentation occupe une grande part du budget d’une famille ouvrière, mais aussi se vêtir et prendre soin de son corps. L’une des salles s’articule d’ailleurs autour d’une immense vitrine centrale au sein de laquelle sont disposés quelques vêtements qui, par un jeu de transparence, sont mis en perspective avec les autres pièces présentées. La scénographie est vraiment réussie !

Très intéressant aussi: un long panorama, constitué des façades des maisons de la rue de Belleville prises par l’Union Photographique Française, permet de restituer l’atmosphère qui pouvait régner dans ce quartier en 1906. Les sociabilités de proximité, les manières de parler ou de se tenir sont autant d’indices des cultures populaires de la capitale. Même si les temps de repos sont brefs, on voit que le peuple s’amuse aussi et les récréations & plaisirs populaires sont simples : une promenade, de nombreux spectacles de rue, un verre au cabaret, une danse dans une guinguette de barrière, etc…

Le parcours se poursuit sur le thème de l’indigence. Sans être dans la misère noire, on estime à près d’un quart le nombre de Parisiens souffrant d’une précarité qui peut les faire basculer dans l’indigence au premier coup dur : la maladie, le chômage, les accidents du travail – contre lesquels il n’existe pas d’assurance – voire le terme du loyer tant redouté. Loin du pittoresque brossant une image idéalisée du peuple de Paris, l’exposition approfondit des pans souvent occultés de l’histoire de la capitale : les abandons d’enfant, la peur de l’hôpital, la vie dans les taudis et j’en passe.

Les dernières salles sont, quant à elles, consacrées aux peurs que fait naître le peuple au sein de la classe dirigeante. Le fantasme des « bas-fonds » révèle de nouvelles peurs sociales liées à l’urbanisation, à l’industrialisation et à la délinquance juvénile. La peur du crime – associée à une certaine fascination pour celui-ci – augmente au cours du XIXe siècle et alimente la vogue des faits divers de la Belle Époque. Le parcours s’achève sur les barricades et l’expo nous invite à redécouvrir quelques-unes des insurrections majeures qui ont jalonné le siècle : les trois Glorieuses de 1830, celles de février et juin 1848 et la Commune en 1871, dont les issues en ont fait des révolutions.

Si vous aimez l’Histoire en général et l’Histoire de Paris en particulier, si vous étiez fan des romans de Zola au lycée ou si, tout simplement, vous avez la curiosité de savoir comment vivait le peuple à Paris au XIXe siècle: foncez, cette expo vous plaira forcément ! En ce qui me concerne, j’adore cette époque. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien… Enfin, si, peut-être parce qu’au lycée, j’avais eu la curiosité de lire l’intégralité (oui, les 20 romans) (non, je n’avais pas de vie sociale) des Rougon-Macquart de Zola (ce que tous les lycéens détestent mais que j’adorais) et que du coup, cette période me semble un brin familière.

Bref, ce que je sais, en tout cas, c’est que cette exposition est passionnante et qu’elle apporte un éclairage tour à tour pittoresque, amusant, effrayant ou tragique sur le peuple de Paris au XIXe siècle. Je l’ai dévorée comme on dévore un bon roman, du début à la fin avec l’envie de m’attarder sur chaque pièce présentée et sur chaque encart explicatif proposé afin d’absorber le moindre détail donné sur la vie du peuple de Paris à cette époque. Pour tout vous dire, elle est tellement riche et complète qu’en 1h30, je n’ai même pas eu le temps de TOUT lire tant il y a à découvrir (mais c’est pas grave, car du coup, j’y retournerai… histoire d’être sûre de n’en avoir pas manqué une miette et pour la partager avec Uwe au passage !). C’est une exposition fascinante, enrichissante, super bien documentée et qui vaut vraiment le déplacement. A ne pas manquer !

C’est où ?
Le peuple de Paris au XIXe siècle
Musée Carnavalet
23, rue Sévigné (3è) – M° Saint-Paul
Ouvert tous les jours (sauf le lundi et les jours fériés) de 10h à 18h.
Tarifs: 7€/5€/3€50
Jusqu’au 26 février 2012.

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