Filippo et Filippino Lippi

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La saison des Primitifs Italiens à Paris

Le thème du jour c’est un peu: « 1 billet pour 2 expos » ! Deux expos dont je dois également vous parler depuis des lustres… On se demande ce que je fous, hein ! Bah, ça m’arrive de travailler quand même… de temps en temps !

Mais revenons à nos moutons.

L’exposition « Filippo et Filippino Lippi. La renaissance à Prato » présentée au Musée du Luxembourg rassemble une soixantaine de tableaux et sculptures du XIVe au XVIe siècle, encore jamais présentés en France (et, pour certaines œuvres, jamais sorties d’Italie), provenant en partie du musée municipal de Prato, ainsi que d’autres institutions de la région. Ville située en Toscane, à 15 km au nord de Florence, Prato fut, sans conteste, un important foyer artistique durant cette période grâce notamment aux nouveautés stylistiques initiées par Filippo Lippi, puis son fils Filippino, lors de leurs séjours respectifs à Prato. L’expo du Musée du Luxembourg permet d’apprécier l’influence des Lippi dans l’avènement d’un style novateur, la Maniera, développée avec leurs plus proches collaborateurs (Fra Diamante et Domenico di Zanobi), puis relayée par leurs suiveurs (Tommaso di Piero dit Il Trombetto, Luca Signorelli, Zanobi Poggini, Raffaellino del Garbo, entre autres).

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Filippo Lippi et Fra Diamante, l’Annonciation avec saint Julien (vers 1460)

Comme toujours, le Musée du Luxembourg ne brille pas par son sens de la pédagogie et cette expo n’y déroge pas du tout. Il a fallu que je me plonge dans mes hors-séries et mes bouquins d’histoire de l’art pour comprendre vraiment le pourquoi du comment… Pour 9€ (en tarif réduit) c’est vraiment dommage et un peu scandaleux, quand même. Ceci dit, la scénographie de l’expo est vraiment magnifique et rend hommage aux toiles présentées ici.

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Filippo Lippi et Fra Diamante, La Nativité avec saint Georges et saint Vincent Ferrier (vers 1456)

Les Lippi, Filippo (né à Florence vers 1406) et son fils Filippino (né à Prato en 1457), figurent parmi les artistes les plus respectés à Prato au XVe siècle. Moine carmélite, Filippo menait pourtant une vie dissolue que seul le patronage de son mécène, le grand-duc de Toscane Côme de Médicis, mit à l’abri de la justice. En effet, Filippino est né de l’union de Filippo avec une religieuse du couvent de sainte Marguerite, Lucrezia Buti ; tous deux furent libérés de leurs vœux par le pape Pie II grâce à l’intercession de Côme de Médicis. Le principal mérite de Lucrezia aura d’avoir été son modèle pour des œuvres où sa beauté limpide et la finesse de ses traits font merveille : la Vierge de la Ceinture (vers 1460) où elle est sainte Marguerite ou l’extraordinaire Madone dite « Lippina » de la Galerie des Offices de Florence (ci-dessous).

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Filippo Lippi, Vierge à l’Enfant et deux anges (1457-1465)

Par rapport à l’exposition simultanée « De Sienne à Florence – Les Primitifs Italiens, la collection d’Altenbourg » au musée Jacquemart-André, celle du Musée du Luxembourg paraît moins variée et plus limitée, mais franchement, je trouve que les deux se complètent très bien. Le musée Jacquemart-André confronte une quarantaine d’œuvres de deux écoles majeures de la première Renaissance italienne: celle de Sienne qui compte dans ses rangs Lippo Memmi, Pietro Lorenzetti ou Sano di Pietro et celle de Florence représentée, entre autres, par Fra Angelico, Lorenzo Monaco, Masaccio ou Filippo Lippi.

Si vous voulez les voir de près – il s’agit très majoritairement de petits formats dont les détails sont merveilleux – il convient de se lever tôt, car il y a souvent du monde et les salles sont petites. Et je vous recommande chaudement, avant votre visite de télécharger ici, l’audioguide gratuit, ça aide à mieux comprendre ce qu’on regarde. Quoi qu’il en soit, la beauté de la Vierge, la crucifixion, la Madone à l’enfant, la Nativité et les autres mises en scène de la vie des Saints sont mises en valeur par la finesse des traits et la palette de couleurs des maîtres de Sienne ou de Florence, jouant sur les effets de camaïeux ou de contrastes entre les verts amande, les roses tendres ou « terre de sienne », les mordorés, les bleus profonds ou les rouges vifs.

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Sano Di Pietro, Marie retournant au Temple (1448-1452)

Ici, on assiste à l’évolution progressive du style « icône byzantine » au portrait moderne, des années 1280 au début du XVe siècle. L’ensemble, composé en dix années par le baron Bernard von Lindenau (1779-1854), provient en grande partie des collections du musée d’Altenbourg. Parmi ces œuvres, certaines proviennent de polyptyques aujourd’hui dispersés. L’exposition est donc l’occasion de reconstituer, en grande partie, certains d’entre eux, grâce aux prêts de grands musées français, allemands, anglais et italiens. Parmi ces ensembles, on remarquera, en particulier, une série d’œuvres de Fra Angelico sur la vie de Saint François.

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Lippo Memmi, sainte Marie Madeleine

Bref, vous l’avez compris, ces deux expositions se complètent et sont vraiment intéressantes, bien que très peu accessibles aux malheureux visiteurs, qui comme moi, ne sont pas pointus sur le sujet. Elle pêchent surtout par manque d’explications et de contextualisation, je suppose… Et c’est bien dommage car les œuvres sont splendides.

Sachez que si vous conservez le billet de l’une des 2 expos, vous pouvez bénéficier d’un tarif réduit pour l’autre expo.

C’est où ?
* « Filippo et Filippino Lippi. La renaissance à Prato »
Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard (6è) – RER Luxembourg
Ouvert tous les jours, jusqu’au 2 août.

* « De Sienne à Florence – Les Primitifs Italiens, la collection d’Altenbourg »
Musée Jacquemart-André
158, Bd Haussmann (8è) – M° Miromesnil
Ouvert tous les jours de 10h à 18h, jusqu’au 21 juin.

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