James Ensor exposé au Musée d’Orsay

Il y a quelques jours, j’ai enfin étrenné ma nouvelle carte MuséO en allant visiter la rétrospective du travail de James Ensor (la première depuis 20 ans) exposée au Musée d’Orsay, après être passée au MoMA jusqu’en septembre dernier. En une petite centaine d’œuvres, le musée revient sur la vie et l’œuvre de James Ensor (1860-1949), peintre belge d’une grande modernité, au génie fantasque et étonnant.

affiche

Le musée d’Orsay, dans une expo modeste (par sa taille), rend hommage au talent singulier du peintre ostendais, célèbre pour ses toiles peuplées de parades, de masques burlesques et tragiques, de visages angoissants et de squelettes terrifiants. Ce qui ressort avant tout de cette expo, c’est le caractère paradoxal de la personnalité et du travail d’Ensor.
Quelques exemples: Il disait, non sans prétention, avoir « anticipé tous les mouvements modernes », mais il donnait en même temps l’image d’un artiste torturé et paranoïaque; il avait l’ambition d’être le chef de file d’un courant plastique (ce qu’il accomplit en partie, puisqu’il participa à la création du groupe des XX, aux côtés de Félicien Rops, Léon Spilliaert…), mais n’appartint jamais vraiment à aucune école. Plus flagrant encore: alors qu’il ne supportait pas les jugements que l’on portait sur ses œuvres, il fit tout son possible pour titiller la critique en livrant des sujets audacieux et provocateurs, macabres et turbulents ! Avouez qu’il y a de quoi s’y perdre.

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Le gros point positif de cette exposition est d’avoir choisi de nous faire évoluer chronologiquement au fil des salles. En observant les changements progressifs dans ses œuvres tout au long de l’expo, on sent la personnalité de l’artiste émerger petit à petit. La première grande salle nous montre les sujets naturalistes et les scènes de genre réalisées par le peintre à Ostende dans sa prime jeunesse. En effet, ses premières peintures datent des alentours de 1880, alors que James Ensor est encore très jeune, mais il exécute magistralement de grands tableaux, des natures mortes et des scènes d’intérieur aux couleurs chaudes. On y voit des femmes aux robes à volants et bottines qui travaillent ou dégustent avec délectation des huitres et, mis à part une scène où une femme en détresse est allongée dans son lit (1882), l’ambiance est plutôt calme et feutrée.
La petite salle sombre du fond regroupe quant à elle la collection de dessins d’Ensor que possède le musée d’Orsay, et celle d’après est centrée autour d’une série d’eaux-fortes et de dessins: « Visions. Les Auréoles du Christ ou les sensibilités de la lumière » présentée au Salon des XX de 1887. Seule la figure du Christ pouvait exprimer, selon Ensor, la puissance qu’il avait découverte dans la lumière.

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Dans les dernières salles (oui, déjà !), les crânes, la tradition des masques, du travestissement, du grotesque, de la satire et du carnaval, hérités de son enfance à Ostende, apparaissent et l’on voit que confusion, images morbides, personnages ricaneurs et ambigus aux visages cachés, deviennent les sujets de prédilection du peintre. Sans parler des panneaux virulents, des gravures ou des dessins qui dénoncent les injustices de son temps ! Les humains sont devenus des marionnettes grotesques et inquiétantes. Les masques camouflent et exacerbent une réalité que le peintre trouve trop laide et trop cruelle, tandis que les squelettes pointent la vanité et l’absurdité du monde.
La dernière salle
regroupe ses autoportraits (dans lesquels Ensor se représente en hanneton, en hareng, se grime ou se caricature – je vous en ai mis deux illustrations dans cet article) qui forment un ensemble disparate et tassé, comme une sorte de gros point d’interrogation révélateur avant de quitter l’expo. Ensor nous apparait un peu comme un voyageur immobile (d’ailleurs il n’a effectivement jamais beaucoup quitté son lieu de naissance), aux pérégrinations inquiètes et sombres naviguant au milieu d’un déploiement de couleurs expressives et acidulées.

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Ensor, peintre étrange et inclassable, frappe par sa cinglante ironie, son sens de la dérision et de l’auto-dérision, sa couleur intense et son expressivité, et le titre de « peintre des masques » que lui attribue son compatriote, le poète Émile Verhaeren, ne suffit pas pour saisir son œuvre insaisissable, prolifique et polymorphe. Personne n’a jamais réussi à cerner le personnage et je crois que c’est ce qui rend l’expo assez difficile d’accès de prime abord. Malgré tout, le choix d’un parcours chronologique est plutôt judicieux puisque ça nous permet de comprendre le cheminement et les différentes évolutions de l’artiste au cours de sa vie. Pour le reste, comme souvent, l’exposition n’est pas très pédagogique (les panneaux explicatifs ne disent pas grand chose) et il vaut mieux avoir pris quelques infos avant de s’y rendre, quand même (l’audio-guide c’est encore mieux). En bref, une expo différente mais intéressante -dans le sens où elle nous met face au mystère et à l’inconnu et à un artiste sur lequel on peut difficilement coller une étiquette- et qui a au moins le mérite de nous faire découvrir (ou de mieux connaître) un peintre assez peu connu du grand public.

C’est où ?
James Ensor
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur (7è) – M° Solférino ou RER Musée d’Orsay
Tous les jours (sauf lundi) de 9h30 à 18h (jeudi jusqu’à 21h45).
Tarif: 9€50 (7€ en nocturne ou à partir de 16h15) mais l’expo est gratuite pour les moins de 26 ans, profitez-en !
Jusqu’au 4 février 2010.

21 réponses à James Ensor exposé au Musée d’Orsay

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  • Marilyne dit :

    Je vais justement la voir ce week-end en même temps que « Art Nouveau revival ». :-)

    • Bliss dit :

      Je suis allée également faire un tour sur l’expo « Art Nouveau Revival » mais je n’ai pas été super emballée (donc pas d’article en vue), j’ai hâte d’avoir ton avis sur les deux expos ! Je n’avais pas été à Orsay depuis des mois et j’ai été surprise de découvrir mes tableaux préférés dans des installations provisoires en bas :( Ça dénature vachement le musée, vivement que les travaux soient finis !

  • Uwe dit :

    Encore une expo que tu présentes très bien et que tu donnes réellement envie de voir ;)

  • July dit :

    Ça a l’air très original et décalé! Je trouve ça sympa de pouvoir la découvrir via ton blog! Bisous et merci!

  • flo dit :

    Je ne peux pas dire que ce soit le genre de peinture qui m’attire mais cette exposition doit être extrêmement intéressante justement parce qu’il ne s’agit pas de tableaux « faciles ».
    Bisous

    • Bliss dit :

      C’est pareil pour moi, je n’étais pas attirée par les tableaux d’Ensor mais tu me connais, je suis curieuse de tout, et comme j’ai la carte du musée, je n’ai pas hésité !

  • Jena dit :

    Je ne pense pas que j’irai voir cette expo mais une fois encore, j’ai bien aimé en lire ton article! Toujours très bien écrits, tes posts sont géniaux!

  • Poleen dit :

    Je ne pense pas que j’irai la voir, mais plutôt « Art nouveau revival », alors comme ça ton article me fait un bon petit topo, merci ! :)
    L’artiste doit être intéressant mais j’ai peur de ne tellement pas accrocher et d’avoir eu l’impression de perdre mon temps, tant pis pour moi peut-être ! ^^
    Gros bisous

    • Bliss dit :

      Tu me diras ton avis sur « Art Nouveau Revival », j’y suis passée le jour où je suis allée voir Ensor et je n’ai pas accroché plus que ça… Et sincèrement pour la sensation de perte de temps, l’expo « Ensor » est tellement petite que tu n’as pas de craintes à avoir. Et puis on apprend des choses quand même !

  • Emma dit :

    J’ai lu ton article en diagonale seulement car j’ai prévu de visiter cette expo la semaine prochaine (avec celle sur l’Art Nouveau). Je préfère me garder la surprise pour l’instant mais je relirai tes impressions après ma visite. Je retiens tout de même qu’il faut potasser un peu son « Ensor pour les nuls » avant de se rendre au musée !

    • Bliss dit :

      Tu as bien fait de te garder la surprise alors ;) Je n’avais pas été à Orsay depuis des mois et je suis tombée de haut en découvrant les toiles du 5è au rez-de-chaussée, c’est l’horreur ces accrochages temporaires en attendant la fin des travaux beurk ! Et oui, je te conseille soit de prendre l’audio-guide sur place, soit de lire par exemple le hors série de Beaux-Arts Magazine qui est pas mal fait.

  • Elo dit :

    Effectivement, ce n’est pas un artiste ordinaire mais ton article est intriguant, j’irais bien la voir ! Bisous.

  • Elo dit :

    la voir: je parle de l’expo évidemment ! C’est ça de taper trop vite ;)

  • babou dit :

    J’avais hésité à aller la voir mais je pensais que ça reprennait que ses toiles vues et revues (je suis belge). Si c’est gratuit aux moins de 26 ans, j’irais peut être y faire un tour malgré tout. C’est le temps qu’il risque de me manquer.

    • Bliss dit :

      Ah oui, j’imagine que la plupart des toiles présentes dans cette expo ne doivent pas t’être inconnues du coup. Mais comme tu l’as justement souligné, c’est gratuit, et on apprend des choses donc si tu trouves le temps, n’hésite pas !

  • Elodie dit :

    Je suis allée au Musée d’Orsay parce que je voulais absolument voir Art Nouveau Revival. Comme toi j’ai été très déçue. Du coup, j’ai d’autant plus apprécié l’expo Ensor. Je trouve qu’elle met bien en valeur la personnalité de l’artiste qui m’a d’ailleurs semblé très antipathique.

    • Bliss dit :

      Oui, ça permet de bien cerner la personnalité d’Ensor qui était pour le moins « particulier » et marginal (et quel égo !!)… Et tu as été voir les accrochages temporaires des œuvres du 5è étage ? Ils ont agencé ça dans les salles du bas et ça ne leur rend pas hommage je trouve… Vivement la fin des travaux !

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