Fondation Cartier pour l’art Contemporain

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« Vaudou » à la Fondation Cartier

Petit billet culturel pour commencer le week-end pour vous parler d’une exposition visitée il y a fort fort longtemps (je suis allée au vernissage début avril… hum, ok, c’est mal, très mal, honte à moi, je sais) mais qui est encore à l’affiche, donc j’en profite ! Il s’agit de l’expo Vaudou présentée par la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain jusqu’au 25 septembre.


De prime abord, je dois avouer que quand j’ai reçu le carton d’invitation de la Fondation Cartier, j’ai été pas mal intriguée par ce nom, « Vaudou ». Il faut dire que, du vaudou, on ne sait généralement pas grand chose (enfin, je parle pour moi) si ce n’est ce qu’on peut habituellement mettre derrière le terme « poupée vaudou » en Occident (en gros: magie noire, force maléfique, charlatanisme et j’en passe !). Pourtant, lorsque l’on visite cette expo, on s’aperçoit qu’on est assez loin de ces clichés qui simplifient tout à outrance. La Fondation Cartier y expose un ensemble exceptionnel de statues vaudoues, une centaine de « bocios » (c’est ainsi que l’on nomme ces figures traditionnelles) issues de la collection d’Anne et Jacques Kerchache, à l’occasion du 10è anniversaire de la mort de ce fanatique d’arts premiers. Il faut savoir qu’il a beaucoup œuvré pour leur reconnaissance en France et c’est d’ailleurs lui qui a transmis sa grande passion à Jacques Chirac, lui-même à l’origine de la construction du musée du Quai Branly !

Le vaudou est un culte religieux ancien et une tradition philosophique originaire de ce que l’on appelait la « côte des esclaves » d’Afrique occidentale et qui s’est propagé jusqu’aux Caraïbes du fait de la traite négrière aux XVIIè et XVIIIè siècles. Vaudou montre l’originalité et la puissance évocatrice de ces figurines qui assurent protection à leur propriétaire et malheur à ses ennemis. Elles jouent un rôle majeur dans la pratique de ce culte très ancien et encore vivant aujourd’hui, des côtes du Togo à l’Ouest du Nigéria, et sont généralement faites d’assemblages de cordes, d’os, de coquillages et de terre cuite. Les éléments qui entrent dans sa fabrication sont en fait déterminés par le devin après consultation du commanditaire de la statuette. Bien souvent, ce sont des sentiments comme la jalousie, la haine, l’amour ou la peur qui sont matérialisés.

Liées à l’énergie des divinités vaudoues, ces statuettes sont les intermédiaires entre le monde visible et le monde spirituel. Fabriquées pour protéger une personne ou un village entier, pour guérir de la malade, pour avoir des enfants, pour nuire à un ennemi, elles ont des fonctions qui varient selon les vœux de celui ou ceux qui les ont commandées. Un bocio est souvent constitué de petites fioles contenant des remèdes ou de matériaux investis d’un pouvoir particulier. Il y a des éléments clés sur un bocio et tout y est symbolique: par exemple, un bec de canard symbolise la discrétion alors que le sang du canard est un poison et met à l’abri des menaces. Le cadenas est aussi un symbole important car il renferme en général les poisons visant à ensorceler l’ennemi. Mais ce ne sont là que quelques interprétations, leurs sens sont tellement multiples que les tentatives d’explications sont forcément réductrices et c’est très difficile d’en comprendre totalement la signification. A voir aussi dans l’expo: un documentaire dans lequel Jacques Kerchache parle de sa passion et raconte ses expéditions. Un moyen de voyager un peu avec lui dans un monde mystérieux et empreint de magie !

Petite cerise sur le gâteau, ces statuettes sont présentées dans une très belle scénographie d’Enzo Mari, l’un des grands maîtres du design industriel italien. Elle met vraiment en valeur les objets et surtout dans la salle principale du sous-sol plongée dans le noir: ils y sont comme au garde-à-vous, alignés en plusieurs diagonales impressionnantes. C’en est presque flippant !

En revanche, le parti pris d’Enzo Mari a été de donner très peu d’informations sur les statuettes, ce qui était aussi une volonté de Kerchache afin de nous les faire regarder comme des œuvres d’art à part entière. Même si la démarche est justifiée et pertinente dans un sens, ça laisse malgré tout le visiteur (et là, je parle de moi, encore une fois !) sur sa faim. Car pour tout vous dire, la vraie raison pour laquelle je n’ai pas parlé de cette expo avant aujourd’hui, c’est surtout parce que même si elle est très intéressante dans ce qu’elle montre, je l’ai trouvée assez déstabilisante. Je suis loin d’être une spécialiste des arts premiers (même si je les aime beaucoup) et j’avoue que j’aurais aimé comprendre un peu mieux ce qui se cachait derrière chacune de ces statuettes. Un petit bémol mais qui n’a pas totalement gâché mon plaisir, je vous rassure !

C’est où ?
Vaudou
Fondation Cartier pour l’Art Contemporain
261, Bd Raspail (14è) – M° Denfert Rochereau/Raspail
Ouvert tous les jours (sauf lundi) de 11h à 20h (jusqu’à 22h le mardi).
Plus d’infos sur le site.
Jusqu’au 25 septembre 2011.

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La semaine prochaine, je vous parlerai encore d’arts premiers en vous emmenant cette fois chez les Mayas au musée du Quai Branly. Stay tuned !

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