Une nouvelle « Maison de Poupée » au Théâtre de la Madeleine
Nouvelle semaine, nouvelle pièce, avec cette fois l’adaptation de la fantastique pièce de Henrik Ibsen, « Maison de Poupée » au théâtre de la Madeleine. Comme pour Mélanie Laurent dans Promenade de Santé (compte-rendu ici), cette pièce marque les débuts d’Audrey Tautou sur les planches et le moins qu’on puisse dire c’est que le résultat ne fut pas à la hauteur de mes attentes…
Pitch: « Nora (Audrey Tautou) vit avec son époux et ses enfants dans une maison de poupée trop jolie, étouffante et cauchemardesque. Insouciante, elle joue avec la vie, avec les autres et avec elle-même. Un évènement va la contraindre à détruire les conventions du couple bourgeois et créer le scandale. Henrik Ibsen fait le portrait des êtres humains, il disait préférer poser des questions qu’administrer des réponses. Cette nouvelle présentation de Maison de poupée, qui a l’ambition de rêver le 19ème siècle norvégien avec les figures, les fantasmes et les clichés qu’il véhicule, s’adresse aussi paradoxalement et mystérieusement à nous. » (Source: théâtre de la Madeleine).
Cette nouvelle adaptation de la célèbre pièce de Henrik Ibsen est signée Michel Fau, comédien qui accompagne très régulièrement Olivier Py à l’Odéon (depuis des lustres) et n’en est donc vraiment pas à son coup d’essai sur les planches. Toutefois, pour être franche, je m’interroge sincèrement sur la pertinence du choix de cette pièce qui est vraiment à des lieux de ses registre et répertoire habituels. Michel Fau n’est pas du genre à faire dans la retenue et dans la finesse, alors monter du théâtre scandinave pour sa nouvelle mise en scène est pour le moins étonnant !
Plus encore, je reste carrément perplexe quant aux choix de mise en scène faits par Michel Fau dans cette énième version de « Maison de Poupée ». Il a pris le parti d’installer sa maison de poupée -dans laquelle se joue le drame de Nora, jeune bourgeoise piégée dans son rôle de petite poupée qui agit machinalement comme une marionnette- dans un cadre d’époque. Les costumes sont classiques, les décors aussi mais version fin XIXè kitschouille, très carton-pâte, remplis de tapisseries ternes & fades et hantés par des animaux empaillés. Les acteurs sont tous couverts de maquillage façon « pot de peinture » qui rend livides les visages de leurs personnages – aussi Torvald Helmer, le mari de Nora, que joue Michel Fau lui-même, le docteur Rank, Kristine Linde l’amie d’enfance et Krogstad, le personnage qui fait basculer la situation. Ils sont maquillés de façon outrancière comme des poupées de cire, à la manière des personnages des vieux films expressionnistes allemands (ils en ont aussi les poses !).
En fait, je trouve que la mise en scène ne colle pas du tout avec le ton de la pièce, comme si elle était en décalage avec le texte. Ce manque d’adéquation donne un sentiment de trop pendant toute la représentation. Alors que la force et la puissance du texte d’Ibsen résident principalement dans le non-dit et dans le malaise sous-jacent, la mise en scène de Michel Fau nous offre tout le contraire, tout est caricatural et exagéré, la première partie de la pièce ressemble presque à du vaudeville (quand Audrey Tautou se met à crier dans les aigus et à gesticuler sur la scène comme une poupée désarticulée… ça sent le ridicule !). Il en fait trop ! La finesse psychologique de la pièce est carrément mise de côté et les personnages manquent cruellement d’épaisseur et de corps. Un comble avec ce texte…
Et Audrey Tautou ? Et bien, pour sa première apparition au théâtre, elle peine à vraiment convaincre et j’avoue que je m’attendais à bien mieux pour le personnage de Nora. On a l’impression qu’elle s’est contentée du minimum syndical et de faire ce qu’on lui demande comme un joli automate bien docile et obéissant à son metteur en scène. Comme si Michel Fau avait voulu prendre le personnage au premier degré pour en faire une simple poupée désarticulée, une femme superficielle qui passe son temps à pousser des petits cris horripilants, à courir et sautiller partout comme un cabri et qui a bien du mal à se déplacer dans sa belle robe… La plupart du temps, elle a même l’air niaise. Mais où sont passées la complexité et la profondeur de Nora ? Le jeu des autres acteurs n’est vraiment pas exceptionnel non plus, les personnages sont tous des clichés ambulants, le texte (surtout au début de la pièce) a l’air d’être récité et j’ai même remarqué quelques problèmes de diction à certains moments.
Finalement, je crois que le problème principal est que je n’adhère pas du tout au regard que porte Michel Fau sur la pièce de Henrik Ibsen. Chez ce dramaturge, il s’agit toujours de personnages complexes prisonniers d’un engrenage social dont ils ne peuvent sortir sans se faire sérieusement violence. Michel Fau transforme ses personnages en pantins et du coup la pièce perd de son intérêt et devient ennuyeuse à certains moments – un comble pour une œuvre aussi forte et profonde !
Au final, s’en dégage une impression en demie-teinte. La mise en scène parait factice, figée, très lisse et en inadéquation avec le texte, mais évidemment, comme c’est un chef-d’œuvre, tout n’est pas à jeter et la pièce elle-même est suffisamment digne d’intérêt pour qu’on ne s’endorme pas complètement ! Cette « Maison de Poupée » ne restera donc pas dans les mémoires et est sauvée par le texte brillant et toujours d’actualité de Henrik Ibsen.
C’est où ?
« Maison de poupée »
Théâtre de la Madeleine
19, rue de Surène (8è) – M° Madeleine
Du mardi au samedi, le samedi à 18h et le dimanche (à partir du 27 mai) à 15h.
Durée: 2h sans entracte.
Plus d’infos sur le site du théâtre.
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Un autre petit billet culturel sera mis en ligne tout à l’heure ^_^
« Promenade de Santé » à la Pépinière théâtre
La semaine dernière, je suis allée voir « Promenade de Santé », la dernière pièce de Nicolas Bedos qui se joue actuellement à la Pépinière théâtre et qui fait un petit buzz en ce moment puisqu’elle met en scène les premiers pas de Mélanie Laurent sur les planches.
Le pitch: « Deux jeunes gens sur un banc. Ils s’amusent, se plaisent, se désirent. Elle va lui dire: Je t’aime. Il voudrait dire: Pareil. Sauf que leur banc se trouve dans le jardin d’une clinique psychiatrique. Où finit la névrose pour que l’amour commence ? »Deux jeunes gens sur un banc. Ils s’amusent, se plaisent, se désirent. Elle va lui dire: Je t’aime. Il voudrait dire: Pareil. Sauf que leur banc se trouve dans le jardin d’une clinique psychiatrique. Où finit la névrose pour que l’amour commence ? Jusqu’à quel point protéger l’autre de nos propres sentiments ? Un histoire de monstres, de deux monstres charmants. »
Pour tout vous dire, je suis assez perplexe au sujet de tout le battage qu’il y a autour de Mélanie Laurent. C’est vrai qu’elle est très jolie et qu’elle est loin d’être mauvaise comédienne mais je trouve qu’elle a exactement la même façon de jouer dans tous ses films. Pour avoir revu Inglourious Basterds juste après la pièce (le même soir), j’ai reconnu les mêmes mimiques, une même façon de parler, de jouer et dire le texte (alors que ce sont des rôles très différents !). J’ai lu dans la presse qu’elle était exceptionnelle sur scène, que c’était « des débuts prometteurs et remarqués », un rôle « ardu »… N’en jetez plus ! Il y a un consensus général autour d’elle et c’est le genre de choses qui a tendance à me gonfler. Autant je l’avais adoré dans Je vais bien ne t’en fais pas de Philippe Lioret, duquel je suis ressortie bouleversée et émue comme rarement au cinéma, autant j’ai beaucoup plus de mal avec les rôles qu’elle enchaîne depuis quelques mois. J’ai l’impression que le fait d’avoir tourné avec Tarantino a pas mal influé sur l’égo de la demoiselle et on a l’impression, parfois, qu’elle se regarde jouer. Certes, son jeu est assez naturel et plutôt juste la plupart du temps mais dès qu’elle essaye de lui donner un peu plus de corps et de volume ou qu’elle tente une composition, elle perd toute sincérité instantanément. Comme si elle était un peu trop sûre d’elle, en fait. Et j’me demande si elle ne se prendrait pas un peu pour Scarlett Johansson car apparemment elle aurait envie de sortir un album. Mouais…
Et la pièce dans tout ça ? Pas grand chose à dire, c’est bien le problème. Le texte n’est pas exceptionnel, il y a de bons mots, des choses réussies mais je l’ai trouvé quand même assez fade au final… S’il n’y avait pas des moments suffisamment crus pour faire rigoler le gentil public, on pourrait presque s’endormir. Pour tout vous avouer, j’ai eu bien du mal à sortir de ma léthargie au moment des applaudissements ! Je pense que les gens sont venus en masse pour voir Mélanie Laurent sur scène, et qu’ils l’aiment tellement, que forcément, pour eux, tout ce qu’elle fait c’est géniâââââl. Ben non !
En revanche, j’ai beaucoup aimé le jeu de son partenaire, Jérôme Kircher, qu’on aperçoit de temps en temps à la télé et au cinéma (je me souvenais surtout de lui pour son apparition dans Un Long Dimanche de Fiançailles de Jeunet), tout dans la justesse et dans la nuance, à la fois mystérieux et poétique, mais pas suffisamment mis en valeur -je pense que son rôle a été écrit simplement pour mettre en valeur celui de la staaaar de la pièce. Et c’est fort dommage. A part ça, j’ai trouvé la mise en scène classique mais plutôt agréable: assez sobre, simple et épurée, avec de la chouette musique et de jolis jeux de lumière. Ah, et l’affiche est très mignonne aussi !

Au final, « Promenade de santé » est une toute petite pièce, très courte (à peine une heure) qui se regarde gentiment mais qui n’a pour seul but que de nous faire découvrir Mélanie Laurent sur scène. D’ailleurs, c’est simple, Nicolas Bedos (encore un fils de…) a écrit la pièce pour elle (c’est même elle qui a choisi son partenaire). Au delà de ça, la pièce n’a pas vraiment d’intérêt (et je suis gentille). Dans un autre contexte, j’aurais surement pu la juger trop courte dans le sens où elle ne nous laisse pas le temps de découvrir en profondeur les personnages mais ce serait mentir, tellement je me suis ennuyée !
Nicolas Bedos nous offre de jolis moments, une rencontre, mais il manque tout de même une grosse dose d’émotion à sa pièce, un peu de corps, quelque chose pour nous toucher, nous éblouir ou nous émouvoir. Ici, rien de neuf à l’horizon: 2-3 bons mots, mais du vu, revu et rerevu qui se termine sur une fin cousue de fil blanc devinée à 10 km. En bref, une « promenade de santé » pas désagréable mais sans plus. Ceci dit, si vous souhaitiez y aller avant de me lire, ne boudez pas forcément votre plaisir, mon avis est assez marginal sur la toile, je n’ai lu que des louanges à la pelle pour la pièce et surtout, évidemment, pour Mélanie Laurent !
Bêêêêêêê.
C’est où ?
« Promenade de Santé »
Pépinière Théâtre
7, rue Louis-le-Grand (2è) – M° Opéra
Du lundi au samedi à 19h.
Jusqu’au 1er mai
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RÉSULTATS DU CONCOURS FEYDEAU – THÉÂTRE du PALAIS ROYAL
Sinon, comme promis, je vous annonce les résultats du concours Feydeau organisé ici en début de semaine dernière. Vous avez été nombreux/ses à participer et comme j’avais envie de tous (et toutes!) vous faire gagner, j’ai du me résoudre au tirage au sort ! Et…
… ce sont Marnie et Livy qui remportent chacune 2 places pour aller voir « On purge bébé » et « Léonie est en avance » au Théâtre du Palais Royal. Les filles, j’attends un p’tit mail de votre part dans lequel vous me donnerez chacune 2 dates de votre choix où vous êtes sûres d’êtres dispos avant le 31/03/2010. Je vous expliquerai la suite par mail !
Et merci encore à toutes et à tous de votre participation :)
Une soirée avec Feydeau au Palais Royal (+concours inside)
Deux jours après un moment horrifique au théâtre de l’Odéon, on m’a proposé d’aller au théâtre du Palais Royal pour passer une soirée en compagnie de deux pièces de Feydeau: « On purge bébé » et « Léonie est en avance », mises en scène ici par Gildas Bourdet. Je dois vous avouer que je connaissais pas ces deux textes (en dehors du Dindon, Un fil à la patte et Mais n’te promène donc pas toute nue !, je ne suis pas hyper familière avec cet auteur) avant d’y aller, mais la perspective de retourner au théâtre pour voir un spectacle léger et agréable, après la catastrophe de l’Odéon, avait de quoi me séduire !
Les pitchs ? Dans On purge bébé, « Monsieur Follavoine cherche à décrocher le marché des pots de chambre incassables à destination de l’armée française. Pour tenter de conclure l’affaire, il invite à dîner Chouilloux, fonctionnaire influant du ministère des armées, son épouse et l’amant de celle-ci. Mais ce jour-là, le fils Follavoine est constipé et ne veut pas prendre sa purge, et rien ne se passe comme prévu ».
Dans Léonie est en avance, « Léonie est sur le point d’accoucher avec un mois d’avance. Les mauvaises langues se délient, les règlements de compte et les mesquineries entre beaux-parents et gendre vont bon train, l’arrivée d’une sage-femme tyrannique finit de chambouler toute hiérarchie dans la maison, et ce qui devait être un moment de joie va tourner à la catastrophe ».

C’est toujours un plaisir de passer une soirée dans l’enceinte du magnifique théâtre du Palais Royal (un des plus beaux théâtres parisiens, à mon avis) et « On purge bébé » & « Léonie est en avance » m’ont fait passer un moment très agréable. Après, ce n’est évidemment pas le meilleur de Feydeau, mais ça change un peu des pièces citées ci-dessus qu’on a l’habitude de voir à longueur d’années. Il s’agit de deux pièces très courtes mais dans lesquelles on retrouve bien la patte de Feydeau: sa critique acerbe et ironique de la bourgeoisie de l’époque qu’il tourne en ridicule, des personnages caricaturaux pour souligner un peu plus leur médiocrité, des situations aussi cocasses que ridicules… Pour ma part, j’ai surtout adoré la première, « On purge bébé », dans laquelle Cristiana Reali et Dominique Pinon sont fantastiques. Les deux pièces mettent beaucoup de temps à démarrer, ce qui fait qu’on sourit plus qu’on ne rit au final, mais on passe un bon moment plein de légèreté et de simplicité. La seule chose qui manque à ces deux pièces, c’est un petit rien, un léger souffle en plus, pour dépasser la simple caricature. Mais en même temps, c’est du vaudeville, c’est un peu le texte qui veut ça !
Ce que j’ai aimé ? Tout le casting, tout bonnement génial que ce soit Marie-Julie Baup (la femme de Lorant Deutsch pour la page people !), Pierre Cassignard, Sylviane Goudal ou même Corinne Martin en Toto, petit garçon de 7 ans capricieux et inoubliable avec ses chaussettes d’écolier et ses « je veux pas me purger !! ». Mentions spéciales à Cristiana Reali et Dominique Pinon, excellents tous les deux, qui à chaque apparition suffisent à donner plus de dimension à ces deux petits textes ! Pour le reste, les costumes sont magnifiques et les décors choisis assez surprenants… Je dois avouer que j’ai été assez perplexe au début face aux couleurs explosives (presque fauves !) du décor, mais ça permet finalement de se focaliser totalement sur les comédiens, ce qui n’est pas si mal ! La mise en scène de Gildas Bourdet est très classique mais bien orchestrée, super rythmée et très visuelle.
Au final, « On purge bébé » & « Léonie est en avance » font passer une très agréable soirée, pleine de simplicité, de légèreté et d’humilité en compagnie d’une très bonne troupe de comédiens ! Ouf, ça fait du bien…
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C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui de gagner 2 lots de 2 invitations pour ces pièces ! Pour cela, c’est tout simple, il vous suffit de me laisser un commentaire en me disant pourquoi vous aimeriez assister au spectacle. Vous avez jusqu’à dimanche 21 minuit pour participer !
Pour les futurs gagnants, je reviendrai vers vous après le tirage au sort mais sachez seulement que vous devrez me donner 2 dates suivant vos disponibilités avant la fin du mois de mars pour aller voir ces pièces.
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Merci encore à la géniale Sarah et à l’agence en3mots de m’avoir permis de voir la pièce, même si je n’ai pas bu le champagne avec Dominique Pinon ;)
C’est où ?
« On purge bébé » & « Léonie est en avance »
Théâtre du Palais Royal
38, rue de Montpensier (1er) – M° Palais Royal-Musée du Louvre
Du mardi au vendredi à 20h30.
Durée: 2h15 dont 15 minutes d’entracte entre les 2 pièces.
« Un Tramway » au Théâtre de l’Odéon
Ça faisait au moins… ouf, tout ça, que je n’étais pas allée à l’Odéon. J’ai bien souvent du mal avec leurs mises en scène un peu trop néo-bobos pour moi (c’est dire, oui !), mais quand j’ai vu qu’y était montée l’adaptation de l’une de mes pièces préférées de Tennesse Williams (un dramaturge que j’aime énormément… oui, j’aime les névrosés, je m’identifie à mort, mouahahah !), je ne pouvais que sauter sur l’occasion. Je me suis donc rendue au théâtre de l’Odéon mercredi soir pour voir « Un tramway », un spectacle adapté librement de la pièce de Tennessee Williams, Un tramway nommé désir, par le metteur en scène Krzysztof Warlikowski avec Isabelle Huppert dans le rôle de Blanche.
Pitch: Pour ceux qui ne la connaisse pas encore, je vous conseille grandement de lire la pièce de Tennessee Williams, c’est une petite merveille. En quelques mots, c’est l’histoire de Blanche DuBois, une belle du Sud un peu fanée mais encore assez jolie qui débarque chez sa sœur après que la maison familiale ait été perdue; puis viennent la confrontation avec son beau-frère Stanley, une sorte de gros rustre (joué divinement pas Brando jeune -graouuuu- dans le film d’Elia Kazan), et la tension sexuelle, le jeu d’attirance et de rejet entre les deux. L’écran de fumée et de fantasmes érigé par Blanche (prof de littérature se parant de fourrures, elle se présente comme une belle dame instruite avec des manières) s’effrite pour laisser place à la réalité (après que son mari se soit suicidé quand elle a appris son homosexualité, elle enchaîne amant sur amant et a même eu une relation avec un de ses élèves de 17 ans). Le choc entre la belle et la brute et l’effacement simultané de l’illusion au profit de la réalité sont les deux thèmes principaux de cette pièce, et je ne les ai pas vraiment retrouvés ici.

Dans cette adaptation très librement inspirée du texte de Tennessee Williams (qui a été largement retravaillé), le parti pris du metteur en scène a été de tout concentrer sur la personne de Blanche. Ou comment trouver une excuse pour donner à Isabelle Huppert un rôle majeur et se permettre n’importe quoi là-dessus pour faire du chiffre ! La Blanche interprétée par Huppert est tout simplement horripilante. Le personnage nous assomme de très longs monologues où elle révèle sa demi-folie destructrice, mais aussi une forme de lucidité perverse qui la rend encore plus ambiguë et moins facile à cerner que dans le texte de Williams. On ne sait jamais véritablement si sa fragilité et sa folie sont feintes ou réelles, conscientes ou inconscientes, passant de la femme séductrice à l’animal coincé dans sa cage de verre. Si ce nouvel angle plus déroutant que dans la version originale pouvait sembler pas mal à première vue, c’est bien la seule chose qui a un semblant d’intérêt dans cette adaptation.
Au delà de ça, la pièce est carrément illisible et incompréhensible avec des éléments de mise en scène qui, non seulement, n’ont apparemment pas de sens véritable, mais en plus n’apportent rien de particulier à la pièce. A force de chercher la signification du moindre élément de mise en scène qui n’a aucun rapport direct avec la pièce, on finit par ne plus rien comprendre et surtout par penser que finalement, ça ne veut peut-être rien dire du tout.
Tout est prétexte au délire mégalo-narcissique du metteur en scène: le décor en général (un rectangle en verre qui couvre toute la longueur de la scène et qui va d’avant en arrière pendant toute la pièce), l’utilisation de la vidéo qui ne sert pas le propos, les interminables intermèdes musicaux (avec une chanteuse abominable qui donne envie de se tirer une balle tellement elle chante mal), une conférence en anglais sur le compromis dans le couple (ridicule), des détails ineptes comme la projection d’une vidéo de théâtre d’ombres et de marionnettes… Tout ça n’apporte strictement rien à l’histoire et rien ne ressort de l’esthétique globale de la pièce.

L’espèce de surdramatisation de la pièce via le rapprochement avec des passages mythologiques est totalement mal amené et le pire dans tout ça, c’est la léthargie dans laquelle le spectateur est invariablement plongé du début à la fin. Tout cela résulte certainement du fait qu’il n’y a jamais de montée de tension ou de climax, de la manière qu’ont les acteurs de dire le texte (assez monocorde sauf pendant les moments hystériques de Blanche), de séquences de monologues et musicaux beaucoup trop longs, du fait qu’il n’y a pas de fil conducteur lisible… De tout ? Presque.
Il reste que oui, les comédiens sont tous très bons et Isabelle Huppert est une formidable actrice, mais ce talent se perd totalement dans cette adaptation complètement inintelligible. Tout commence dans la première scène, où Warlikowski nous montre Blanche, dix minutes durant, seule, au bout du rouleau, ivre, stone et défoncée. Pour ma part, je n’y ai vu qu’un numéro d’actrice complètement ridicule et surjoué à l’excès… Pour le reste, à part quelques bons moments plus en retenue, elle ne fait que hurler ou changer de robe, aussi souvent que Warlikowski passe d’une idée à une autre. C’est dire !
Bref, ce fut une horreur, j’ai presque tout détesté (et pourtant, vous savez à quel point j’aime le théâtre) et particulièrement les trèèès longs apartés, la musique de fond qui tambourine ou les grands cris hystériques d’Isabelle Huppert. Blanche DuBois, à la base, c’est quand même pas Médée ou Phèdre et Un Tramway nommé désir, ce n’est pas Le roi Lear non plus. Alors essayer de faire du premier un drame à la sauce du second n’était certainement pas une très bonne idée pour mettre en valeur le texte de Tennessee Williams. Quand je lis l’article de Libé sur la pièce, je me dis qu’on ne vit surement pas dans le même monde… et tant mieux !
Pendant 2h45 interminables, je n’ai pensé qu’à une chose: partir en courant ! Comme j’étais en plein milieu de l’orchestre, impossible de quitter la salle sans gêner tout le monde, mais les gens assis sur les côtés ne s’en sont pas privés et ont commencé à quitter la salle au bout de 45 minutes. A la fin, très peu de gens ont vraiment applaudit et certains ont même hué ! Je n’avais jamais vu ça au théâtre, je ne vous raconte pas les mines déconfites de Warlikowski et Huppert lors du salut final. Ils sont bien gentils, mais trop c’est trop.
C’est où ?
« Un Tramway »
Théâtre de l’Odéon
Place de l’Odéon (6è) – M° Odéon
Du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 15h.
Jusqu’au 03 avril 2010.
« Les garçons et Guillaume, à table ! » au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
On peut être sociétaire de la Comédie Française et s’épanouir en dehors de Shakespeare, Molière ou Racine. Le comédien Guillaume Gallienne nous le prouve régulièrement à travers sa chronique humoristique dans Le Grand journal de Canal et depuis quelques jours, il nous en fait une très belle démonstration avec son premier solo théâtral, mis en scène par Claude Mathieu sur la scène du magnifique théâtre Athénée-Louis Jouvet: « Les Garçons et Guillaume, à table ! », la confession autobiographique la plus drôle et la plus intelligente du moment.
Pitch: C’est l’histoire d’un petit garçon, Guillaume Gallienne lui-même, qui croit dur comme fer qu’il est une fille. Logique, puisque sa mère pense qu’il est une fille ! Même si son père n’aime pas tellement qu’il se déguise avec sa couette en archiduchesse Sophie pour réinterpréter les meilleures moments de « Sissi Impératrice »… S’en suivent quelques malentendus et des scènes hilarantes, racontées façon stand-up, avec sa mère (à l’origine de la méprise et de la fameuse formule, « les garçons et Guillaume, à table ! ») mais aussi tous ceux, croisés pendant sa jeunesse atypique, qui ont considéré ses attitudes maniérées comme des preuves irréfutables de son homosexualité et qu’il croque aujourd’hui avec un humour mordant : une prof de flamenco, un psy de l’armée, sa grand-mère russe, un directeur de casting…

Si Guillaume Gallienne est terriblement doué pour l’imitation et a un sens inné de la comédie (la galerie de personnages qu’il interprète est tout simplement à hurler de rire), il est aussi un très grand comédien, doté d’une sensibilité profonde. Il nous offre avec « Les garçons et Guillaume, à table ! » un spectacle intime et sincère, un monologue dans lequel il met à nu des blessures enfouies entre une mère qui lui a vite collé une étiquette et un père qui semble n’avoir d’échanges qu’avec ses frères.
En l’espace de quelques secondes, il nous fait passer du rire aux larmes (larmichettes, seulement, ça va !), nous émeut, nous fait rire et sourire. « Les Garçons et Guillaume, à table ! » n’est pas seulement un spectacle drôle autour de quelques personnages hauts en couleur, c’est aussi et surtout une pièce pleine de tendresse, de délicatesse et de profondeur sur un homme à la recherche de son identité. C’est enfin une pièce qui prouve, parce qu’elle est brillamment écrite, que Guillaume Gallienne n’est pas qu’un excellent acteur, mais aussi un très bel auteur. C’est brillant, talentueux, fin, bouleversant… un pur bijou d’humour, de culot, de finesse et d’intelligence.

En bref, une pièce originale, drôle et touchante, brillamment emportée par un comédien remarquable. A voir absolument !
C’est où ?
« Les Garçons et Guillaume, à table ! »
Théâtre Athénée-Louis Jouvet
Square de l’Opéra Louis Jouvet
7, rue Boudreau (9è) – M° Madeleine ou Opéra
Allez donc sur le site du théâtre, vous verrez une vidéo avec des extraits du spectacle (qui est beaucoup mieux en intégralité donc ne vous y fiez pas trop quand même !).
Tarif réduit pour les moins de 30 ans (yeah !).
Jusqu’au 20 février 2010.










