Ma rentrée théâtrale

Comme promis il y a quelque temps, petit tour d’horizon des pièces que j’ai eu le plaisir (ou pas!) de découvrir en cette rentrée.

« L’importance d’être Constant » au Théâtre Antoine:
D’Oscar Wilde sur une mise en scène de Pierre Laville

La pièce, créée en 1895, est la dernière d’Oscar Wilde que son homosexualité a contraint peu après à s’exiler en France, où il est mort à 46 ans, pauvre et oublié. L’intrigue et les répliques absurdes sont servies par Macha Méril, Yves Gasc, Claire Magnin, Frédéric Diefenthal, Gwendoline Hamon, Marie-Julie Baup.
Pitch : Deux jeunes hommes de la meilleure société tombent amoureux de deux jeunes filles ravissantes obsédées par l’idée d’épouser nécessairement un mari qui se prénommerait Constant… Or il se trouve que leurs amoureux ne s’appellent pas Constant ! Mais qui sait, finalement, et qui sont-ils ? Après des rebondissements incessants et des coups de théâtre, tenant parfois du vaudeville et de la comédie musicale (sans musique… ), tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles !

De prime abord cette pièce s’intègre parfaitement dans ce joli théâtre, et une fois le rideau levé, on entendrait presque un « ohhh » de surprise du public : oui, même le décor est joli !
C’est surtout la curiosité qui m’a poussé à aller voir cette pièce : j’avais gardé un excellent souvenir de la lecture de ce texte quand j’étais en prépa mais je dois avouer que de prime abord je n’étais pas particulièrement convaincue par la distribution. Et bien, j’ai eu tort ! Chacun est à sa place! L’excellent et surprenant, Lorant Deutsch a su adopter le ton mondain sans trop en faire, Macha Méril interprète à la perfection une aristocrate insupportable et Frédéric Diefenthal, amoureux, est cynique à souhait. Chaque comédien est tellement investi dans son rôle qu’il n’y a, du coup, aucun personnage effacé, et le texte plein de finesse et d’humour nous porte pendant 2 h 30 si bien qu’on ne les voit pas passer !
Les artistes ont réellement semblé s’amuser et puisque le bonheur est communicatif, je vous encourage vivement à aller partager une excellente soirée.

« Riverside Drive » au Théâtre de l’Atelier:
De Woody Allen sur une mise en scène de Benoît Lavigne

Pitch : Sur les bords de l’Hudson, un homme attend. Il semble très préoccupé, il attend quelqu’un, rendez-vous d’affaire? rendez-vous amoureux?… Alors qu’il est plongé dans ses pensées, un clochard fait irruption et entame la discussion. Ses propos sont parfois incohérents, mais parfois laisse place à des excès d’intelligence déconcertants, et peu à peu il fait carrément intrusion dans la vie de notre homme. Ce dernier excédé par la curiosité de l’homme de la rue s’impatiente, s’agace, s’énerve et finalement se livre…

De mon fauteuil je rigole et m’interroge aussi sur l’identité de cet homme qui intervient auprès d’un autre alors qu’ils ne sont pas du même monde et n’ont pas vraiment l’air de partager quoi que ce soit. Le premier est un homme de rien, une espèce de psychopathe sorti d’un asile après avoir mis le feu à son ancienne entreprise pour se venger de son licenciement et s’être fait largué par la femme qu’il aimait. Le second est cinéaste, a rencontré le succès dès son premier film grâce à un scénario semble-t-il exceptionnel, une femme, deux enfants. Et pourtant ils se croisent dans cet endroit peu fréquenté, et apparemment peu fréquentable, où la brume ne cache pas que les tours de Manhattan ou l’horizon de l’autre côté de l’Hudson. Je m’interroge donc, et j’élabore dans ma tête quelques suppositions. Bien évidemment je me trompe, et devant moi se joue une tragi-comédie humaine sur l’adultère, un dialogue entre deux hommes où tout ce qui semblait concret explose à coup de phrases cyniques et de psychanalyse à vif. Et l’écrivain sombre dans ‘crimes et délits’ après s’être mis dans presque ‘tous ses états’ pour cette maudite Barbara. Et moi je tangue doucement de surprises en émotions, le reflux de l’Hudson berçant le texte aigre et doux. Il ne faut pas se laisser distancer par la joute verbale pour jouir des bons mots même si quelques uns ont certainement du perdre de leur puissance et de leur drôlerie lors de l’adaptation en langue française. Mais une chose est sûre, nous sommes bien chez Woody Allen et le style est reconnaissable. Je ne connaissais que ses films jusque là, je suis heureuse de le découvrir au théâtre. Le seul bémol revient à l’interprétation du comédien campant le personnage de l’écrivain, qui en fait parfois un peu trop, mais largement compensé par celle du clochard qui passe brillamment de l’euphorie au sérieux.
Cette petite pièce en un seul acte me donne forcément envie de découvrir les 2 autres qui se jouent dans ce même théâtre actuellement.

« Toc Toc » au Théâtre du Palais Royal:
De et mis en scène par Laurent Baffie

Pitch : Le Docteur Stern est le plus grand spécialiste mondial dans le traitement des TOC, les troubles obsessionnels compulsifs.
Ce neuropsychiatre à la renommée internationale ne consulte en France qu’une fois tous les 2 ou 3 ans et il ne voit jamais le même patient deux fois. Coprolalie, Arithmomanie, Nosophobie, TOC de vérification, Palilalie, Incapacité à marcher sur les lignes… les TOC s’entassent, se bousculent et se mélangent dans le cabinet du grand Docteur Stern. Mais qu’est-ce qu’il fout, bordel ?

J’avais déjà pu apprécié le talent de Laurent Baffie en tant qu’auteur et metteur en scène il y a quelques années dans sa pièce « Sexe, magouilles et culture générale » mais je dois dire que cette fois ci, la pièce a largement dépassé mes espérances. C’est vrai que je suis une très bonne cliente de « l’humour Baffie », mais il me semble qu’il ne devait pas y avoir QUE des fans dans la salle (ce serait trop facile!); pourtant je peux vous assurer que tout le monde a beaucoup ri (moi la première, évidemment !). Les personnages sont attachants et drôles et les acteurs sont vraiment formidables dans leurs rôles.
Laurent Baffie, qui décidément a oublié d’être con, nous offre 2 heures de franche rigolade, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne se moque pas, bien au contraire (il faudrait être bien étroit d’esprit pour penser le contraire, m’enfin!). Il nous aide à mieux comprendre les TOC par l’humour, mais aussi par l’émotion, car l’aspect difficile de la maladie n’est pas occulté. Il y aussi de la sensibilité derrière le comique… comme chez Laurent Baffie.

« Amok » au Théâtre du Renard:
De Stefan Zweig sur une mise en scène de Gilles Guelblum et Z. Jovanovic

Pitch : En 1910, un médecin viennois, de retour en exil ‘forcé’ sur une île malaise, confie à un passager, sur le pont d’un bateau, le drame d’une passion amoureuse qui le conduit aux frontières de la folie.

Evidemment en tant qu’amoureuse de Stefan Zweig, je ne pouvais rater cette interprétation magistrale de l’un de ses plus beaux textes. « Amok » c’est d’un combat entre raison et passion. « Amok », c’est la longue descente aux enfers d’un homme atteint de démence assassine. Sur scène, il est seul, l’homme perdu dans les méandres de ses contradictions, narrant son histoire, animé par instant d’épisodes douloureux qu’il revit au gré de son récit. Autour de lui, le pont d’un bateau et un gramophone s’égosillant sur des airs de tango, suffisent à planter le décor.
Le texte du roman me parait vraiment bien respecté, et on retrouve l’impression du livre tout au long du discours du comédien. Il est surtout un tel conteur qu’il nous entraîne dans un véritable film à l’aide de deux bouts de ficelle et d’un talent de comédien absolument bluffant. On se projette aisément dans ce qu’il raconte, grâce à sa narration mais aussi les lumières, et son jeu d’une force extraordinaire. Denis Sylvain semble possédé par ce texte, et il se donne sur scène avec une authenticité qui fait frémir. L’univers de Stefan Zweig est à portée des sens, invisible mais palpable. Cette pièce est un bel hommage à l’auteur qui ne pouvait rêver plus belle adaptation. Un vrai coup de cœur!

« La dernière nuit pour Marie Stuart » au Théâtre Marigny:
De Wolfgang Hildesheimer sur une mise en scène de Didier Long

Pitch : Pour son retour sur les planches après six ans d’absence, Isabelle Adjani voulait interpréter un de ces rôles d’héroïne tragique ou de figures féminines historiques qu’elle affectionne, après notamment Marguerite Gautier (« La Dame aux camélias » de Dumas fils) au théâtre – que je maudis avoir raté argh- et la reine Margot au cinéma. Son choix s’est porté sur une pièce écrite en 1970 par un dramaturge allemand méconnu en France, Wolfgang Hildesheimer, qui évoque les deux dernières heures de la vie de Marie Ière Stuart, décapitée le 8 février 1587 sur les ordres de la reine Elisabeth, contre laquelle elle avait conspiré. Mise en scène au théâtre Marigny par Didier Long, Isabelle Adjani assume le fait d’apparaître les cheveux gras et dans l’habit blanc souillé d’une souveraine qui a abdiqué en 1567, après avoir été reine d’Ecosse (1542-1567) et une éphémère reine de France (1559-1560).
Elle ne quittera plus la scène, cette prison aux murs rouge sang où le bourreau se prépare à l’action. Ceux qui ont entouré ou servi Marie Stuart par le passé se joignent à ce funèbre compte-à-rebours qui fait remonter, à l’heure de vérité, les désirs de vengeance et les petites lâchetés de chacun.

Isabelle Adjani, actrice de 51 ans aux quatre Césars, offre une composition assez fouillée de ce personnage dont elle est proche en âge, une catholique mystique qui n’a pas perdu toute cruauté et que la mémoire et la raison, çà et là, abandonnent. Convaincante quand elle joue l’apaisement, elle manie moins sûrement l’indignation avec sa voix devenue à certains instants étrangement grave.
Mais je trouve en revanche que le spectacle est tiré vers le bas par le texte, que Didier Long aurait gagné à condenser pour maintenir un souffle dramatique constant. Dans la bouche d’Isabelle Adjani, qui entretient une relation complexe avec son image publique en général et la presse en particulier, certains mots de cette Marie Stuart (« Tout ce qu’on a colporté sur moi m’a tué », « Je pense que je vaux mieux que ma réputation », etc.) se teintent toutefois d’une douce ironie. Le public, en tout cas, réserve à cette comédienne aux nombreux fans un accueil plus qu’enthousiaste… moi, il m’en aurait fallu un peu plus pour être convaincue, dommage!

4 réponses à Ma rentrée théâtrale

Page 1 sur 11
Page 1 sur 11

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Little Miss Chatterbox
Suivez moi aussi par ici …
instagram