Chefs-d’œuvre du Musée Von Der Heyt

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Les Fauves s’exposent au Musée Marmottan

Une expo dont je devais vous parler la semaine dernière mais qui est un peu passée à la trappe à cause d’Izis. Le vilain ;)

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Je me rattrape aujourd’hui en vous parlant de l’exposition « Fauves et Expressionnistes de Van Donger à Otto Dix – Chefs-d’œuvre du Musée Von Der Heyt » (ouf, rien que ça ?!), présentée par le musée Marmottan. Il s’agit d’une remarquable sélection de toiles et de dessins (une cinquantaine d’œuvres en tout) aux couleurs de feu, issues des collections du très réputé musée Von Der Heydt de Wuppertal en Allemagne. La sélection s’étend de Munch et Nolde aux fauves français, des représentants de l’expressionnisme autrichien comme Kokoschka et Oppenheimer aux artistes de la Nouvelle Objectivité. En invitant l’expressionnisme, le musée Marmottan crée la surprise. Mais c’est aussi une façon de rendre hommage à nos voisins d’outre-Rhin, qui montrèrent un vif intérêt pour Claude Monet dès le début du XXè siècle, et aux expressionnistes allemands qui empruntèrent à l’impressionnisme français des idées essentielles.

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Avec cette expo aux proportions certes modestes, un résumé de l’histoire de l’art allemand et autrichien de la première moitié du XXè siècle et de ses expériences picturales radicales et avant-gardistes nous est offert. Et quelle histoire ! D’abord, les précurseurs de l’expressionnisme allemand et les grandes figures que furent Edvard Munch et Emil Nolde. Le « Portrait de jeune fille » du premier est marqué par l’inquiétude existentielle; quant aux œuvres du second, elles nous remémorent le style étrange du peintre allemand, fait de sauvagerie et de douceur mêlées (l’an dernier, la rétrospective du Grand Palais consacrée à son travail m’avait beaucoup plue d’ailleurs !).

Puis le cortège des toiles expressionnistes apparaît, avec les créations du groupe Die Brücke fondé à Dresde en 1905. Ses plus fiers représentants, Kirchner (ses ravissantes « Quatre baigneuses » sont exposées ici), Erich Heckel et Schmidt-Rottluff, laissent déborder les couleurs sur leurs toiles d’un geste intrépide et libéré.

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Plus loin, les peintres Kandinsky, Jawlensky, Franz Marc, August Macke et Gabriel Münter (membres du groupe Blaue Reiter) nous éblouissent par leurs compositions magiques et mystiques, qui placent l’homme, la vision intérieure et la sensibilité au cœur de tout, et qui en appellent au « spirituel dans l’art » (on le voit particulièrement dans la « Jeune fille aux pivoines » de Jawlensky -ci-dessus à gauche- et les tableaux d’animaux symboliques de Franz Marc, comme le somptueux « Renard d’un bleu noir », ci-dessous). Les fauves français Dufy, Braque, Vlaminck et Van Dongen, qui influencèrent durablement les expressionnistes allemands, sont également invités dans ce parcours aux couleurs explosives, tout comme les autrichiens Oppenheimer et Kokoschka.

L’expo se clôt par les « acteurs » de la Nouvelle Objectivité (dont les principaux représentants sont Beckmann, Dix et Grosz), école des années 1920 qui fut à la fois un retour à l’ordre et à la rigueur, et une dénonciation corrosive d’une société en pleine mutation. Intensité et exaltation, recueillement mystique ou vision acerbe et critique de la vie quotidienne, ces œuvres font toutes preuve d’une vigueur picturale jamais égalée depuis. Une véritable danse de vie.

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L’expo présentée au Musée Marmottan est vraiment agréable à visiter: pas de file d’attente et des salles claires (ils ont redéployé les collections pour installer l’exposition au sous-sol à la place des Monet habituels), avec le recul nécessaire pour admirer cette belle collection. Ouf, ça change ! En plus de ça, tout est assez cohérent, permet de découvrir pas mal de toiles et retrace plutôt bien l’histoire de la peinture après la première guerre mondiale en Allemagne jusqu’à l’arrivée des nazis (qui classifieront ces peintres comme dégénérés). Les œuvres présentées sont de qualité et illustrent bien, pour un connaisseur de la période, les influences, la modernité et les évolutions de ces artistes modernes.

Ceci dit, j’ajouterai à tout ça un petit gros bémol quand même car l’exposition n’est pas du tout pédagogique, il n’y a quasiment aucune explication et sans avoir compulsé un magazine hors-série sur le sujet, ça devient ardu de bien comprendre tout ce qui se passe. C’est bien simple, on ne trouve que deux panneaux explicatifs dans toute l’expo: l’un sur l’histoire du musée Von der Heydt et l’autre sur le thème de l’exposition. Un peu léger ! Le pire c’est que c’est vraiment dommage car les œuvres sont belles, difficiles, riches de sens et de nouveauté et elles ne seront pas visibles de sitôt en France après cette expo. Mais l’absence complète d’explications gâche un peu la balade quand même… Heureusement qu’il y a Kandinsky, Macke,  Jawlensky et Franz Marc et leurs couleurs puissantes (encore plus belles en vrai) pour faire passer la pilule !

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En bref, une expo en demie teinte qui vaut le coup par la qualité des œuvres présentées (il faut dire que le sujet est riche !) mais si vous souhaitez vous y rendre, allez-y quand même en connaissance de cause (en vous étant un peu documentés sur le sujet avant de partir si possible).

C’est où ?
« Fauves et Expressionnistes de Van Donger à Otto Dix – Chefs-d’œuvre du Musée Von Der Heyt »
Musée Marmottan Monet
2, rue Louis-Boilly (16è) – M° La Muette
Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h (nocturne le mardi jusqu’à 21h).
Tarifs: 9€/5€
Jusqu’au 20 février.

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