Grand Palais

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L’expo du week-end: « Odilon Redon, Prince du Rêve » au Grand Palais

Petit billet express aujourd’hui pour vous parler d’une expo qui se termine demain soir et que je vous recommande pour ce week-end si vous ne l’avez pas encore visitée: « Odilon Redon, Prince du Rêve » au Grand Palais !

Considéré comme un précurseur du symbolisme et du surréalisme, Odilon Redon a créé au début de sa carrière un univers « noir » fantastique et onirique, avant de basculer vers un monde en couleurs plus serein et apaisé. Un parcours intéressant et intriguant retracé à travers plus de 180 peintures, pastels, fusains, dessins et une centaine d’estampes.

La première partie de l’exposition, et sans aucun doute ma préférée, est consacrée aux sublimes et hypnotiques lithographies de l’artiste. Dix des douze ensembles lithographiques qu’il a publiés sont exposés en entier et je vous garantie que ça vaut le coup d’œil ! Du premier, Dans le rêve, il dira qu’il est un de ses préférés. Déjà, il y dessine des têtes étranges qui flottent dans l’air, des yeux, des êtres étranges. Le second album est quant à lui dédié à Edgar Poe dont l’univers onirique le fascine. Les yeux reviennent, dans les arbres, sous forme d’un ballon qui s’élève dans le ciel. A côté de ces recueils sont exposés des fusains et des gravures extraordinaires, comme l’Araignée souriante (dont je suis fan !) ou la Plante grasse. Ces dessins sont peuplés de figures fantomatiques ou de squelettes prenant la forme d’un arbre et c’est à cause d’eux que, quelques années plus tard, le collectionneur et critique Thadée Natanson le surnommera « le prince du rêve ». Fascinant !


La seconde partie de l’expo nous fait découvrir son travail à partir de 1890 et l’on voit que c’est à ce moment là que son univers s’ouvre à la couleur. On ne peut pas vraiment parler de passage à la couleur puisque Redon a toujours pratiqué la peinture, mais il la réservait au travail sur le motif, son travail imaginaire ne relevant que de ses « noirs », fusains et gravures. Mais à partir du début des années 1890, son univers onirique s’ouvre progressivement à la peinture et au pastel. Les Yeux clos (que je vous ai mis tout en haut en illustration et que je trouve superbe) est l’œuvre qui marque cette transition et deux versions, une lithographie et une peinture, sont exposées côte à côte.

A partir de là et pendant dix ans, Redon travaille à la fois en couleur et en noir. Pendant cette période, il va progressivement vers la lumière et son univers se fait plus serein. Même Songes (1891), une série de lithographies dédiées à son ami Armand Clavaud, qui s’est suicidé, est moins sombre que les précédentes. Il y est question de lueur et de « monde sublunaire ». A cette époque, il peint aussi des enfants, des jeunes filles et des thèmes religieux, Christ ou Bouddha. Les couleurs sont de plus en plus éclatantes, comme dans cet hommage à Gauguin qui explose de turquoise ou de vermillon. Il abandonnera complètement la gravure au tournant du siècle.

La dernière partie de l’exposition est consacrée aux travaux de fin de vie de Redon et à son travail essentiellement décoratif, mais je dois avouer que cela m’a nettement moins intéressée. Je vous conseille donc de passer plus de temps dans les premières salles !

Une belle exposition qui m’a beaucoup touchée et particulièrement les premières salles dont l’atmosphère mystérieuse, sombre, envoutante et poétique (presque burtonnienne… oui, j’aime les anachronismes mais c’est pas grave !) m’a touchée. Je vous la recommande chaudement pour ce week-end, foncez-y avant qu’il ne soit trop tard !

C’est où ?
Odilon Redon – Prince du Rêve
Galeries nationales du Grand Palais, entrée Clémenceau
Avenue du Général Eisenhower (8è) – M° Champs-Elysées-Clémenceau
Ouvert aujourd’hui et demain de 10h à 20h. L’expo se termine demain soir !

Mes expos parisiennes de fin d’année

Comme je suis un peu à la bourre pour vous parler des dernières expos parisiennes que j’ai eu le plaisir de visiter au cours de ces dernières semaines, je vais faire au plus simple et tout regrouper ici. Vous aurez donc droit à 1 billet avec pas moins de 4 expos… et qui valent toutes le coup en plus ! De quoi bien remplir votre fin d’année culturelle ;)

♥ France 1500 au Grand Palais (jusqu’au 10 janvier 2011)

Doublé totalement gagnant en cette fin d’année pour les Galeries Nationales du Grand Palais qui, en plus de nous ravir avec une fabuleuse rétrospective des œuvres de mon peintre préféré, nous proposent une magnifique incursion dans l’art français en 1500, à découvrir à travers 200 peintures, sculptures, tapisseries, livres, vitraux, etc… Au tournant du XVIè siècle, l’art en France est encore largement emprunt de l’influence gothique, tout en s’ouvrant à diverses nouvelles choses. Les foyers, nombreux, invitent des artistes venus du sud ou du nord et produisant des œuvres diverses. L’exposition porte sur la période des règnes de Charles VIII (1493-1498) et de Louis XII (1498-1515). La guerre de Cent Ans s’est achevée en 1453 et la France, en pleine reconstruction, connaît alors une période de prospérité favorable aux arts. Une mutation s’est opérée dans les années 1460-1480, avec deux grands foyers artistiques. Si, déjà, les domaines du roi René (Provence, Lorraine et Anjou) font venir des artistes d’Italie, les modèles viennent plutôt du Nord, avec, par exemple, Enguerrand Quarton. Encore que le grand portraitiste Jean Fouquet, peintre du roi Louis XI, fasse déjà la synthèse entre innovations flamandes et italiennes après un voyage en Italie vers 1445.

Dans les années 1490 et 1500, une foule de commanditaires fait travailler les artistes. Souverains, nobles, prélats, villes, confréries leur font produire des objets et des édifices, et l’exposition explore un certain nombre de foyers où ils s’épanouissent (Jean Hey, identifié comme le fameux Maître de Moulins, dans le Bourdonnais, Louise de Savoie à Cognac, la peinture dans le Languedoc ou en Champagne, sans oublier la Normandie, représentée par une très belle Vierge à l’Enfant rieur, etc…). L’architecture, où le gothique flamboyant perdure, influence le mobilier, qui déborde de d’ornements. Le livre imprimé est un nouveau support pour les artistes: les illustrations gravées sont colorées à la main ou au pochoir. Certains riches commanditaires continuent à agrémenter leurs exemplaires imprimés d’images peintes par les enlumineurs. Les français restent également très attachés à l’art nordique, qui utilise la perspective atmosphérique et a été le premier à utiliser la peinture à l’huile, et de nombreux artistes flamands sont présents en France.

Les années autour de 1500 sont aussi une période où les échanges avec l’Italie s’intensifient, à l’occasion des campagnes d’Italie des rois français, entre la tentative de conquête de Naples en 1495 par Charles VIII et le départ des Français de la péninsule, après les conquêtes et les revers de Louis XII à Milan et à Naples. Des Italiens viennent travailler en France, comme Andrea Solario au château de Gaillon. Mais la fascination pour l’art italien est aussi attestée par des commandes ou des acquisitions: une petite Nativité de Fra Bartolomeo, une Sainte Véronique de Lorenzo Costa aux accents léonardesques, exécutée pour Florimond Robertet (un conseiller de Louis XII)… L’exposition se termine sur le François Ier en Saint Jean Baptiste de Jean Clouet, portraitiste d’origine flamande qui a ici intégré l’influence de Léonard de Vinci.

France 1500 est une très belle expo, magnifiquement mise en scène (les œuvres sont splendides et leur agencement permet de s’imprégner parfaitement de leur beauté délicate) et très enrichissante dans le sens où elle nous aide à mieux appréhender une période artistique fascinante fortement marquée par la religion, mais aussi par la recherche d’une esthétique expressive et universelle. A voir, sans hésitation !


C’est où ?

France 1500, entre Moyen Âge et Renaissance
Galeries nationales du Grand Palais, entrée Clémenceau
Avenue du Général Eisenhower (8è) – M° Champs-Elysées-Clémenceau
Ouvert tous les jours sauf le mardi et le 25 décembre, 10h-20h, le mercredi jusqu’à 22h, fermeture exceptionnelle à 18h le 24 et le 31 décembre.

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Jean-Léon Gérôme – L’histoire en spectacle au Musée d’Orsay (jusqu’au 23 janvier 2011)

Une vraie bonne surprise que cette exposition sur Jean-Léon Gérôme, dont je n’attendais pas grand chose, et qui au bout du compte m’a totalement emballée ! A la base, je n’étais pas spécialement motivée et c’est très certainement du fait de l’image assez « négative » de l’artiste dans l’Histoire de l’Art. En effet, pendant très longtemps, Gérôme a été mis au placard et surtout stigmatisé comme l’emblème d’un académisme stérile… avant que la perception de l’artiste n’évolue profondément au cours des dernières décennies. Il est aujourd’hui compris comme l’un des grands créateurs d’images du XIXe siècle ! L’exposition est très intéressante dans le sens où elle permet d’aborder tous les enjeux de son œuvre, de ses sources à son influence : on y découvre sa place dans la peinture française de son temps, sa conception théâtralisée de la peinture d’histoire (il représente des scènes historiques avec un souci du détail qui accentue la vraisemblance, mais prend des libertés nécessaires pour créer le suspens… en fait, il fabrique surtout des images qui restent dans les mémoires !), son rapport complexe à l’exotisme, son usage de la polychromie en sculpture, son rôle d’enseignant, son rapport au modèle antique, sa passion tardive pour la sculpture, etc…

L’expo offre également l’occasion de s’interroger sur la façon dont sa personnalité cristallise le combat anti-académique de la fin du XIXè siècle, et enfin, l’engouement qu’il suscite auprès du public et des collectionneurs américains (dont pas mal de cinéastes conquis par sa façon de mettre en scène le spectacle et son sens de l’anecdote, et notamment les auteurs de péplums: Cecil B. DeMille -Sign of the Cross-, William Wyler -Ben-Hur-, Stanley Kubrick -Spartacus- ou même Ridley Scott qui s’est inspiré de Pollice Verso, qui figure un combattant en armure triomphant dans le Colisée, pour Gladiator !). L’exposition permet de se rendre compte que c’est vraiment la double identité de l’œuvre de Gérôme, à la fois savante et populaire, qui la rend aujourd’hui si précieuse aux yeux des historiens d’art et même du grand public.

En bref, une superbe exposition, très intéressante, bien documentée et qui permet de redécouvrir un artiste incroyable et surprenant ! Sans parler de la balade dans le musée d’Orsay que ça donne l’occasion de faire ;) Et n’oubliez pas le festival Péplum à l’auditorium du musée pour revoir les films mentionnés plus haut (programme ici).


C’est où ?

Jean-Léon Gérôme – L’histoire en spectacle
Musée d’Orsay
62, rue de Lille (7è) – M°Solférino
Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 9h30 à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h45.

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♥ L’Antiquité Rêvée – Innovations et résistances au XVIIIè siècle au Musée du Louvre (jusqu’au 14 février 2011)

Depuis quelques semaines maintenant, le Louvre expose le mouvement néoclassique avec une nouvelle exposition nommée « Antiquité rêvée – Innovations et résistances au XVIIIè siècle ». Alors que l’art du XVIIIè siècle est souvent perçu comme une marche progressive du petit goût rocaille vers un grand goût classique, cette exposition met en lumière les différentes expériences qui en ont renouvelé les formes et les thèmes artistiques, et illustre les processus d’innovation, d’émulation, voire de résistance à l’antique dans l’Europe du XVIIIè siècle.

Le Louvre expose ici 150 œuvres – parmi lesquelles peintures, sculptures, dessins, gravures, arts décoratifs – représentatives de ce tournant de goût qui a accompagné la France dans ses soubresauts politiques jusqu’à Napoléon et qui nous font vivre la naissance du néoclassicisme. Il faut savoir que l’Angleterre et l’Italie ont été les précurseurs dès les années 1720-1730 et que la France n’a été touchée qu’un peu plus tard par le mouvement, à partir des années 1740-1750 lorsqu’un certain nombre d’amateurs influents se sont mis en tête de réformer les arts français pour donner de la Nation et de la monarchie une idée plus grave, plus austère et plus « civique ».

En même temps, à partir des années 1750-1760, des contre-courants se forment qui contrebalancent cet engouement pour l’antique néobaroque (Gandolfi, Fragonard, mais aussi Goya ou l’architecte de Wailly l’illustrent à travers l’Europe), le néomaniérisme et la veine « sublime ». Des artistes s’intéressent de nouveau aux baroques, à partir de Rome et de l’Italie, aux grands noms de la Renaissance et du XVIè siècle, tandis que le dernier courant (avec des artistes comme des artistes comme Füssli, Sergel ou Desprez) invente un répertoire de fantômes, de furies et d’ombres échappant à la rationalité classique.  Enfin, le dernier quart du siècle voit s’affirmer un langage plus universel qui se radicalise sous l’égide de valeurs héroïques. De sculptures en projets d’architectures, de toiles monumentales en grands marbres, la société européenne, à la veille de l’embrasement révolutionnaire, manifeste ainsi ses aspirations nouvelles.

Comme toujours au Louvre, cette exposition mérite définitivement une visite ! Elle est très riche, complète, bien documentée et permet surtout de mettre en perspective la relation entre les mythes, l’histoire et la peinture. D’ailleurs, je vous conseille de la visiter avant l’expo Gérôme, dont je parlais juste avant car elle met en évidence combien la peinture d’histoire était le genre noble jusqu’à la fin du XIXè, et permet de comprendre à quel point Gérôme avait pu s’encanailler lorsqu’il a quitté les mythes et la littérature pour l’anecdote historique ! A voir, donc.


C’est où ?
L’Antiquité Rêvée – Innovations et résistances au XVIIIè siècle
Musée du Louvre
Hall Napoléon, sous la Pyramide – M° Palais Royal -Musée du Louvre
Ouverture tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 18h, et en nocturne jusqu’à 22 h les mercredi et vendredi.

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♥ Mondrian / De Stijl au Centre Pompidou (jusqu’au 21 mars 2011)

Jusqu’au 21 mars 2011, le Centre Pompidou accueille une exposition inédite consacrée aux parcours croisés du mouvement De Stijl et de Piet Mondrian, sa figure magistrale. Il n’y avait encore jamais eu d’exposition en France consacrée à De Stijl (« Le Style » en français), groupe actif de 1917 à 1931 qui était tendu vers la recherche de l’harmonie universelle. L’ambition de De Stijl était de donner un sens nouveau aux arts en les rapprochant autour du désir de destruction du figuratif, et d’utilisation de couleurs et de formes « pures ». La perfection de la machine, la vie en collectivité et l’anonymat des méthodes de travail à cette époque les ont beaucoup influencé. Peinture, sculpture, mobilier, graphisme, architecture, urbanisme: ses membres rêvaient de faire tomber les séparations entre les disciplines pour organiser un monde géométrique où la couleur crée l’espace. A la recherche d’un art total et universel au service d’un monde nouveau, ils ont inventé un langage de lignes horizontales et verticales et de couleurs primaires.

L’exposition du Centre Pompidou est énorme: elles s’étend sur 2100 m² et présente pas moins de 700 œuvres et objets, dont une centaine d’œuvres majeures de Mondrian, et même une reconstitution de son atelier parisien du 26 rue du Départ (à Montparnasse). Le lieu a aussi été immortalisé par André Kertesz dont un certain nombre de photos sont présentées ici. Le parcours est divisé en trois parties. La première est consacrée aux travaux des artistes de De Stijl avant la naissance officielle de la revue (1917) et à l’évolution de ces peintres néerlandais vers l’abstraction. La deuxième s’intéresse au seul Mondrian, de 1912 à 1938, c’est-à-dire pendant ses années parisiennes, des années au coeur de ce qui est essentiel dans son œuvre. La troisième partie de l’exposition se penche sur les créations du mouvement De Stijl proprement dit et à ses développements.

La partie de l’exposition consacrée à Mondrian (et peut-être celle qui m’a le plus intéressée) s’ouvre sur une Nature morte au pot de gingembre cézannienne. On y apprend que le peintre hollandais arrive à Paris en 1912 et que c’est là qu’il va développer son abstraction géométrique après quelques années sous influence cubiste. Pendant la guerre de 1914, Mondrian est obligé de retourner en Hollande et vit ce séjour dans son pays comme un exil, au cours duquel l’abstraction de ses tableaux se radicalise. Confronté à la mer, à l’infini, il peint des croix dont le mouvement évoque la houle, à l’intérieur d’une forme ovale. Revenu à Paris après la guerre, il produit ses célèbres compositions de plans de couleurs primaires opposés à des plans de « non couleurs » (gris, blanc, noir) qui confrontent lignes horizontales et verticales. Dans des compositions de 1926-1927, il ne reste qu’un tout petit bout de bleu ou de rouge. Les lignes elles-mêmes vont se réduire au jaune dans une composition de 1933, imaginée dans un losange.

Pendant ce temps, le mouvement De Stijl développe l’idée de « néoplasticisme ». Son nouveau langage pictural s’appuie sur le plan et sur les trois couleurs primaires. En 1917 paraît la revue De Stijl, dirigée par Theo van Doesburg, que Mondrian a rencontré deux ans plus tôt. Mis à part un projet de décoration intérieure jamais réalisé, Mondrian va se limiter à l’espace de la toile, mais ses amis investissent aussi l’architecture et le design, faisant exploser les frontières entre différentes disciplines artistiques. Le Centre Pompidou présente de nombreuses maquettes et évocations de ces projets architecturaux, voire urbanistiques, où la couleur est un élément essentiel.

L’exposition est vraiment très intéressante, riche et complète dans le sens où elle donne une vision d’ensemble de l’historique de De Stijl, de l’œuvre fascinante de Mondrian, et des liens d’influence entre les représentants du néo-plasticisme. A réserver aux curieux et aux amoureux d’Histoire de l’Art !

C’est où ?
Mondrian -De Stijl
Centre Pompidou
Place Georges Pompidou (4è) – M° Rambuteau
Ouvert tous les jours sauf mardi de 11h à 21h (fermeture des caisses à 20h). Nocturne le jeudi jusqu’à 23h (fermeture des caisses à 22h).

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Prochaine expo sur ma liste: « Science (et) Fiction, aventures croisées » à la Cité des Sciences.

♥ Et sinon, je vous invite à fouiner dans mes archives pour trouver les compte-rendus des expos visitées ces derniers mois :
Harry Callahan, Variations à la Fondation Cartier Bresson (jusqu’à dimanche prochain).
– Les expos du moment du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (Didier Marcel- Sommes-nous l’élégance et Larry Clark – Kiss the past hello jusqu’au 2 janvier 2011 et Basquiat, jusqu’au 30 janvier 2011).
La France de Raymond Depardon à la BnF François Mitterrand (jusqu’au 9 janvier 2011).
D’or et de feu, l’Art en Slovaquie à la fin du Moyen Âge au Musée de Cluny (jusqu’au 10 janvier 2011).
Rétrospective Arman au Centre Pompidou (jusqu’au 10 janvier 2011)
La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov au Musée de la Vie Romantique (jusqu’au 16 janvier 2011).
Brune Blonde à la Cinémathèque Française (jusqu’au 16 janvier 2011).
Rubens, Poussin, et les peintres du XVIIè siècle au Musée Jacquemart-André (jusqu’au 24 janvier 2011).
Monet au Grand Palais (jusqu’au 24 janvier 2011).
Baba Bling – Signes intérieurs de richesse à Singapour au Musée du Quai Branly (jusqu’au 30 janvier 2011).
Trésors des Médicis au Musée Maillol (jusqu’au 31 janvier).
André Kertész au Jeu de Paume (jusqu’au 6 février 2011).
L’Or des Incas à la Pinacothèque de Paris (jusqu’au 6 février 2011).
Henry Moore au Musée Rodin (jusqu’au 27 février 2011).
Voyage en Capitale – Louis Vuitton et Paris au Musée Carnavalet (jusqu’au 27 février 2011).

« Renoir au XXè siècle » au Grand Palais

J’en entends fréquemment se plaindre que le Grand Palais ne prend plus beaucoup de risques dans ses choix d’exposition. Et bien, « Renoir au XXè siècle » devrait les faire changer d’avis, puisqu’il ne s’agit pas ici de montrer le Renoir impressionniste (celui du « Moulin de la Galette » qu’on ne présente plus), mais le travail de Renoir dans sa période « Ingresque », ce qui correspondant à la dernière partie de sa vie. En présentant une centaine de tableaux, peintures décoratives, dessins et même sculptures de Renoir, l’idée du Grand Palais est de nous faire redécouvrir une période et des aspects méconnus de son œuvre, tout en montrant le rayonnement de son art dans la première moitié du XXe siècle en France (sur des artistes comme Picasso, Maillol, Bonnard ou Matisse).

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Après 1880, Renoir quitte donc l’impressionnisme et nous offre des peintures aux scènes figuratives, aériennes, fluides et colorées. Il peint inlassablement des femmes nues, baigneuses ou femmes à leur toilette, des portraits d’enfants (les siens, en particulier), mais aussi des paysages, qui témoignent que le peintre n’a pas perdu son talent ou son inspiration. Certains tableaux sont d’une beauté rappelant les grands maîtres flamands, mais les contours estompés, l’omniprésence de la lumière et les ombres contrariées, un teint trop frais, une hanche trop large et une main à peine esquissées dénoncent une prise de liberté artistique au service du beau. Renoir considérait la peinture comme un art décoratif et se donnait à ce titre le devoir d’embellir. Il ne s’agissait que de « faire beau », et en voyant nombre de ses œuvres, on constate qu’il savait y faire !

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J’ai été particulièrement marquée par les deux très beaux tableaux qui ouvrent l’exposition: « Danse à la campagne »et « Danse à la ville » (présentés ci-dessus). Si la première est joyeuse, colorée jusqu’aux joues de la danseuse, la seconde se tient dans univers formel et froid mais éblouit par la grâce abandonnée de la danseuse dont le teint diaphane se confond presque avec la robe blanche, complexe et magnifiquement exécutée. Ces deux tableaux constituent une très belle introduction à ce que sera l’art de Renoir en ce début de XXe siècle.

Pour le reste, la scénographie est classique mais efficace, l’exposition plutôt bien documentée et les œuvres sont souvent commentées, parfois même accompagnées d’anecdotes et de moments de la vie personnelle de l’artiste. On y apprend plein de choses, c’est vraiment très intéressant. Je vous conseille tout de même vivement de télécharger l’audio-guide avant de partir, il vous apportera pas mal d’éclairages sur de nombreux points de détails durant la visite.

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Comme je l’ai déjà dit à maintes reprises ici, d’un point de vue personnel, c’est loin d’être la période que je préfère chez Renoir (que voulez-vous, je suis une indécrottable amoureuse d’Impressionnisme) et pourtant, j’ai trouvé cette expo assez instructive dans le sens où elle nous permet de nous confronter à des toiles, des dessins et des sculptures mal ou peu connus de Renoir. Elle permet aussi de réaliser à quel point son œuvre a pu influencer toute une génération d’artistes en mettant en perspective ses toiles avec plusieurs œuvres de Picasso ou de Matisse. Léger regret quand même: l’expo ne s’interroge pas vraiment sur ce qui a provoqué cet infléchissement dans le travail du peintre vieillissant et c’est vraiment dommage (même si ça n’enlève rien à sa qualité).

Une expo à recommander aux curieux,  aux fans de Renoir et autres amateurs d’Histoire de l’Art avides d’en apprendre un peu plus sur cette période de la vie artistique du peintre.

Renoir


C’est où ?

« Renoir au XXè siècle »
Galeries Nationales du Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower (8è) – M° Champs-Elysées Clémenceau
Jusqu’au 4 janvier 2010.
Côté pratique: il y a beaucoup de monde le week-end, donc je ne peux que vous conseiller d’y passer en semaine (et très tôt le matin, si possible).

« Une image peut en cacher une autre » au Grand Palais

afficheÇa faisait un moment que je voulais voir « Une image peut en cacher une autre », la seconde grande expo du Grand Palais cette saison (la première c’est la rétrospective Warhol dont je vous parlais ici) et j’ai profité de ces derniers jours pour enfin satisfaire ma curiosité !

De prime abord, on pourrait croire que cette expo se contente d’accumuler les calembours visuels: une suite de purs jeux d’optique ou d’ombres pour étonner les petits et les grands. Certes, on s’émerveille devant ces tours de peintres prestidigitateurs, virtuoses truqueurs soucieux de plaire en déroutant notre œil; on rit de cette médaille de 1540 où la tête de l’Arétin est composée de phallus; on s’enivre à suivre les escaliers sans fin de Piranèse et d’Escher. Et c’est tant mieux ! Qui prétendrait ne pas s’amuser à dénicher la ­forme cachée dans l’apparence de ces quelques 250 peintures, sculptures, objets d’art, cartes postales, estampes ou films ? Ils composent une autre histoire de l’art, de la préhistoire au temps présent, tout en mettant en évidence des thèmes et motifs récurrents comme le paysage anthropomorphe, l’analogie entre visage et torse, l’ambiguïté sexuelle, l’illusion spatiale ou encore l’interprétation de taches (comme dans le test de Rorschach).

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Tout le monde connaît les maîtres des images multiples: Arcimboldo et ses portraits composites (dont certains sont aussi réversibles) et le maître moderne de l’image ambiguë, Dalí. Et bien figurez-vous qu’ils ne sont pas les seuls à avoir utilisé ce procédé.  De nombreuses autres œuvres où apparaissent des images multiples existent mais ne sont connues que depuis peu du fait qu’on s’est longtemps méfié du caractère subjectif de leur reconnaissance, préférant souvent les attribuer au hasard. L’exposition du Grand Palais ne présente donc que des œuvres qui font l’objet d’un consensus et pour lesquelles ont pense que l’ambiguïté a été consciemment voulue par l’artiste.

Dès les premières salles, elle porte notre attention sur la diversité des artistes jouant avec la perception visuelle du spectateur. Le plaisir de découvrir des peintures  magnifiques (pour certaines) est au rendez-vous, mais pas seulement, l’expo a avant tout un intérêt ludique et a pour but de rendre le spectateur actif.  Et de ce point de vue, c’est plutôt très réussi: on cherche les visages, les corps et les profils qui se dissimulent derrière un nuage ou un rocher. Mais cette partie de cache-cache n’est finalement qu’une mise en bouche avant la suite de l’exposition.

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La salle des anamorphoses nous invite à explorer les tableaux de plusieurs points de vus, à tourner autour pour y chercher différents sens. On y découvre par exemple l’extraordinaire « Nu Féminin » de Dalí qui se regarde avec un cylindre, ou la représentation en accordéon de Jésus et Marie par l’Ecole de Guido Reni. L’exploration continue ensuite avec d’autres tableaux de Dalí comme « L’Enigme sans fin », que je vous ai mis ci-dessus et qui ne cesse d’interroger le regard. Puis, les paysages-visages apparaissent, avec l’utilisation du corps et du désir pour donner vie à des toiles étranges, comme « Le viol » de René Magritte (ci-dessous) ou « La demoiselle accroupie » de Picasso.

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Une des œuvres les plus extraordinaires est la « British Wildlife » de Tim Noble (ci-dessous), qui représente un édifice savamment confus d’animaux sauvages, et qui par un effet d’éclairage révèle deux profils sensuels l’un contre l’autre ! L’expo se termine ensuite sur une note d’humour avec les extraordinaires et bluffantes anamorphoses tridimensionnelles du suisse Markus Raetz.

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Cette exposition est une occasion inédite de revisiter l’œuvre de nombreux artistes et d’en découvrir les dessous les plus inattendus. C’est vraiment très ludique, un peu comme une sorte de « Où est Charlie ? » géant (vive les références, mais avouez que vous adoriez le chercher Charlie, et même encore maintenant ?!) où l’on s’amuse un peu et où l’on apprend beaucoup (quel sens de la formule, n’est-ce-pas ?! humpf). Je vous conseille évidemment de prendre l’audio-guide, ou encore mieux de le télécharger ici avant votre visite, c’est indispensable pour saisir toutes les subtilités qui n’apparaissent pas forcément à l’œil non expert lors de la découverte de l’expo.

C’est où ?
« Une image peut en cacher une autre »
Galeries nationales du Grand Palais
Square J. Perrin (8è) – M° Champs-Elysées-Clémenceau
Ouvert tous les jours (sauf mardi) de 10h à 22h et le week-end jusqu’à 23h.
Jusqu’au 6 juillet.

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