Le malade imaginaire par Michel Bouquet

bouquetIl y a quelques jours, j’ai eu le plaisir de voir Michel Bouquet dans une nouvelle version du Malade Imaginaire, au Théâtre de la Porte St Martin. Est-ce une vraie comédie ? N’est-on pas à la frontière de la tragédie ? N’y a-t-il point de danger à contrefaire le mort ? Voilà toute l’ambiguïté de cette pièce et de l’interprétation qu’en propose Michel Bouquet en nous donnant à regarder Molière fleurtant avec l’angoisse de la mort au point de prendre lui-même l’habit du médecin. Un règlement de compte avec une médecine dont Molière désespérait de l’efficacité au fil de l’évolution de sa maladie et de ses pièces, dans une interprétation irrésistible.

Voir Michel Bouquet sur scène, et qui plus est dans un grand rôle du répertoire, est un pur plaisir d’esthète. Quel métier ! A 82 ans, il nous régale pendant deux heures d’un jeu tout en subtilités, en nuances, truffé de trouvailles dignes d’un jeune homme espiègle. Il est habité cet homme-là ! Il EST le théâtre. Il reste, avec Robert Hirsch, un de nos derniers monstres sacrés des planches. Dans un décor dépouillé à l’extrême, juste habillé de tapisseries orange, d’une immense tenture rouge et éclairé par un superbe lustre, campé dans son fauteuil en plein milieu de la scène, Michel Bouquet focalise toutes les attentions. Si le monologue du début, certes imposé par le texte de Molière, s’avère un peu longuet, il n’empêche que cette petite musique « en sols majeurs » constitue pour lui une sorte d’échauffement comparable à celui d’un coureur de fond. En effet, tout de suite après cette litanie de comptes d’apothicaire, la pièce prend son rythme et ne s’en départira plus durant deux heures.

Bien sûr la pièce repose essentiellement sur le tandem Michel Bouquet/Juliette Carré (qui campe Toinette). Leur duel est réellement jubilatoire. La mécanique est précise, parfaitement huilée, toute en finesse. Et la troupe qui les entoure, aspirée par ces deux phénomènes, ne commet aucune fausse note. On assiste ainsi à de grands moments du théâtre classique, comme le numéro de duettistes des Diafoirus père et fils par exemple. Enfin, cette pièce à la mise en scène vraiment dynamique se termine par une scène étourdissante à rendre jalouses moult comédies musicales ! Un grand moment de théâtre.

C’est où ?
Le Malade imaginaire
Théâtre de la Porte St Martin
18, Bd St Martin (10è) – M° Strasbourg St Denis
Dernière: demain après-midi !

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