expo Lisette Model

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« Lisette Model » exposée au Jeu de Paume

Second vernissage de la semaine avec la nouvelle exposition présentée au Musée du Jeu de Paume: « Lisette Model ». Je ne sais pas si son nom vous est familier (ce n’était pas mon cas avant cette expo), mais Lisette Model était une photographe américaine d’origine autrichienne, dont les images sans concession lui ont valu une place à part dans le courant de la Street Photography présent à New York dans les années 40: un mouvement dans lequel la rue est la scène et les passants les acteurs, où les bars et les rues deviennent un champ d’exploration infinie et le genre humain, un sujet.

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L’exposition du Musée du Jeu de Paume regroupe une sélection de 120 de ses œuvres les plus représentatives, des premiers clichés à Paris en 1933 aux travaux plus tardifs, aux États-Unis, entre 1939 et 56. Le parcours commence par une première série de photos sur la Promenade des Anglais à Nice pour la revue Regards (pour illustrer un texte critiquant la bourgeoisie !) où l’on constate d’emblée le regard social de Lisette Model: ce n’est pas un regard féroce mais plein d’humour et de tendresse sur la condition humaine.

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Puis en 1938,  elle émigre aux États-Unis, s’installe à NY avec son mari et a un coup de foudre immédiat pour la ville où elle fera, selon moi, ses séries les plus importantes et les plus réussies:
* Les Reflections: des images dont le photomontage parait naturel dans lesquelles les parties de la ville réfléchies dans les vitrines sont comme un reflet de notre société de consommation.
* Les Runnings Legs où l’on voit qu’elle est fascinée par le rythme de la ville et l’agitation citadine anonyme.
* Les photos des habitants du Lower East Side sont fascinantes. Ce sont des images directes, pleines de force et d’humanité. Mes préférées !

La suite de l’expo nous fait découvrir des tas d’images très célèbres (celle du Sammy’s Bar, du Metropole Café ou de Coney Island) mais aussi des œuvres plus confidentielles comme les photos de la série Pedestrians, les clichés pris à la sortie de l’opéra de San Francisco, dans les bars de Reno ou à l’hippodrome Belmont Park à NY. Elle acquiert au fil du temps la reconnaissance de ses confrères comme Ansel Adams, des directeurs de magazines illustrés (comme le Harper’s Bazaar), mais aussi l’admiration de ses élèves comme Diane Airbus.

Pour elle, l’appareil photo est comme un instrument de détection. Lisette Model est une photographe qui se concentre beaucoup sur le rythme et qui fonctionne instinctivement (elle disait qu’elle n’avait pas de « culture photo » mais on voit nettement qu’elle connaissait le travail des surréalistes sur certains clichés): « J’ai compris que ce qui me fascinait avec la photographie, c’était l’instant. La photo est un art qui, à la seconde près, révèle des images et des aspects de la vie qui sont invisibles au regard. » Ceci dit, après la prise de vue, elle fait un gros travail en labo où elle recadre ses négatifs pour éliminer tout détail superflu.

Pour Lisette Model, la photo est aussi un moyen de poser une question. Elle interroge par exemple les conventions sociales en montrant une autre esthétique pendant cette période de naissance de société des loisirs avec des femmes rondes pleines de gaité sur les plages de Coney Island. En migrant aux States, elle amène son héritage européen et ce qui est intéressant, c’est de voir comment elle a adapté son regard à la société américaine.

L’exposition est passionnante et le regard non conventionnel de l’artiste rend compte de séries de photos vraiment fascinantes. Le gros hic, quand même, c’est que malheureusement, il n’y a quasiment aucun panneau, ni encart explicatif. Comment analyser, comprendre et savoir lorsque l’on n’a aucune connaissance sur les travaux de l’artiste ? J’avoue que ça me laisse assez perplexe!

En bref, une expo très riche et intéressante, qui ravira les amoureux de photo (et de NY, aussi, un peu!) mais qui pêche un peu par manque de pédagogie.

C’est où ?
« Lisette Model »
Musée du Jeu de Paume
1, place de la Concorde (8è) – M° Concorde
Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 19h (nocturne jusqu’à 21h le mardi), et le samedi et dimanche de 10h à 19h. Fermé le lundi.
Plus d’infos sur l’expo sur le site du Jeu de Paume (où vous pouvez notamment télécharger gratuitement le petit journal de l’expo).
Tarifs: 5€/7€/entrée gratuite pour les étudiants et moins de 26 ans le dernier mardi de chaque mois de 17h à 21h.
Jusqu’au 06 juin 2010.

Crédits photos:
* Les deux premières photos ont été prises par moi ;)
* Photo n°3: Reflections [Reflets], New York, c. 1939-1945. Tirage gélatino-argentique d’époque. 35 x 43 cm. Fundación MAPFRE, Madrid © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983). Used by permission.
* Photo n°4: Reflection [Reflet], New York, c. 1939-1945. Tirage gélatino-argentique d’époque. 42 x 34,5 cm. National Gallery of Canada, Ottawa, don de la Succession de Lisette Model, 1990, sous la direction de Joseph G. Blum, New York, par l’entremise des American Friends of Canada © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983). Used by permission.
* Photo n°5: Louis Armstrong, c. 1954-1956. Tirage gélatino-argentique d’époque. 27,2 x 34,8 cm. National Gallery of Canada, Ottawa, don de la Succession de Lisette Model, 1990, sous la direction de Joseph G. Blum, New York, par l’entremise des American Friends of Canada © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983). Used by permission
* Photo n°6: Running Legs, 5th Avenue [Jambes de passants, 5e avenue], New York, c. 1940-1941. Tirage gélatino-argentique. 49,4 x 39,4 cm. National Gallery of Canada, Ottawa, achat 1985 © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983). Used by permission.

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