Fabrice Luchini lit Philippe Muray au théâtre de l’Atelier

Cette semaine, j’ai enfin remis les pieds au théâtre après une petite période de disette, pour aller écouter Fabrice Luchini lire Philippe Muray au théâtre de l’Atelier.

Quel plaisir de retrouver Luchini sur scène ! Comme je le disais il y a quelques temps, je suis une fervente adepte des lectures de Luchini et je n’en ai pas manqué une seule depuis que je vis à Paris. Pourquoi ? J’aime beaucoup le bonhomme, son extravagance, ses provocations, son érudition… Après Barthes, Chrétien de Troyes ou encore la Fontaine, Luchini s’attaque cette fois-ci aux textes de Philippe Muray, essayiste, sociologue et philosophe iconoclaste disparu brutalement en 2006. Et comme je ne connaissais pas du tout son œuvre, ce fut aussi l’occasion de la découvrir.

Et quelle découverte ! Les textes de Muray choisis par Luchini, passent au crible de manière incroyablement incisive et ironique l’époque dans laquelle nous vivons. Ils dénoncent de façon sarcastique (mais tellement vraie !) le paysage désespérant de la bêtise humaine de notre temps, le conformisme intellectuel déguisé en tolérance et ouverture, l’hypocrisie ambiante sur une pseudo « pensée complexe »… Au milieu de tout ça, Luchini nous livre aussi quelques extraits de Cioran et sa philosophie pessimiste mais extrêmement jouissive.


C’est une évidence, Luchini adore les auteurs qui savent manier l’ironie du désespoir et quand on l’entend interpréter à la perfection les écrits de Muray, on se rend compte à quel point cette rencontre est pleine de sens ! Comme toujours, il réussit la prouesse de nous faire comprendre des textes qui peuvent paraitre abscons et inabordables de prime abord (que ce soit dans ce spectacle-là, ou bien dans ceux sur Céline, La Fontaine, Nietzsche…). A force d’enchaîner les lectures un peu trop vite, trop souvent, on ne s’arrête plus forcément sur tout et on ne voit plus bien en quoi chaque mot est crucial et chaque phrase importante, à la virgule près. Et c’est pourtant le cas, on s’en rend compte en écoutant Luchini. On écoute scrupuleusement, on assimile un à un les mots, on acquiert le sens de chaque phrase et de chaque mot. Sa diction articulée et nuancée lui permet de faire ressortir la puissance et le sens de chaque mot et offre une immense clarté du texte. Il s’approprie le texte qui en ressort profondément limpide. Et au-delà de ça, Luchini réussit également à sublimer les textes de Muray en leur donnant corps et âme ! Les différentes tonalités et fluctuations qu’il utilise soulignent la qualité d’écriture de l’auteur et du coup, en s’intéressant à la forme, il parvient à faire ressortir l’essence du texte.

En revanche, malgré toutes ces qualités, je dois vous avouer avoir légèrement préféré ses précédents spectacles. Ce n’est pas que le texte est moins intelligent ou intéressant, bien au contraire, la plume acerbe de Muray est plus que jouissive, surtout par la bouche de Luchini qui, on le voit bien, jubile à la lecture de tous ces textes. Non, c’est surtout que Luchini nous donnait un tout petit peu plus de lui dans ces spectacles. Entre les différents extraits, on avait droit à plus de morceaux de sa verve, improvisés ou pas, et c’est avant tout ça qui me plait énormément je crois. M’enfin, c’est bien pour chipoter car j’ai passé un excellent moment. Les textes de Muray sont d’une actualité politique impressionnante et d’un sarcasme à couper au couteau. On boit ses paroles, son humour vif et son ironie acerbe, à travers les expressions jouissives et le phrasé inimitable de Luchini. Bref, on se régale de A à Z. Un spectacle à ne pas manquer !

C’est où ?
Fabrice Luchini lit Philippe Muray
Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin (18è) – M° Anvers
Jusqu’au 30 juin 2010.

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