expo Sainte Russie

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La « Sainte Russie » à l’honneur au Louvre (+ résultat du concours Kusmi Tea)

Dans le cadre de l’année France-Russie, j’ai eu le plaisir d’assister ce matin au vernissage de l’exposition « Sainte-Russie – L’art russe, des origines à Pierre le Grand » au Louvre, une expo exceptionnelle consacrée à l’art russe ancien qui nous offre un panorama de l’histoire de la Russie chrétienne, du IXè au XVIIIè siècle, des origines à Pierre le Grand. L’exposition présente plus de quatre cents œuvres, pour la plupart n’ayant jamais voyagé à l’étranger (sculptures, mosaïques, icônes, œuvres d’orfèvrerie, instruments liturgiques et broderies, manuscrits…), du Xè siècle au règne de Pierre le Grand (1682-1725), en rendant compte de l’art sacré orthodoxe, de ses composantes et de ses liens avec Byzance et l’Occident médiéval.

Le parcours est chronologique et explore toute l’histoire de la Russie ancienne. Tout commence avec l’apparition des « Rous » avec les rivalités et luttes d’influence entre Latins, Vikings et Byzantins. Puis surviennent les premières  conversions dans la Rous’ de Kiev, qui aboutissent au célèbre « baptême » du prince Vladimir en 988. La Rous’ devient alors définitivement chrétienne et reprend le modèle ecclésiastique de Constantinople.

Saint Boris et Saint Gleb © Moscou, Musée historique d’État

Vient alors le premier âge d’or et l’art chrétien s’épanouit à Kiev, à Tchernigov, à Novgorod, à  Pskov, à Vladimir, à Souzdal… hésitant alors encore prépondérance byzantine et tentation de l’Occident latin. L’une des plus belles illustrations de cela réside dans les magnifiques Portes d’or de Souzdal (sans doute l’une des plus belles pièces de l’expo à mes yeux) qui montrent comment une technique romane et une iconographie byzantine peuvent se fondre pour créer une œuvre totalement nouvelle et novatrice.

Portes d'or de la cathédrale de la Nativité de la vierge à Souzdal © Musées d’État de Vladimir-Souzdal, Souzdal

Après la coupure introduite au XIIIè siècle par l’invasion et la domination mongole,  l’art chrétien renaît dans toute sa splendeur dans les grands centres de  la Russie médiévale aux XIVè et XVè siècles, accompagné par un dynamisme monastique sans précédent. Au début du XIVè siècle, la carte des pays russes se présente comme une mosaïque de principautés de tailles très inégales. L’une des plus puissantes est Novgorod, au nord-ouest de l’ancienne Rous’, dont le pouvoir s’étend jusqu’à la mer Blanche et en direction de l’Oural. Comme dans la plupart des autres grands centres de la Russie médiévale, une école architecturale et artistique locale s’y épanouit, stimulée par les largesses des élites et la puissance des archevêques, et fournit des œuvres particulièrement splendides comme le Saint Georges à cheval ci-dessous.

Saint Georges à cheval, École de Novgorod, XIVe siècle © Saint-Pétersbourg, Musée national Russe

Peu à peu, on constate l’émergence de Moscou qui commence sous le règne de Basile II (1425-1462), où la transmission du pouvoir grand-princier du père au fils aîné s’impose. Ivan III (1462-1505) poursuit le « rassemblement des terres russes », annexant les principautés de Rostov, Novgorod et Tver. Dès 1485, Ivan III se proclame « souverain de toute la Rous’ » et le terme « autocrate » commence à être utilisé. En 1498, il organise le premier couronnement russe au bénéfice de son petit-fils Dimitri, reproduisant l’investiture d’un héritier du trône byzantin. Cet essor de Moscou s’accompagne de celui de l’art d’André Roublev, mais aussi du rayonnement des ateliers d’orfèvres, signifiant un tournant esthétique et spirituel dans la peinture russe.

Oklad de la Trinité d'André Roublev © Musée d’État d’art et d’histoire, Serguiev-Possad

Au XVIè siècle, Moscou, qui se proclame « Troisième Rome », inaugure sous les règnes de Basile III et surtout d’Ivan IV (mieux connu sous le nom d’Ivan le Terrible, premier tsar-autocrate de Russie) un nouvel âge d’or de l’art russe, qui culmine avec le couronnement d’Ivan le Terrible en 1547 et avec l’avènement du Patriarcat de Moscou en 1589. Dès la fin du XVè siècle, les ateliers du Kremlin rassemblent les meilleurs artistes de Russie auxquels se joignent monnayeurs, armuriers et orfèvres étrangers, principalement allemands, anglais ou hollandais. Tous travaillent à la gloire du souverain et de l’Eglise. Ainsi naît un art de cour singulier qui concilie la tradition et les innovations techniques et décoratives issues de la Renaissance.

Enfin, après une période de troubles au début du XVIIè siècle, l’accession au trône de Michel 1er Romanov marque la restauration de l’État et la seconde moitié du siècle -sous les règnes d’Alexis I (1645-1676) et de son fils Feodor (1676-1682)- est marquée par l’expansion de la Russie vers l’ouest et en direction du Pacifique (atteint dès 1647). Cette période correspond aussi à un temps de transformation des institutions mais également de fracture, avec le schisme des vieux-croyants engendré par les réformes du patriarche Nikon. En même temps, s’opère une inexorable occidentalisation des formes artistiques et des changements radicaux aux niveaux politique et esthétique. C’est à cette époque que l’art du portrait fait son apparition et l’exposition se termine d’ailleurs par deux portraits emblématiques de cette époque: celui de Feodor III Romanov (ci-dessous) représenté en habit de cour dans un hiératisme quasi oriental et celui de son demi-frère Pierre Le Grand, campé en armure par un peintre britannique dans la tradition occidentale du XVIIè siècle.

Portrait funéraire du tsar Feodor III Romanov © Musée historique d’État (GIM), Moscou

L’exposition montre donc que, depuis le milieu du XVIIè siècle, une occidentalisation progressive se fait timidement jour, mais c’est Pierre le Grand qui finira par l’imposer à tout le pays par une série de réformes radicales de l’armée, de l’État et de la société. Le patriarcat lui-même, dont le trône est laissé vacant depuis la mort du patriarche Adrien en 1700, est supprimé de fait en 1721 et remplacé par un Saint-Synode, placé sous le contrôle de l’État. Enfin, en 1703, la fondation de Saint-Pétersbourg, un port ouvert sur la Baltique (qui devient en 1712 la capitale), scelle l’orientation de la Russie vers l’Europe. C’est la naissance de la Russie moderne !

Vierge de Vladimir © Musée d'État Vladimir Souzdal

Comme vous pouvez le constater, « Sainte Russie » est une expo très riche, les objets présentés sont pour la plupart exceptionnels (très peu vus ailleurs qu’en Russie), incontournables et splendides ! Et je ne dis pas ça uniquement parce que l’histoire de ce pays me passionne ! La scénographie est magnifique, toutes les œuvres sont très bien agencées, l’éclairage est superbe et rien que pour ça, je vous la conseille. Comme toujours pour les expos du Louvre, je vous recommande de garder patience car évidemment, peu importe le moment où vous irez, ce sera blindé de vieux de monde, mais ça vaut le coup, sincèrement ! Et enfin une expo où l’on n’est pas forcés de louer un audio-guide pour tout comprendre. Ouf, ça fait du bien ! Ici l’audio-guide est utile évidemment, mais pas indispensable, c’est un complément pour approfondir notre désir de connaissance sur des œuvres précises. A côté de ça, l’expo est très pédagogique et instructive, chaque objet (ou presque) est accompagné d’un encart explicatif, et autour des grands panneaux didactiques, s’articule un certain nombre d’œuvres présentes comme pour illustrer le propos. Merci le Louvre ! En bref, une très belle expo, à ne surtout pas manquer ! Et je ne pouvais pas repartir sans le kilo de magazines habituels… évidemment !

C’est où ?
« Sainte Russie – L’art russe, des origines à Pierre le Grand »
Musée du Louvre / Hall Napoléon,  sous la pyramide
99, rue de Rivoli (1er) – M°  Palais Royal – Musée du Louvre
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h à 18h (jusqu’à 20h le samedi et en nocturne jusqu’à 22h les mercredi et vendredi).
Tarif: 11€.
Du 5 mars au 24 mai 2010.

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Pour continuer un peu sur l’année de la Russie, et comme promis dans le titre, je vous annonce aujourd’hui le résultat du concours Kusmi Tea, mis en ligne ici la semaine dernière. Vous avez été nombreuses à participer, et une fois de plus, je vous remercie pour tous vos très chouettes commentaires.

Après tirage au sort (vous étiez trop nombreuses, je n’ai pas pu faire autrement !), j’ai le plaisir de vous annoncer que c’est Blandine qui remporte la boîte de thé Anastasia en édition limitée ! Donc, Blandine, envoie-moi tes coordonnées postales par mail au plus vite afin de pouvoir goûter ce délicieux nectar !

Encore merci à toutes et n’oubliez pas que j’organiserai d’autres concours pour vous faire gagner des boîtes de thé des MatriochkasPrince Wladimir et Troïka– à l’approche des deux prochaines Nuits Slaves organisées par Kusmi Tea.

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