Fondation Henri Cartier-Bresson

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Guy Tillim à la Fondation Cartier-Bresson

Guy Tillim, photographe sud-africain de 46 ans, blanc qui a grandi sous l’apartheid, raconte le quotidien de son pays et de son continent avec délicatesse à travers une très belle expo à la Fondation Henri Cartier-Bresson. Il propose deux séries de tirages récents: « Jo’burg » (appellation locale de Johannesburg) et « Avenue Patrice Lumumba ».

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Pour « Jo’burg » (2004) il a photographié les buildings du centre-ville, symboles de l’ancienne ville blanche de l’apartheid, désormais habités par la population noire. Ils pensaient y trouver le confort et la vie dont ils avaient rêvé, mais sans argent pour entretenir les immeubles, ceux-ci se sont délabrés à toute vitesse et ne sont plus que des taudis dont on les expulse quand même. Guy Tillim photographie l’extérieur (parvis, coursives, halls) et l’intérieur des appartements avec une grande pudeur et sans pathos. Un cadrage privilégiant les espaces vides et un « hors-champ » habité: la présence des hommes, des femmes et des enfants n’est le plus souvent perçue qu’à travers quelques objets de la vie quotidienne dans les appartements désertés (ou dévastés par l’expulsion); silhouettes lointaines et solitaires sur les terrasses, toits… et quand ils sont présents c’est dans un lit, sous des couvertures. Tillim refuse de donner un visage à cette misère, il nous en livre quelques instantanés, à nous d’en tirer les conclusions.

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Pour son dernier travail « Avenue Patrice Lumumba », Guy Tillim a photographié à travers le continent africain différents endroits publics des nombreuses avenues Patrice Lumumba (héros assassiné de l’Afrique noire). Ce fil conducteur relie le Mozambique au Congo, à Madagascar, à l’Angola, dans une sorte de cartographie africaine, avec son iconographie, sa lumière, ses vestiges délabrés du colonialisme et sa bureaucratie. Comme dans les photographies de « Jo’burg », les couleurs sont quasiment brûlées par la lumière trop forte, le béton gris envahi par les flaques noires de l’humidité. Seules survivent quelques touches de bleu « Klein » ou de rouge et le vert oppressant de la végétation.

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Guy Tillim montre les stigmates laissés par le colonialisme, par les heures sombres de l’Histoire, par la violence. Les couleurs sont mélancoliques, mates, sombres, comme fanées par le temps. Ses images sont le contraire de « photos à sensation »: elles suggèrent plus qu’elles ne disent, et n’en sont que plus fortes. 

C’est où ?
Guy Tillim
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis (14è) – M° Gaîté
Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 13h à 18h30 (sauf le mercredi -> 20h30).
Jusqu’au 19 avril.

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