Review Ciné de Novembre

J’ai adoré

2_loversTwo Lovers de James Gray ***
Après avoir signé trois bijoux du polar noir (« Little Odessa », « The Yards » et « La Nuit nous appartient »), James Gray change littéralement de registre ici en nous présentant un mélodrame poignant. Totalement libéré des codes parfois contraignants du film noir, « Two lovers » résonne comme un accomplissement, une apogée de l’immense talent d’un
auteur inspiré. Pourtant c’est un film qui réunissait à priori tous les ingrédients pour que je le déteste. Si j’ai été d’emblée rassurée par la sublime séquence d’ouverture, je me suis tout de même sentie funambule à plusieurs reprises: la chute était proche, et l’odeur de la chute était là. C’est peut-être cette fragilité là, cette sensation de vertige, qui donnent toute sa beauté et sa saveur à ce long métrage, dont le dénouement, qui m’a complètement retournée, a achevé de me convaincre que je venais de voir à l’œuvre un grand cinéaste. En effet, l’intrigue est plutôt mince et très classique, mais la façon très personnelle, épurée et stylisée de James Gray de s’emparer de
l’histoire, la maitrise de la direction d’acteurs et l’élégance de la réalisation sont époustouflants. Les acteurs sont formidables, en particulier Gwyneth Paltrow qui m’a scotché de par sa sensualité et sa
beauté, et Joaquin Phoenix, dont la sensibilité à fleur de peau d’écorché vif m’a séduite. Profitez-en, c’est le dernier film dans lequel on pourra le voir, il arrête le cinéma pour se consacrer pleinement à la musique. Bref, « Two lovers » est une œuvre au cœur noir, déchirante, bouleversante et poétique; à voir, indéniablement.

lechangeL’Echange de Clint Eastwood ***
Clint Eastwood, qui est l’un de mes réalisateurs préférés, confirme sa bonne forme actuelle, livrant une nouvelle fois
un film de qualité, qui tutoie le chef d’œuvre, aidé il est vrai par un scénario d’une densité assez incroyable (il y a matière à de multiples films différents: procès, kidnapping, enquête policière, dénonciation de la police corrompue). Comme toujours, la mise en scène est très sobre, la photographie est sublime (les jeux de noir et blanc sont incroyables), la réalisation est magnifique, faite de plans épurés laissant le temps à l’émotion de s’installer; le tout aidé par des acteurs formidablement dirigés (Angelina Jolie livre une prestation intense, mélange de retenue et passion à la fois).
Certaines scènes nous glacent d’horreur, la musique est subtile, la reconstitution est minutieuse, foisonnante de détails et la lumière est des plus réussies.
Il y a quelques ellipses qui sont un peu dommage (la densité du script a son revers quand la durée est trop courte), le rythme est agréable (quand on est pris dedans, ça passe tout seul) et tous les interprètes sont impeccables. Un quasi sans faute !

J’ai aimé

Bouquet_FinalMesrineJirai_dormirune_famille_chinoiseaide_toi

Bouquet Final de Michel Delgado **
Excellente surprise que cette petite comédie à la française dont l’affiche en ferait fuir plus d’un, tellement on s’attend à un navet. Et finalement, ce n’en est pas un ! Certes, le happy end est cousu de fil blanc, la réalisation très académique et le scénario pas follement original, mais c’est drôle ! Pas de « politiquement correct » chez les croquemorts, on assiste à du second (30è même) degré pendant tout le film. Marc-André Grondin (que j’aime beaucoup, par ailleurs) et Bérénice Bejo livrent de piètres prestations mais on se délecte d’un Didier Bourdon au mieux de sa forme, qui semble avoir retrouvé son humour période Les Inconnus ! Alors certes, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais on passe un bon moment.

Mesrine, l’ennemi public n°1 de Jean-François Richet **
Alors que le premier volet, que j’avais adoré, surprenait par sa mise en scène classique à la Melville, cette seconde partie est plus attendue mais finalement assez savoureuse quand on prend l’ensemble. Le réalisateur s’en sort en optant pour une mise en scène à la Sergio Leone, où il fait ressurgir le climat des Seventies. Cette fois, on s’attache plus aux faits d’armes de Mesrine et moins à sa vie privée. Cassel est toujours aussi magistral, charismatique, interprétant parfaitement la mégalomanie de Mesrine et sa haute idée de lui même. Toujours aussi affectueux envers les enfants, toujours mené par un curieux sens de l’honneur mais plus violent encore. Les seconds rôles sont particulièrement réussis, en particulier le rôle de François Besse -Matthieu Amalric excellent- et la musique est toujours aussi présente et efficace. Un chouya de déception sur certaines scènes qui manquent un peu de rytme (notamment la traque de la fin), ce film est plus lent que le premier. Uniquement vu du côté du braqueur-assassin, sa longue mise à mort via la préparation policière que l’on devine titanesque sur plusieurs mois est ici à peine esquissée mais l’acte final n’en est que plus percutant dans sa répression sanglante. Sacré diptyque quand même !

Une famille chinoise de Wang Xiaoshuai **
Drame poignant tissé autour d’une mère qui se bat pour sauver son enfant d’une mort inéluctable. Le film pose également en filigrane un problème spécifique chinois jusqu’alors tabou: celui de la politique très controversée de l’enfant unique. Cette loi est apparue pour réglementer la natalité surtout dans les mégapoles; en ville, il fallait donc se conformer à la règlementation sous peine d’amende. Le réalisateur Wang Xiaoshuai a voulu montrer les problèmes de sa génération, les
quadragénaires, dans une Chine moderne, en pleine mutation, où les valeurs ancestrales n’ont plus cours. Dans un style sobre, avec des personnages bien dessinés et foncièrement humains, Wang Xiaoshuai peint les choses de la vie dans leur réalité vraie. La compassion, l’intelligence et la subtilité des dialogues et des situations, l’ouverture d’esprit, la réflexion adulte et responsable,
l’interprétation exceptionnelle font de ce film délicat, douloureux et chaleureux, une vraie réussite.

J’irai dormir à Hollywood d’Antoine de Maximy *
Antoine de Maximy transpose son émission culte « J’irai dormir chez vous » au cinéma en reprenant son concept et en se focalisant uniquement sur les Etats-Unis qu’il entreprend de traverser seul avec caméra et micro sur lui. Antoine de Maximy est quelqu’un d’humainement très riche qui sait captiver le spectateur par son périple, respecte les gens qu’il rencontre et tend à faire ressortir le meilleur d’eux-mêmes. De son road-movie en découle des rencontres tour à tour amusantes, touchantes ou effrayantes à l’image des différents intervenants. Antoine de Maximy cherche à dresser un portrait le plus juste possible de l’Amérique en réduisant à néant la mise en scène et en cherchant à laisser libre court à l’improvisation. Le portrait qui en ressort est à la fois chaleureux et alarmant. C’est l’amateurisme et la méconnaissance de ce pays que j’aime énormément, malgré ses contrastes et ses paradoxes, qui m’a parfois un peu genée mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce film ! Un film généreux et attachant.

Aide-toi, le ciel t’aidera de François Dupeyron *
Dans ce film, François Dupeyron s’attache au quotidien d’une famille africaine de banlieue – avec tous les écueils à éviter, clichés et bons sentiments; et il s’en sort assez bien ! Le film est très touchant d’humanité. Sonia, le personnage principal, mère courage qui essaye de croire que tout finit par s’arranger, est universelle. Et pourtant, bien africaine par cette espèce de joie de vivre qui la fait survivre, envers et contre tout. Et que dire de Claude Rich effrayant en petit vieux, serviable par désœuvrement. Voir le distingué Claude Rich incarner ce méchant vieillard négligé, le cheveu sale, chaussonant en marcel douteux, couvant la belle Sonia d’un œil salace -c’est carrément inattendu ! Qui eut cru qu’au crépuscule de sa carrière il se risquerait dans un rôle si éloigné de lui-même, et avec tant de bonheur ?! Félicité Wouassi est, quant à elle, formidable de justesse dans le rôle de Sonia. Ce petit milieu est décrit avec beaucoup de tendresse et d’humilité. En bref, un petit film sans prétention mais qui fait mouche, touchant, tendre, plein d’espoir et de vie.

Moyen

Mensonges_d__tat duchess

Mensonges d’Etat de Ridley Scott
Ridely Scott a alterné bons films et films de merde tout au long de sa carrière. Tony Scott, son frangin, a fait des films qui resteront peut-être moins dans les annales que ceux de son frère, mais ceux-ci (enfin surtout les derniers) ont un style très particulier (même si, pas mal piqué par la suite par d’autres). « Mensonges d’Etat » (encore une superbe traduction d’abrutis s’occupant de la promo française, c’est « Body of Lies » en V.O) est filmé comme un film de Tony. Caméra à l’épaule, plans très rapides, de belles couleurs : du « Man on fire » en moins énervé et plus politique. Là où l’on était en droit d’attendre, vu le titre, une analyse un peu intelligente des enjeux géopolitiques issus de la mauvaise l’administration américaine au Moyen-Orient, on n’a qu’un thriller d’espionnage, qu’on suit sans ennui… pour peu qu’on ait le goût de ce genre d’intrigue et du monde paranoïaque (télé-surveillance, toute puissance du net, etc.) qui triomphe sur les écrans depuis « 24h Chrono ». Quelques points positifs tout de même: certaines scènes sont très efficaces et rythmées, et DiCaprio et Crowe sont plutôt convaincants; mais au final, on ne peut pas s’empêcher de sortir de la salle en se disant: « Tout ça, pour… ça ?! ».

The Duchess de Saul Dibb
Il faut aimer sans réserve les mélos historiques ultra-classiques dans de somptueux décors pour apprécier pleinement cette super production britannique, retraçant les affres et les humiliations subis par la duchesse de Devonshire mal mariée à un grand aristocrate méprisable et odieux. Keira Knightley, en jeune femme insoumise aux règles de la haute société anglaise de l’époque, et Ralph Fiennes en mari abusant de son pouvoir, se livrent à un affrontement cynique et plein de rebondissements. Dommage que la mise en scène ait été confiée à un honnête tâcheron, qui n’a guère le sens du rythme et de la tension dramatique. Le beau visage de Keira, qui peine à convaincre dans ce film, n’est pas un alibi suffisant pour nous infliger d’interminables gros plans saturés par un fond musical sirupeux et envahissant !

Pas du tout

Max_Payne MHMB

Max Payne de John Moore
Ce film est une daube de l’extrême. Pas une seule scène n’est potable, tout est absurde, creux, sans intérêt. Mais vraiment sans intérêt, parce qu’on se fout complètement du devenir du héros fade et gris, inexploité, inutile. Bravo à Mark Walberg pour sa monoexpression (il faut tenir) et ses 4 syllabes durant tout le film, bravo pour ce scénario effleuré (mais nul de toute façon), une vague histoire de meurtre, de trafic de super drogue et de trahison téléphonée 6 ans à l’avance… « Max Payne » est donc un navet sans retour, très mal écrit, mis en scène par un manchot qui semble se croire doué au vu de tous les effets aussi vains que peu stylés qu’il tente; jamais crédible grâce à un casting laborieux; jamais divertissant et la plupart du temps ennuyeux à mourir. A éviter !

Musée Haut, Musée Bas de Jean-Michel Ribes
Des navets, j’en ai vu, mais des navets de ce calibre, rarement. Une arnaque, une véritable arnaque: une distribution alléchante, une bande annonce attirante, et, à l’arrivée, rien et même moins encore, s’il était possible. On se demande comment certains critiques ont bien pu faire l’éloge d’une telle bouse ! En voulant dénoncer la bêtise des intellos, Ribes y plonge et fait un plat. Oui, ça fait maaaaaal ! Et pour les acteurs qui ne savent pas ce qu’ils font, et pour Ribes qui y parait prétentieux, et pour le spectateur qui s’ennuie ferme à des répliques pas drôles, des situations au mieux grotesques, au pire ridicules. On dirait parfois du Blier, en pire, c’est dire ! Le « film » se résume à une suite de scènes sans autre but que de faire un « bon mot » ou une critique par l’absurde (ratée à 99%). En pointant du doigt l’intellectualisme artistique et la place de l’art dans une société sans queue ni tête, « Musée haut Musée bas » devient le centre de l’abstraction qu’il dénonce lourdement. En choisissant sournoisement de moquer l’auto-satisfaction de l’art contemporain et la pensée conditionnée de quelques populations embarquées dans une masse informe de n’importe quoi, Ribes trouve la parade idéale pour déballer une foire consternante où se côtoie ce que le cinéma français fait de pire. Bref, c’est con…sternant, aberrant, faussement subversif, prétentieux et vide. Je ne sais pas comment j’ai fait pour tenir jusqu’au bout !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Little Miss Chatterbox
Suivez moi aussi par ici …
instagram