Diane Arbus

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Diane Arbus à l’honneur au Jeu de Paume

Comme je le disais ici, hier soir, je me suis rendue au vernissage de la tant attendue (par moi en tout cas !) exposition Diane Arbus au Jeu de Paume. Jusqu’au 5 février prochain, la galerie offre au visiteur la première grande rétrospective parisienne de l’une des photographes américaines les plus importantes du siècle dernier dont les portraits bouleversants d’une « autre » Amérique, celle des marginaux, des « freaks » ou de tous ceux qui mènent une existence hors norme, ont bouleversé le monde de la photographie des années 1950-60.
Les 200 photographies de Diane Arbus présentées au Jeu de Paume sont issues de 40 collections publiques et privées et regroupent ses plus célèbres images aux côtés d’œuvres moins connues ou inédites, dont la plupart n’ont jamais été exposées en France. Le parcours adopté pour cette rétrospective peut sembler un peu déroutant au premier abord puisque l’approche choisie par le Jeu de Paume n’est ni chronologique, ni thématique ou académique. Il n’y a pas d’autre fil rouge que les œuvres elles-mêmes: on y trouve aucune explication, ni justification du pourquoi du comment. Juste les photos accompagnées du titre choisi par l’artiste, dans une scénographie soignée et d’une grande sobriété.

L’exposition nous plonge dans une fresque humaine incroyable, où se mélangent toutes les catégories sociales d’une époque, et nous emmène à la rencontre de l’Amérique (et le New York) des années 50 et 60. Chaque photographie est une nouvelle rencontre: on passe de l’appartement d’une femme huppée au portrait d’un enfant plein de larmes, de photos de rues à celles d’artistes forains, de personnes handicapées à des portraits de célébrités, d’enfants, de nudistes, de travestis, de familles des classes moyennes, de zélateurs, d’excentriques, de couples atypiques… L’œil de Diane Arbus semble se poser partout mais sans prendre position, sans juger, et, derrière chaque regard, on s’amuse à deviner une certaine complicité entre le sujet et la photographe.

Ses portraits et scènes de vie, qu’ils soient en intérieur ou dans la rue, sont une formidable quête de l’identité, de l’être et du paraitre. On se rend compte qu’aujourd’hui encore, observer les clichés de Diane Arbus, c’est accepter une frontalité dénuée de tout voyeurisme pour regarder droit dans les yeux ces êtres marginalisés, dont la photographe se fit l’ambassadrice auprès d’un monde obsédé par les conventions sociales et esthétiques. Jamais misérabilistes, ses images émeuvent par leur extraordinaire générosité. Le regard qu’y posent les visiteurs d’aujourd’hui est également assez intéressant: parfois troublé, souvent amusé ou choqué mais toujours intrigué en tout cas ! Et c’était d’ailleurs un peu l’objectif de Diane Arbus qui disait: « Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez ».

Les tirages présentés sont de tailles et formats très variés (allant du 18×24 au 50×50) et leur qualité est assez exceptionnelle. Cela fait ressortir un superbe piqué, surtout sur les grands formats et permet à l’œil de s’attarder sur tous les détails de chaque œuvre. Les nuances de gris et les contrastes apportent un atout indéniable à la lecture des photographies. Et c’est assez rare pour être souligné !

Contrairement au début du parcours, les deux dernières salles offrent un éclairage sommaire et une documentation sur la vie de Diane Arbus et l’évolution de ses choix en tant que photographe. Plus intéressant, pour finir la visite, le Jeu de Paume diffuse un slideshow de 40 minutes, à l’auditorium: A Slide Show and Talk by Diane Arbus (1970), dans lequel elle évoque la photographie en prenant pour exemple certains de ses travaux ou ceux d’autres photographes. Un moment assez intimiste et surtout la chance, assez unique, de pouvoir écouter et voir un(e) photographe se livrer et se raconter.

En bref, une exposition à ne surtout pas manquer, qui nous emmène à la rencontre de l’univers d’une artiste exceptionnelle. Les clichés de Diane Arbus présentés au Jeu de Paume sont atypiques, fascinants et mystérieux, et son œil, incomparable. Cela vaut le détour ! Et si vous pouvez encore en profiter, n’oubliez pas les « mardis jeunes » du Jeu de Paume (entrée gratuite pour les étudiants et les moins de 26 ans le dernier mardi du mois de 17h à 21h) !

C’est où ?
Diane Arbus
Jeu de Paume – site de Concorde
1, place de la Concorde – M° Concorde
Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 12h à 19h, nocturne le mardi jusqu’à 21h et le week-end de 10h à 19h.
Tarifs: 8,50€/5,50€.
Jusqu’au 5 février 2012.

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