Audrey Tautou

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Une nouvelle « Maison de Poupée » au Théâtre de la Madeleine

Nouvelle semaine, nouvelle pièce, avec cette fois l’adaptation de la fantastique pièce de Henrik Ibsen, « Maison de Poupée » au théâtre de la Madeleine. Comme pour Mélanie Laurent dans Promenade de Santé (compte-rendu ici), cette pièce marque les débuts d’Audrey Tautou sur les planches et le moins qu’on puisse dire c’est que le résultat ne fut pas à la hauteur de mes attentes…

Pitch: « Nora (Audrey Tautou) vit avec son époux et ses enfants dans une maison de poupée trop jolie, étouffante et cauchemardesque. Insouciante, elle joue avec la vie, avec les autres et avec elle-même. Un évènement va la contraindre à détruire les conventions du couple bourgeois et créer le scandale. Henrik Ibsen fait le portrait des êtres humains, il disait préférer poser des questions qu’administrer des réponses. Cette nouvelle présentation de Maison de poupée, qui a l’ambition de rêver le 19ème siècle norvégien avec les figures, les fantasmes et les clichés qu’il véhicule, s’adresse aussi paradoxalement et mystérieusement à nous. » (Source: théâtre de la Madeleine).

Cette nouvelle adaptation de la célèbre pièce de Henrik Ibsen est signée Michel Fau, comédien qui accompagne très régulièrement Olivier Py à l’Odéon (depuis des lustres) et n’en est donc vraiment pas à son coup d’essai sur les planches. Toutefois, pour être franche, je m’interroge sincèrement sur la pertinence du choix de cette pièce qui est vraiment à des lieux de ses registre et répertoire habituels. Michel Fau n’est pas du genre à faire dans la retenue et dans la finesse, alors monter du théâtre scandinave pour sa nouvelle mise en scène est pour le moins étonnant !

Marcel Hartmann @ Contour by Getty Images

Plus encore, je reste carrément perplexe quant aux choix de mise en scène faits par Michel Fau dans cette énième version de « Maison de Poupée ». Il a pris le parti d’installer sa maison de poupée -dans laquelle se joue le drame de Nora, jeune bourgeoise piégée dans son rôle de petite poupée qui agit machinalement comme une marionnette- dans un cadre d’époque. Les costumes sont classiques, les décors aussi mais version fin XIXè kitschouille, très carton-pâte, remplis de tapisseries ternes & fades et  hantés par des animaux empaillés. Les acteurs sont tous couverts de maquillage façon « pot de peinture » qui rend livides les visages de leurs personnages – aussi Torvald Helmer, le mari de Nora, que joue Michel Fau lui-même, le docteur Rank, Kristine Linde l’amie d’enfance et Krogstad, le personnage qui fait basculer la situation. Ils sont maquillés de façon outrancière comme des poupées de cire, à la manière des personnages des vieux films expressionnistes allemands (ils en ont aussi les poses !).

En fait, je trouve que la mise en scène ne colle pas du tout avec le ton de la pièce, comme si elle était en décalage avec le texte. Ce manque d’adéquation donne un sentiment de trop pendant toute la représentation. Alors que la force et la puissance du texte d’Ibsen résident principalement dans le non-dit et dans le malaise sous-jacent, la mise en scène de Michel Fau nous offre tout le contraire, tout est caricatural et exagéré, la première partie de la pièce ressemble presque à du vaudeville (quand Audrey Tautou se met à crier dans les aigus et à gesticuler sur la scène comme une poupée désarticulée… ça sent le ridicule !). Il en fait trop ! La finesse psychologique de la pièce est carrément mise de côté et les personnages manquent cruellement d’épaisseur et de corps. Un comble avec ce texte…

Marcel Hartmann @ Contour by Getty Images

Et Audrey Tautou ? Et bien, pour sa première apparition au théâtre, elle peine à vraiment convaincre et j’avoue que je m’attendais à bien mieux pour le personnage de Nora. On a l’impression qu’elle s’est contentée du minimum syndical et de faire ce qu’on lui demande comme un joli automate bien docile et obéissant à son metteur en scène. Comme si Michel Fau avait voulu prendre le personnage au premier degré pour en faire une simple poupée désarticulée, une femme superficielle qui passe son temps à pousser des petits cris horripilants, à courir et sautiller partout comme un cabri et qui a bien du mal à se déplacer dans sa belle robe… La plupart du temps, elle a même l’air niaise. Mais où sont passées la complexité et la profondeur de Nora ? Le jeu des autres acteurs n’est vraiment pas exceptionnel non plus, les personnages sont tous des clichés ambulants, le texte (surtout au début de la pièce) a l’air d’être récité et j’ai même remarqué quelques problèmes de diction à certains moments.

Finalement, je crois que le problème principal est que je n’adhère pas du tout au regard que porte Michel Fau sur la pièce de Henrik Ibsen. Chez ce dramaturge, il s’agit toujours de personnages complexes prisonniers d’un engrenage social dont ils ne peuvent sortir sans se faire sérieusement violence. Michel Fau transforme ses personnages en pantins et du coup la pièce perd de son intérêt et devient ennuyeuse à certains moments – un comble pour une œuvre aussi forte et profonde !

Au final, s’en dégage une impression en demie-teinte. La mise en scène parait factice, figée, très lisse et en inadéquation avec le texte, mais évidemment, comme c’est un chef-d’œuvre, tout n’est pas à jeter et la pièce elle-même est suffisamment digne d’intérêt pour qu’on ne s’endorme pas complètement ! Cette « Maison de Poupée » ne restera donc pas dans les mémoires et est sauvée par le texte brillant et toujours d’actualité de Henrik Ibsen.

C’est où ?
« Maison de poupée »
Théâtre de la Madeleine
19, rue de Surène (8è) – M° Madeleine
Du mardi au samedi, le samedi à 18h et le dimanche (à partir du 27 mai) à 15h.
Durée: 2h sans entracte.
Plus d’infos sur le site du théâtre.

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Un autre petit billet culturel sera mis en ligne tout à l’heure ^_^

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