« Le démon de Hannah »

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Ma rentrée théâtrale #4 – « Le démon de Hannah » à la comédie des Champs-Elysées

Le_Demon_De_Hannah_theatre_fiche_spectacle_uneQuatrième pièce de ma rentrée théâtrale: « Le Démon de Hannah » d’Antoine Rault à la Comédie des Champs-Elysées.

Pitch:
« En 1925, à l’université de Marburg en Allemagne, l’étudiante en philo Hannah Arendt, 18 ans, subjuguée par son maître Martin Heidegger, 35 ans, devient sa maîtresse. Quand le régime national socialiste submerge l’Allemagne, Heidegger s’engage en faveur d’Hitler, Hannah dans la résistance, puis s’enfuit aux Etats-Unis. 20 ans plus tard, elle est devenue une philosophe respectée à New York, il est mis à l’écart dans son pays après la chute du régime nazi. Quand Hannah décide soudain de faire un voyage en Allemagne, ils vont avoir la tentation de se revoir. »

Pour tout vous dire, j’ai l’impression que je suis dans une sorte de série noire théâtrale, je vais de déception en déception entre « Vie Privée » qui m’avait laissé une impression plus que mitigée, « Douze hommes en colère » que j’ai vu dernièrement au Théâtre de Paris et qui ne m’a pas plus emballée que ça (je vous en parle la semaine prochaine) et ce « Démon de Hannah » qui m’a vraiment déçue.

Alors qu’est-ce qui cloche avec « Le Démon de Hannah » ? A peu près tout en fait, à commencer par l’affiche complètement à côté de la plaque à mon avis, où sont juxtaposées des photos contemporaines des acteurs. Mouais…

Quelques éléments positifs dans le lot quand même, particulièrement dans la mise en scène de Michel Fagadau. Dans la première partie de la pièce, deux gros cubes envahissent entièrement la scène. Dans celui de gauche, New York en fond d’écran et la philosophe Hannah Arendt, dans celui de droite, Berlin dévasté et le philosophe allemand Martin Heidegger. Quand le premier cube est allumé, on éteint le second et vice versa, suivant le jeu de ping-pong entre les deux couples (Hannah et son mari allemand réfugiés à New York d’un côté, Martin et son épouse à Fribourg ressassant la mise à l’écart du génie après la chute du régime nazi, de l’autre).

Concernant les acteurs, je n’ai pas été vraiment convaincue, leurs personnages manquent cruellement de finesse et de nuances. Elsa Zylberstein alterne entre deux façons de jouer totalement opposées: la manière sensible qu’elle maîtrise plutôt bien puisqu’elle a l’habitude de l’utiliser devant la caméra et le côté horripilant « Adjani au théâtre » qui ne sonne pas vraiment juste ni justifié ici (on voit qu’elle n’a pas vraiment l’habitude des planches). Face à elle, un Didier Flamand couleur muraille, droit dans ses bottes. Seule Josiane Stoleru, l’épouse de Heidegger, tire un peu son épingle du jeu, assez vraie et touchante dans son amour inconditionnel pour son mari infidèle et ses convictions bornées bien qu’ignobles.

Ma plus grosse déception concernant cette pièce provient très certainement du face à face entre les philosophes. Là où l’on pouvait s’attendre à un intense échange de haute voltige entre Arendt et Heidegger, il n’en est rien: mièvrerie, culpabilisation et colère surjouée alternent entre une Hannah qui attend en vain les dénégations d’une vérité qu’elle connaît pourtant parfaitement et un Martin qui aurait aimé ne pas avoir fait les « mauvais choix », ne pas avoir été ce philosophe lié à Hitler, etc… Elle croirait n’importe quoi pour lui pardonner, il dirait n’importe quoi pour la convaincre, parce que malgré toute cette boue, ils s’aiment toujours. Super ! Et que dire de cette dernière partie surnuméraire et surexplicative, totalement superflue…

Si on ne citait par ci, par là, deux ou trois œuvres philosophiques comme « L’Etre et le Néant », la correspondance de Sartre et Heidegger, s’il n’y avait ces photos de New York et Berlin, quelques noms du régime SS  et ces propos antisémites provocateurs de Madame Heidegger, il pourrait s’agir de n’importe quel couple n’ayant jamais oublié leur liaison passionnée et se revoyant après vingt ans de silence. Et pourtant, il ne s’agit pas de n’importe quel couple ! Il y a quelques années, j’ai étudié la pensée d’Hannah Arendt et un peu aussi celle de Heidegger et pourtant, en sortant de la pièce, rien de tout ça n’en ressort. Même si ce n’est pas le sujet central de la pièce, c’est vraiment dommage d’avoir si peu profité de l’œuvre de ces deux très grands philosophes au moins en arrière-plan… In fine, seul l’emballage se veut intello, parce que quand on creuse un peu, on s’aperçoit que le fond est bien bien mince. L’écriture d’Antoine Rault est lourde, scolaire, trop appliquée, laborieuse et prétentieuse. Les dialogues ne font pas mouche et l’intensité dramatique est inexistante. Dommage.

C’est où ?
« Le Démon de Hannah »
Comédie des Champs-Elysées
15, avenue Montaigne (8è) – M° Alma-Marceau
A 21h du mardi au samedi. A 16h30 le dimanche.

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Ma semaine des gourmandises continue avec ma review du Salon du Chocolat 2009, qui sera mise en ligne en fin de matinée.

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