Séraphine: le rattrapage

Après l’avoir raté de peu il y a quelques mois dans les salles obscures, j’ai enfin pu voir « Séraphine », le film de Martin Provost, récemment ressorti en salle grâce à son César du meilleur film. Je dois dire que le film m’a vraiment marquée. Enfin, pas tant le film en lui-même, à vrai dire, mais plutôt l’histoire de cette artiste dont je ne connaissais quasiment rien avant de m’asseoir dans la salle de ciné. Quelle vie… Marquée par la misère, la solitude, les travaux de ménage qui occupaient toutes ses journées en échange de quelques écus qui lui permettaient de s’approvisionner en matériel de base pour ses activités nocturnes. Évidemment, elle n’a jamais eu aucune formation artistique et c’est comme intuitivement (guidée par Dieu, selon ses termes) qu’elle s’est mise à concocter elle-même ses couleurs qu’elle répandait sur des toiles à même le sol de sa mansarde, à la lueur de bougies. Et quelles toiles !

affiche

Pour en revenir au film, j’ai trouvé le déroulement assez long mais plutôt bien pensé. Le manque de détails sur la vie de Séraphine est comblé par des ressentis (images, sons, lumières, couleurs… c’est assez incroyable). Difficile de s’empêcher de faire le parallèle avec l’histoire de Camille Claudel. La similitude de ces deux destins est frappante: deux artistes de génie, deux femmes, deux fins identiques… Et que dire de la prestation de Yolande Moreau, exceptionnelle une fois de plus. Elle est tout simplement parfaite dans ce rôle, touchante de simplicité et d’humilité. En bref, un beau film à voir et qui donne envie de découvrir cette artiste étonnante.

Seraphine

Comme vous avez pu le comprendre, voir le film m’a donné envie de me rendre au musée Maillol qui propose une expo, « Séraphine de Senlis », à voir jusqu’au 30 mars. Initialement l’exposition devait s’achever le 5 janvier dernier mais le succès du film a décidé les organisateurs à prolonger. Après l’avoir vue passer ses nuits à concocter des petites recettes et à peindre en chantant des psaumes, c’est émouvant de voir ses tableaux « en vrai ». Son amour de la nature explose, les couleurs sont éclatantes. Aussi bien par besoin que par génie, Séraphine Louis a glané ses pigments un peu partout, en parfaite autodidacte. Elle recyclait à merveille. La terre, les fleurs, la cire fondue des cierges d’église, le sang du cochon encore chaud … seront autant de petits secrets qui lui permettront de composer de grandes œuvres. Comme celle-ci, intitulée « Les fruits », huile sur toile peinte vers 1928, donnée par Wilhelm Uhde en 1938 au Musée de Grenoble.

les_fruits

Comme on le voit dans le film, c’est la nuit que Séraphine peint. Des tableaux « naïfs » de plus en plus grands, de plus en plus beaux, de plus en plus complexes. Qui n’ont pas grand chose à envier aux toiles du Douanier Rousseau, qu’elle n’a jamais vues d’ailleurs. Et comme les images ont parfois plus de poids que les mots, je vous laisse en compagnie de plusieurs toiles de l’artiste. A en juger par l’affluence, le film a touché beaucoup de monde. Et tant mieux !

seraphine_louis1    seraphine

C’est où ?
Musée Maillol
61 rue de Grenelle (7è) – M° Rue du Bac
Ouvert tous les jours sauf mardi et jours fériés, de 11h à 18h.
Jusqu’au 30 mars.

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