L’Avare

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Petites soirées au Théâtre

Des semaines que je ne vous avais pas parlé théâtre – oui, je suis impardonnable – mais je manque cruellement de temps, que voulez-vous ?! Voici donc un recueil d’impressions sur les dernières pièces que j’ai pu voir (même si 2 d’entre elles ne sont plus à l’affiche… shame on me, je sais !).

* DE BONS MOMENTS *

* Solness le Constructeur au Théâtre Hébertot


Pitch: « Ibsen plonge son regard dans les profondeurs de l’existence humaine avec humour et c’est cet humour même qui le sauve, et nous sauve. La pièce parle du désir, celui qui fait déplacer des montagnes; car c’est au plus vif du désir que se joue la liberté des êtres. » (Source: le site du théâtre)

Mon avis: Je vous accorde que de prime abord, ce résumé n’est pas très évocateur ! Et pourtant cette pièce, comme tous les textes d’Ibsen, est pour le moins passionnante. Solness est un self-made man arrivé à la cinquantaine, riche, reconnu de tous et dont la sexualité s’enrichit de jeunes stagiaires de son agence. Homme de tempérament, il refuse de donner sa chance à Ragnar, le fils de son associé architecte supplanté depuis belle lurette à la tête de l’entreprise. Pourtant, derrière les apparences, le constructeur est un homme torturé par le passé, qui a une relation distante avec sa femme frappée au cœur par l’incendie qui a détruit la maison de ses parents (et, par ricochet, est la cause de la mort de ses deux enfants). C’est à ce moment là que surgit Hilde, jeune femme rencontrée dix ans plus tôt, solaire, libre et dangereuse. Pour interpréter le rôle de Solness, le metteur en scène Hans Peter Cloos a terriblement bien choisi Jacques Weber qui incarne parfaitement les contradictions de ce personnage complexe et fascinant, à qui il apporte la juste dose de séduction, charisme, autorité, générosité et fragilité. Le reste du casting est également assez convainquant, que ce soit Mélanie Doutey, excellente en tentatrice à l’innocence étincelante qui évolue avec grâce et intelligence, ou encore Edith Scob, qui interprète Alie, (la femme de Solness) étonnante de fragilité et d’élégance. La mise en scène est très moderne, sobre, épurée, limpide et peut-être même un peu trop justement (on a parfois le sentiment qu’Hans Peter Cloos a laissé de côté la partie un peu plus subtile et complexe de l’œuvre d’Ibsen au profit d’une lecture un peu trop premier degré).

Bref, je chipote, mais Solness le Constructeur est une pièce intéressante et très riche, que je ne regrette pas d’avoir vue puisqu’elle m’a permis de continuer, tranquillement mais surement, ma petite incursion dans l’univers envoutant de Henrik Ibsen (ça change un peu de Maison de Poupée !).

C’était où ?
Solness le Constructeur
Théâtre Hébertot
78 bis, Bd des Batignolles (17è) – M° Rome
La pièce n’est plus à l’affiche.

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* L’Amant au Théâtre Marigny

l_amant

Pitch: « Un couple marié, Sarah et Richard, vivent aisément, dans le confort d’un cottage, près de Londres. Plusieurs fois par semaine, Sarah reçoit avec la complicité de son mari, la visite de « Max », son amant. Les règles de ce jeu semblent avoir été établies d’un commun accord. Dans ce climat d’une inquiétante sérénité, les visites de « Max » vont devenir le principal sujet de conversation du couple. Jusqu’où les personnages peuvent-ils rester maîtres de ce qu’ils engendrent ? Pinter, lui, ne résiste pas au plaisir de les mener, à pas feutrés, jusqu’aux frontières de la folie. » (Source: le site du théâtre)

Mon avis: Pour commencer, il faut que je vous avoue que j’aime beaucoup l’écriture de ce grand dramaturge qu’était Harold Pinter et que je me faisais une joie de découvrir pour la première fois sur scène l’une de ses plus brillantes œuvres L’Amant. Même si j’ai trouvé la mise en scène de Didier Long un chouïa allégée en questionnements, en mystères et en douleurs propres au théâtre de l’auteur, il faut tout de même lui reconnaître un travail assez réussi sur le décor, très minimaliste, sobre et épuré, mais s’appuyant sur une trouvaille astucieusement exploitée. Pour le reste, la véritable réussite de cette adaptation est avant tout son casting (alors que je n’en attendais pas grand chose, pour tout vous avouer !). Pierre Cassignard interprète un mari-amant tour à tour maître de lui-même et déchainé, qui passe avec une gamme de nuances impressionnante, du mari « propret » – jeune cadre dynamique, lisse et insignifiant – à l’amant débridé, mauvais garçon séduisant et redoutable, pour finalement se métamorphoser en sale gosse, injuste et capricieux, qui se venge en cassant son jouet. Quant à Léa Drucker, je l’ai trouvée très juste en femme-maîtresse assez froide et distante, au self control affirmé, mais en réalité vulnérable et fragile. La force de ce couple d’acteurs tient principalement dans le fait qu’il fait la part belle au texte de Pinter, une pièce aussi perverse que jubilatoire, et qui même si elle n’est pas parfaitement mise en scène ici, a au moins le mérite de donner envie de s’intéresser à l’univers de l’auteur ! Et c’est déjà pas mal ;)

C’était où ?
L’Amant
Théâtre Marigny – Salle Popesco
Carré Marigny (8è) -M° Champs Elysées-Clémenceau
La pièce n’est plus à l’affiche à Paris mais part en tournée en province pour 2011.

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♥ MES COUPS DE CŒUR ♥

Nono au Théâtre de la Madeleine


Pitch: « Nono (Julie Depardieu) est une jeune femme qui se fait entretenir par son amant. Belle, insouciante, facétieuse, elle rend fous les hommes. Elle mettra à ses pieds le meilleur ami de son amant, tentera de l’emporter jusqu’à la trahison. A travers une comédie hilarante, plongée dans la légèreté et la décadence de la belle époque, Sacha Guitry dresse une très beau portrait de femme, il nous parle du fantasme, du désir et de l’argent. Sacha Guitry disait à propos Nono : « Paie les femmes tandis que tu es jeune, tu t’apercevras moins que tu vieillis ». » (Source: le site du théâtre)

Mon avis: N’ayant pas été terriblement sensible à la dernière mise en scène de Michel Fau, c’est non sans crainte que je me suis rendue au théâtre de la Madeleine pour y voir son adaptation de Nono de Sacha Guitry. Force est de constater que bien mal m’en a pris, puisque cette fois, j’ai été totalement emballée par ses choix de mise en scène ! Pour commencer, la pièce de Guitry est absolument géniale : le personnage titre est une jeune et jolie cocotte, coquette et frivole, dont le but est de vivre une fête incessante tout en sachant mener les hommes par le bout… du nez, en n’exigeant ni ne promettant rien ! En devenant successivement la maîtresse de deux amis, un jeune célibataire bambocheur et un poète dilettante et gigolo amateur lassé d’un « collage conjugal » avec une veuve aussi riche que jalouse, elle est l’élément pivot de cette déclinaison au carré du trio vaudevillesque ! Le casting est parfait de bout en bout, que ce soit Michel Fau, avec ses poses de diva, Julie Depardieu, piquante et parfaite en fausse évaporée, Xavier Gallais avec sa démarche à la Woody Woodpecker ou encore Brigitte Catillon, en vieille maîtresse titubante à la voix éraillée ! Pour le reste, la mise en scène de Michel Fau est tout à fait dans le ton : fraîche, légère, vive et pétillante. Elle rend un véritable hommage à l’humour et à l’esprit du texte de Guitry, plus qu’acerbe et décapant sur les rapports hommes-femmes. Bref, une pièce drôle, divertissante et absolument jubilatoire, à voir si vous trouvez le temps d’ici la fin de l’année ;)

C’est où ?
Nono
Théâtre de la Madeleine
19, rue de Surène (8è) – M° Madeleine
Du mardi au samedi à 21h, matinées le dimanche à 15h.
Jusqu’au 31 décembre 2010.

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L’Avare à la Comédie Française


Pitch: Ai-je besoin de vous rappeler vos bons vieux classiques ? Harpagon, la cassette, tout ça… Non? Dans ce cas, je vous invite à relire Molière (et toc !) ;)

Mon avis: Une excellente surprise que cette énième mise en scène du classique de Molière par Catherine Hiegel avec dans le rôle de Harpagon, le truculent Denis Podalydès. Costumes d’époque, décors somptueux (un grand escalier de marbre dépouillé, une petite porte dérobée sous l’escalier par laquelle on s’enfuit et derrière laquelle on se cache, etc…) & petites trouvailles de mise en scène (une lumière qui change au fur et à mesure de l’avancée de la pièce pour illustrer le temps qui passe, un monologue de la cassette totalement revisité dans lequel Podalydès grimpe sur les fauteuils de la salle, en équilibre sur les dossiers des sièges et prend à parti les spectateurs, les accusant du vol de sa chère cassette… !!) rendent cet Avare absolument irrésistible ! L’autre force de la mise en scène de Catherine Hiegel c’est que dès les premières minutes de la pièce, on se sent totalement happé par le texte de Molière particulièrement vivant ici : l’interprétation de la pièce est magistrale et illumine le texte d’une modernité à couper le souffle ! Les acteurs sont tous incroyables: généreux, justes, toujours dans le ton et en totale harmonie de bout en bout. Quant à la performance de Denis Podalydès, elle est une fois de plus bluffante et unique, un véritable feu d’artifice : il bondit, renoue avec les acteurs de la Comedia dell’arte, dit le texte avec un naturel et une évidence… sidérants. Rire autant en 2010 devant une pièce montée pour la première fois en 1669, c’est un véritable tour de force. J’ai adoré !

Du coup, j’ai franchement hâte de retourner à la Comédie Française, même si ce ne sera pas avant avril… pour la représentation d’Un Tramway nommé désir de Tennessee Williams (une pièce que j’adore, je me fais une joie et espère surtout être plus emballée que par Un Tramway à l’Odéon l’an dernier !).

C’est où ?
L’Avare mis en scène par Catherine Hiegel
Comédie Française – Salle Richelieu
Place Colette (1er) – M° Palais Royal -Musée du Louvre
En matinée à 14h et en soirée à 20h30.
Jusqu’au 2 janvier 2011.

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Prochaine sortie au théâtre, ce soir
: Le Prénom au Théâtre Édouard VII.

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