Les grands maîtres espagnols à l’honneur au musée Jacquemart-André
Ce matin, et malgré le petit bout d’intoxication alimentaire dont, comme Uwe, je souffre un peu aussi (ne me parlez pas de bouffe !), je me suis rendue au vernissage de la nouvelle exposition du musée Jacquemart-André: Du Greco à Dalí : les grands maîtres espagnols de la collection Pérez Simón.
Cette exposition – qui sera présentée à Québec à l’automne 2010 – est réalisée en coproduction entre le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée Jacquemart-André. Nous sont présentés 50 œuvres et plus de 25 maîtres, réunis par le goût raffiné d’un grand collectionneur, qui présentent un panorama de la création artistique en Espagne au cours des quatre derniers siècles.
Le collection en question, c’est celle de Juan Antonio Pérez Simón, un important homme d’affaires mexicain d’origine espagnole et une personnalité reconnue dans le monde des collectionneurs. Depuis les années 1970, sa passion pour l’art et son goût pour la culture l’ont incité à réunir une collection exceptionnelle : peintures, sculptures, dessins, gravures, objets d’art décoratif, manuscrits, mais aussi une bibliothèque de plus de cinquante mille volumes. Cette collection, connue dans le monde entier, est l’une des plus importantes d’Amérique Latine par son caractère exhaustif ainsi que par la notoriété des artistes représentés. Amateur des grandes écoles européennes, les tableaux présentés au Musée Jacquemart-André représentent la partie hispanique de sa collection, la moins connue du grand public.
L’expo se construit autour d’un parcours thématique dans lequel chaque étape est l’occasion de confrontations inédites entre des œuvres de siècles différents: « Terres d’Espagne », « Une peinture tournée vers Dieu », « Portraits d’enfants », « Entre terre et mer », « Le corps féminin », « Portraits de femme » et « Les créateurs du monde moderne ».
Ces grands thèmes permettent de souligner les traditions et les ruptures qui ont fait le succès de l’école espagnole:
* On découvre le siècle d’or de la peinture sacrée avec les œuvres du Greco, de Jusepe de Ribera et de Bartolomé Estéban Murillo et l’on plonge au cœur des différents visages de l’art de la réforme catholique. Les artistes, souvent influencés par la pensée mystique, traduisent un monde aspirant à la gloire céleste par de saisissants effets de clair-obscur. Puis le ténébrisme laisse place aux peintures lumineuses de Murillo, maître du baroque espagnol, qui a laissé à Séville de nombreux disciples.
* À cet art religieux répond un art profane dominé par les grands portraits de cour et la finesse d’un Goya. Grands collectionneurs férus d’art italien et flamand, les monarques espagnols ont néanmoins confié à des peintres espagnols la réalisation de leurs portraits. De Sánchez Coello à Goya, on voit que les artistes mêlent intimement l’image du pouvoir à celle de la réalité.
* Par la suite, on se rend compte que l’opposition à l’occupation napoléonienne, la lente émergence d’un état moderne et la découverte des richesses de la civilisation espagnole par l’Europe tout au long du XIXè siècle ont contribué à asseoir le sentiment d’une forte identité nationale. À travers de grandes scènes de fêtes populaires qui s’offrent à nous dès la première salle, on voit que ce mouvement déploie sur la toile toute la beauté des costumes traditionnels et des décors des villes pavoisées. Il développe également un goût pour les sujets intimes, jeux de plage, jardins et vie de famille. Joaquin Sorolla est le maître incontesté de ces scènes dédiées aux bonheurs simples: des couleurs vives, fortes et éclatantes illuminent ses toiles.
* Les dernières salles de l’exposition sont, quant à elles, dédiées à la Modernité dans la peinture espagnole. On voit que le traitement de la lumière devient le maître mot des héritiers de Sorolla. Quant à celui de la couleur, il subit l’influence de l’impressionnisme français. L’exposition s’achève avec ces grands maîtres espagnols qui ont révolutionné l’art occidental, que ce soit Pablo Picasso, Juan Gris, Joan Miró ou Salvador Dalí. Une riche sélection d’œuvres graphiques et picturales de ces artistes offre un aperçu intéressant de cette évolution jusqu’à Tàpies.
Un petit tour en images ?















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Comme à chaque fois au musée Jacquemart-André, il s’agit ici d’une petite exposition, une cinquantaine d’œuvres seulement sont présentées à travers 8 salles pas très grandes et plutôt confinées. En revanche, en comparant aux dernières expositions que j’ai pu y voir (primitifs flamands et italiens), les toiles sont globalement bien plus grandes et plus espacées, beaucoup mieux éclairées et on y voit clair. Ce qui fait que même s’il y a foule quand vous souhaiterez vous y rendre (ce qui est systématiquement le cas pour les expos du musée JA), vous n’aurez pas trop de mal à bien regarder les œuvres. Y’a du progrès ! Pour le reste, j’ai trouvé l’expo assez intéressante, mais en toute honnêteté, je ne sais pas si ça aurait été autant le cas si je n’avais pas eu la chance d’assister à une visite guidée par les commissaires de l’exposition eux-mêmes (qui savent très bien nous faire partager leur passion, évidemment !). En tout cas, c’est plutôt instructif, puisque mis à part quelques peintres très célèbres (El Greco, Murillo, Dalí, Picasso, Miró…), les œuvres exposées ne sont pas spécialement connues (en tout cas, je ne les connaissais pas !). Une bonne occasion de les découvrir donc, tout en explorant une sorte de mini-panorama de l’évolution de la peinture espagnole au fil des siècles.
Ah et n’oubliez pas, comme d’habitude, vous pouvez télécharger gratuitement sur le site du musée la visite commentée au format MP3 mais en plus, comme pour l’expo précédente, a été mise en place une appli iPhone téléchargeable sur l’App Store (1€59). Comme pour l’appli Munch il y a quelques semaines, le principe est le même, il s’agit d’un vrai guide de visite avec vidéo de présentation, une intro, des bonus audios et surtout la possibilité de refaire la visite guidée à la maison (puisqu’en même temps que le commentaire audio, vous avez aussi l’image de l’œuvre qui apparait). Sinon, quoi qu’il arrive un audio-guide présentant une vingtaine d’œuvres majeures est remis gratuitement à chaque visiteur. Excellente initiative, et bien trop rare, malheureusement !
C’est où ?
Du Greco à Dalí : les grands maîtres espagnols de la collection Pérez Simón
Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann (8è) – M° Miromesnil
Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h, nocturne le lundi jusqu’à 21h30.
Tarifs: 10€/7€50. Audioguide gratuit.
Du 12 mars au 1er août 2010.
« Tournages, Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939 » à la Cinémathèque (+2 entrées à gagner)
Hier matin, j’ai eu la chance de me rendre au vernissage de la toute nouvelle exposition proposée par la Cinémathèque française: Tournages, Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939 qui nous propose de découvrir pas moins de 200 photographies rares de tournages dans lesquelles on reconnaît acteurs et metteurs en scène, maîtres du cinéma comptant parmi les grandes signatures des années 1910, 1920 et 1930 qui ont travaillé dans les studios allemands, français et américains. Dans d’autres photos, c’est l’envers du décor qui nous est montré, l’artifice des studios est révélée et les secrets techniques des usines à rêves dévoilés.
A l’origine du projet, 2 collections de photos: celle de la Cinémathèque qui contient 500.000 clichés et la collection privée d’un grand cinéphile (le collectionneur Gabriel Depierre) composée de quelque 150.000 images, sélectionnées à la fois pour leur qualité exceptionnelle (ce ne sont pas des photographies qu’on a l’habitude de voir !) mais surtout pour les précieuses informations qu’elles donnent sur cette période très intéressante dans l’histoire du cinéma.



Époque passionnante en effet, puisqu’entre 1910 et 1939, le cinéma connait une série de mutations spectaculaires à de multiples degrés avec par exemple…
* Des progrès techniques sur la caméra elle-même avec le passage de la caméra de bois à manivelle à la caméra électrique et insonorisée.
* L’émergence des premiers studios, ces théâtres de prose entièrement vitrés (comme les studios Gaumont en 1929 rue de la Villette ou les studios Pathé en 1910 à Vincennes) pour mieux capter la lumière… C’est d’ailleurs à ce moment là que les américains choisissent la vallée de Hollywood comme lieu de tournage idéal parce qu’elle leur garantit 350 jours de soleil par an !
* La progression dans l’utilisation de la lumière: on passe du cinématographe où seule la lumière naturelle est utilisée (ce qui fait qu’on ne tourne qu’aux beaux jours) aux lampes à arcs et groupes électrogènes, aux lampes à tubes de mercure, aux spotlight, bowl lamps…
… et dans celle du son: on passe de l’art muet à des films parlants qui allient le son et la parole à la créativité et à l’audace du cinéma muet !
* Le goût des premiers décorateurs, où comment passer du trompe-l’œil des premiers films à la démesure Hollywoodienne de Griffith ou Stroheim, à l’univers discordant en Allemagne grâce à l’expressionnisme et à la Nouvelle Objectivité ou au choix d’architectes et peintres de renom en France…
* Le changement dans la direction d’acteurs… Au temps du muet, les réalisateurs dirigeaient les acteurs à voix haute en indiquant gestes, regards et émotions à adopter ! Avec le passage au cinéma parlant, de nouvelles solutions ont été trouvées obligeant à une rare synergie cinéaste-acteur comme dans les couples Sternberg/Dietrich ou Capra/Stewart !




En plus de toutes ces explications assez techniques, l’exposition comporte également plusieurs panneaux (dans les tons blancs pour bien se dégager des autres, sur fond noir, comme vous le voyez ci-dessus) sur les grands cinéastes de l’époque: Murnau (grand maître de l’ombre et de la lumière, héritier de l’expressionnisme allemand), Cecil B. De Mille (l’un des réalisateurs les plus éclectiques de sa génération avec au compteur films historiques et bibliques, comédies, drames, films inclassables…), René Clair, Abel Gance & Jean Renoir, les grands maîtres du Cinéma Français à l’époque, mais aussi Ernst Lubitsch, Fritz Lang, King Vidor, Eric Von Stroheim…
Un petit bout de mur de l’expo est plus ou moins consacré aux artistes du cinéma burlesque de l’époque que l’on observe en train de s’amuser à s’emparer de la technique pour la tourner en dérision. Cette partie n’a pas vraiment d’intérêt mais les photos qui y sont montrées sont vraiment intéressantes à découvrir.



J’ai également apprécié les quelques photos qui montrent la cohésion et la complicité des équipes sur les tournages illustrant le fait qu’au début le cinéma était une aventure solitaire (ce que l’on voit particulièrement bien dans les premiers films de Méliès où il faisait presque tout de A à Z), mais qu’il est très vite devenu une affaire d’équipes (les réalisateurs/acteurs ne sont rien sans les techniciens et vice-versa). On y voit aussi des photos de groupes réunissant des amis comme celle-ci, très chouette, où l’on voit (entre autres) Chaplin, Douglas Fairbanks, Eric Von Stroheim, Lubitsch… à Hollywood en 1925.

Les photos des tournages des années 20 et 30 atteignent un summum esthétique inégalé et la toute dernière partie de l’exposition en est la parfaite illustration à travers une série de beaux clichés d’acteurs très célèbres de l’époque (et pour rester dans le thème, on les voit en train de s’amuser à se faire photographier à côté d’objets techniques, caméras, micros, spots, grues…) dont il est vraiment agréable de retrouver les portraits: Ingrid Bergman, Fred Astaire (quelle classe folle !), John Wayne, Clark Gable….







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Tournages, Paris-Berlin-Hollywood est donc une assez petite exposition (4-5 petites salles et quelques couloirs) mais qui nous propose une balade très sympa au milieu de tout cet univers de studios et de plateaux de tournages, à une époque où Paris, Berlin et Hollywood étaient les capitales les plus importantes du cinéma. Je l’ai trouvée vraiment très instructive, j’ai appris beaucoup, notamment au niveau technique, sur la façon de faire du cinéma à cette époque. Il y a de nombreux panneaux explicatifs thématiques qui résument plutôt bien ce qu’il faut savoir et près de chaque photo, on trouve également un cartel expliquant globalement ce qu’on voit et ce qu’il y a à comprendre. Ceci dit, je trouve que l’exposition a un peu de mal à trouver le juste milieu concernant les explications qui se veulent très techniques mais restent finalement assez superficielles. C’est très intéressant mais j’aurais aimé que ça aille un peu plus loin encore ! Idem en ce qui concerne les grandes réalisateurs de l’époque -tous ultra célèbres comme vous avez pu le voir- où j’aurais apprécié un petit complément d’infos, en plus des grandes lignes et des évidences…
Attention, en revanche, si vous vous attendiez à une expo glamour avec des photos de stars, car ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit dans Tournages, Paris-Berlin-Hollywood. Les images exposées ici sont avant tout utilisées pour servir et illustrer le propos, qui est assez souvent technique (presque majoritairement même). Je la recommande donc plus aux cinéphiles avertis qu’aux personnes qui auraient juste envie de voir de jolies photos de tournages de l’époque ! Pour tout vous dire, je me considère comme cinéphile (enfin il faut relativiser, disons je ne me sens pas complètement ignare dans ce domaine !) et pourtant, je me suis sentie larguée pour reconnaître un bon nombre d’acteurs et gens du cinéma (sans tricher en regardant sur les panneaux en dessous, évidemment roh !) sur au moins la moitié des encarts ! Donc, en gros, si vous êtes cinéphiles et que vous voulez en savoir plus sur cette époque et vraiment apprendre quelque chose (d’un point de vue technique avant tout), surtout n’hésitez pas ! Mais n’y allez pas en prenant cette expo pour ce qu’elle n’est pas, vous risqueriez d’être déçus.
Autour de l’exposition, la Cinémathèque propose chaque jour, des films ou rétrospectives pour (re)voir certaines des œuvres présentées dans l’expo. Du 10 mars au 31 mai, on redécouvrira ainsi des films signés Ernst Lubitsch, Josef Von Sternberg, King Vidor, Erich von Stroheim, Jean Renoir, Fritz Lang… Au programme (entre autres): Loulou de Georg Wilhelm Pabst, Nana de Renoir, L’Ange Bleu de Josef Von Sternberg, Furie de Fritz Lang, Sous les toits de Paris de René Clair, Sur les ailes de la danse de Georg Stevens (Swing Time en V.O pour ceux qui connaissent, avec Fred & Ginger ♥)… Programme complet ici. Il y aura 3 autres rétrospectives monographiques qui rappelleront le parcours singulier de deux réalisateurs (Julien Duvivier et Robert Siodmack) et d’une actrice (Pola Negri) qui voyagèrent entre l’Allemagne, la France et Hollywood durant leur carrière. Il y aura aussi quelques conférences dont vous pouvez trouver le programme ici.
C’est où ?
Tournages, Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
Cinémathèque Française
51, rue de Bercy (12è) – M° Bercy
Ouvert du lundi au samedi de 12h à 19h et le dimanche de 10h à 20 h. Fermé le mardi et le 1er mai.
Du 10 mars au 1er août 2010.
Tarifs: Billet Exposition + musée plein tarif : 5€. Tarif réduit : 4€. Moins de 18 ans : 2,50€.
Forfait expo + Musée + film : 7€. Gratuit le dimanche matin de 10h à 13h.
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Je vous propose également de gagner 1 lot de 2 invitations valable pour toute la durée de l’exposition. Il vous suffit pour cela de me laisser un commentaire me disant que ça vous intéresse (oui, tout bêtement !) avant dimanche prochain (le 14 mars) à minuit. Puis, j’effectuerai un tirage au sort pour désigner la personne qui remportera les 2 places. Voilou !
La « Sainte Russie » à l’honneur au Louvre (+ résultat du concours Kusmi Tea)
Dans le cadre de l’année France-Russie, j’ai eu le plaisir d’assister ce matin au vernissage de l’exposition « Sainte-Russie – L’art russe, des origines à Pierre le Grand » au Louvre, une expo exceptionnelle consacrée à l’art russe ancien qui nous offre un panorama de l’histoire de la Russie chrétienne, du IXè au XVIIIè siècle, des origines à Pierre le Grand. L’exposition présente plus de quatre cents œuvres, pour la plupart n’ayant jamais voyagé à l’étranger (sculptures, mosaïques, icônes, œuvres d’orfèvrerie, instruments liturgiques et broderies, manuscrits…), du Xè siècle au règne de Pierre le Grand (1682-1725), en rendant compte de l’art sacré orthodoxe, de ses composantes et de ses liens avec Byzance et l’Occident médiéval.
Le parcours est chronologique et explore toute l’histoire de la Russie ancienne. Tout commence avec l’apparition des « Rous » avec les rivalités et luttes d’influence entre Latins, Vikings et Byzantins. Puis surviennent les premières conversions dans la Rous’ de Kiev, qui aboutissent au célèbre « baptême » du prince Vladimir en 988. La Rous’ devient alors définitivement chrétienne et reprend le modèle ecclésiastique de Constantinople.
Vient alors le premier âge d’or et l’art chrétien s’épanouit à Kiev, à Tchernigov, à Novgorod, à Pskov, à Vladimir, à Souzdal… hésitant alors encore prépondérance byzantine et tentation de l’Occident latin. L’une des plus belles illustrations de cela réside dans les magnifiques Portes d’or de Souzdal (sans doute l’une des plus belles pièces de l’expo à mes yeux) qui montrent comment une technique romane et une iconographie byzantine peuvent se fondre pour créer une œuvre totalement nouvelle et novatrice.

Portes d'or de la cathédrale de la Nativité de la vierge à Souzdal © Musées d’État de Vladimir-Souzdal, Souzdal
Après la coupure introduite au XIIIè siècle par l’invasion et la domination mongole, l’art chrétien renaît dans toute sa splendeur dans les grands centres de la Russie médiévale aux XIVè et XVè siècles, accompagné par un dynamisme monastique sans précédent. Au début du XIVè siècle, la carte des pays russes se présente comme une mosaïque de principautés de tailles très inégales. L’une des plus puissantes est Novgorod, au nord-ouest de l’ancienne Rous’, dont le pouvoir s’étend jusqu’à la mer Blanche et en direction de l’Oural. Comme dans la plupart des autres grands centres de la Russie médiévale, une école architecturale et artistique locale s’y épanouit, stimulée par les largesses des élites et la puissance des archevêques, et fournit des œuvres particulièrement splendides comme le Saint Georges à cheval ci-dessous.
Peu à peu, on constate l’émergence de Moscou qui commence sous le règne de Basile II (1425-1462), où la transmission du pouvoir grand-princier du père au fils aîné s’impose. Ivan III (1462-1505) poursuit le « rassemblement des terres russes », annexant les principautés de Rostov, Novgorod et Tver. Dès 1485, Ivan III se proclame « souverain de toute la Rous’ » et le terme « autocrate » commence à être utilisé. En 1498, il organise le premier couronnement russe au bénéfice de son petit-fils Dimitri, reproduisant l’investiture d’un héritier du trône byzantin. Cet essor de Moscou s’accompagne de celui de l’art d’André Roublev, mais aussi du rayonnement des ateliers d’orfèvres, signifiant un tournant esthétique et spirituel dans la peinture russe.
Au XVIè siècle, Moscou, qui se proclame « Troisième Rome », inaugure sous les règnes de Basile III et surtout d’Ivan IV (mieux connu sous le nom d’Ivan le Terrible, premier tsar-autocrate de Russie) un nouvel âge d’or de l’art russe, qui culmine avec le couronnement d’Ivan le Terrible en 1547 et avec l’avènement du Patriarcat de Moscou en 1589. Dès la fin du XVè siècle, les ateliers du Kremlin rassemblent les meilleurs artistes de Russie auxquels se joignent monnayeurs, armuriers et orfèvres étrangers, principalement allemands, anglais ou hollandais. Tous travaillent à la gloire du souverain et de l’Eglise. Ainsi naît un art de cour singulier qui concilie la tradition et les innovations techniques et décoratives issues de la Renaissance.
Enfin, après une période de troubles au début du XVIIè siècle, l’accession au trône de Michel 1er Romanov marque la restauration de l’État et la seconde moitié du siècle -sous les règnes d’Alexis I (1645-1676) et de son fils Feodor (1676-1682)- est marquée par l’expansion de la Russie vers l’ouest et en direction du Pacifique (atteint dès 1647). Cette période correspond aussi à un temps de transformation des institutions mais également de fracture, avec le schisme des vieux-croyants engendré par les réformes du patriarche Nikon. En même temps, s’opère une inexorable occidentalisation des formes artistiques et des changements radicaux aux niveaux politique et esthétique. C’est à cette époque que l’art du portrait fait son apparition et l’exposition se termine d’ailleurs par deux portraits emblématiques de cette époque: celui de Feodor III Romanov (ci-dessous) représenté en habit de cour dans un hiératisme quasi oriental et celui de son demi-frère Pierre Le Grand, campé en armure par un peintre britannique dans la tradition occidentale du XVIIè siècle.
L’exposition montre donc que, depuis le milieu du XVIIè siècle, une occidentalisation progressive se fait timidement jour, mais c’est Pierre le Grand qui finira par l’imposer à tout le pays par une série de réformes radicales de l’armée, de l’État et de la société. Le patriarcat lui-même, dont le trône est laissé vacant depuis la mort du patriarche Adrien en 1700, est supprimé de fait en 1721 et remplacé par un Saint-Synode, placé sous le contrôle de l’État. Enfin, en 1703, la fondation de Saint-Pétersbourg, un port ouvert sur la Baltique (qui devient en 1712 la capitale), scelle l’orientation de la Russie vers l’Europe. C’est la naissance de la Russie moderne !
Comme vous pouvez le constater, « Sainte Russie » est une expo très riche, les objets présentés sont pour la plupart exceptionnels (très peu vus ailleurs qu’en Russie), incontournables et splendides ! Et je ne dis pas ça uniquement parce que l’histoire de ce pays me passionne ! La scénographie est magnifique, toutes les œuvres sont très bien agencées, l’éclairage est superbe et rien que pour ça, je vous la conseille. Comme toujours pour les expos du Louvre, je vous recommande de garder patience car évidemment, peu importe le moment où vous irez, ce sera blindé de vieux de monde, mais ça vaut le coup, sincèrement ! Et enfin une expo où l’on n’est pas forcés de louer un audio-guide pour tout comprendre. Ouf, ça fait du bien ! Ici l’audio-guide est utile évidemment, mais pas indispensable, c’est un complément pour approfondir notre désir de connaissance sur des œuvres précises. A côté de ça, l’expo est très pédagogique et instructive, chaque objet (ou presque) est accompagné d’un encart explicatif, et autour des grands panneaux didactiques, s’articule un certain nombre d’œuvres présentes comme pour illustrer le propos. Merci le Louvre ! En bref, une très belle expo, à ne surtout pas manquer ! Et je ne pouvais pas repartir sans le kilo de magazines habituels… évidemment !
C’est où ?
« Sainte Russie – L’art russe, des origines à Pierre le Grand »
Musée du Louvre / Hall Napoléon, sous la pyramide
99, rue de Rivoli (1er) – M° Palais Royal – Musée du Louvre
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h à 18h (jusqu’à 20h le samedi et en nocturne jusqu’à 22h les mercredi et vendredi).
Tarif: 11€.
Du 5 mars au 24 mai 2010.
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Pour continuer un peu sur l’année de la Russie, et comme promis dans le titre, je vous annonce aujourd’hui le résultat du concours Kusmi Tea, mis en ligne ici la semaine dernière. Vous avez été nombreuses à participer, et une fois de plus, je vous remercie pour tous vos très chouettes commentaires.
Après tirage au sort (vous étiez trop nombreuses, je n’ai pas pu faire autrement !), j’ai le plaisir de vous annoncer que c’est Blandine qui remporte la boîte de thé Anastasia en édition limitée ! Donc, Blandine, envoie-moi tes coordonnées postales par mail au plus vite afin de pouvoir goûter ce délicieux nectar !
Encore merci à toutes et n’oubliez pas que j’organiserai d’autres concours pour vous faire gagner des boîtes de thé des Matriochkas -Prince Wladimir et Troïka- à l’approche des deux prochaines Nuits Slaves organisées par Kusmi Tea.
« C’est la vie ! » – Les Vanités en lumière au Musée Maillol
Depuis quelques semaines, le musée Maillol propose une exposition au parcours original semé de crânes qui invite au dialogue entre modernes, anciens et contemporains. « C’est la vie ! » – Vanités de Caravage à Damien Hirst regroupe 160 œuvres, peintures, sculptures, photos ou bijoux et a pour ambition d’illustrer l’évolution des Vanités dans l’histoire de l’art.

Si le terme « vanité » désigne au sens strict les natures mortes qui ont prospéré à l’époque baroque particulièrement en Europe du Nord, il s’étend également à toute composition allégorique qui suggère que l’existence terrestre est vide, vaine et fugace et que la vie humaine est précaire et n’a que peu d’importance face à l’inéluctabilité de la mort. L’idée, c’est que l’image du crâne ou du sablier qui figure le temps qui passe, confrontent brutalement le spectateur à son destin et le poussent à la réflexion.
Une place de choix est accordée aux artistes contemporains (quasiment toute l’exposition en fait), le parcours est chronologique mais à rebours et l’on commence avec le début du XXIè siècle, où le crâne est partout, sur les vêtements, les bijoux, les pubs ou même les jouets. Dans la première salle, une place importante est consacrée à plusieurs œuvres de Damien Hirst (un artiste très médiatique et controversé) qui sont vraiment incroyables et atypiques notamment the Death of God, the fear of Death (avec mouches et résine) et For the Love of God, Laugh. D’autres artistes méritent aussi qu’on s’y arrête: on trouve quelques œuvres de Keith Haring, Basquiat et Andy Warhol, des compositions très étonnantes comme le gants-tête d’Annette Messager, la lionne et le chasseur de Daniel Spoerri (1988) ou encore une œuvre issue de la série Mickey is also a rat de Nicolas Rubinstein (ci-dessous).



On poursuit la visite au second étage (oui, c’est original !), toujours parmi des artistes contemporains qui déclinent la tête de mort à toutes les sauces, en ailes de coléoptères (comme l’œuvre de Jan Fabre… qu’on voit ci-dessus), en paquets de Gauloises (Serena Carone) ou sculptées dans des fruits et légumes (Dimitri Tsykalov)…
On redescend au 1er étage, pour la fin de l’exposition, où sont concentrés modernes et classiques. L’atmosphère dans les 2-3 salles consacrées aux Modernes est beaucoup moins atypique puisqu’y figurent quelques vanités de peintres très connus du XXè siècle (Nadar, Buffet Cézanne, Picasso, Buffet) qui intégraient des crânes dans leurs natures mortes.


Chez les classiques, enfin, les tableaux sont bien plus sobres. On trouve des choses assez intéressantes comme l’œuvre la plus ancienne de l’expo qui est une petite mosaïque qui couvrait une table de Pompéi avec un crâne symbolisant le corps et un papillon symbolisant l’âme, posés sur la roue de la vie. Sont exposés ensuite de nombreux tableaux classiques entremêlés de bijoux et de travaux de contemporains comme cette œuvre de Cindy Sherman exposée à côté d’une toile de 1650. Quel contraste ! Dans une salle un peu isolée, une œuvre de Boltanski retient l’attention: un très beau théâtre d’ombres qui s’impose à nous de façon énigmatique (comme vous pouvez le voir ci-dessous).

La dernière salle confronte trois magnifiques vanités du XVIIe siècle, trois Saint François en clair obscur tenant un crâne dans ses mains: renversé en arrière, les yeux pleins de folie chez Georges De la Tour (Extase de Saint François), pleins de passion chez le Caravage (Saint François en méditation) et plein de douleur chez Zurbaran (Saint François agenouillé).
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Les Vanités font partie de ces tableaux que je préfère dans l’histoire de l’Art occidentale et on ne peut pas nier que le musée Maillol ait fait l’effort d’en réunir un certain nombre, de toutes les époques et de tous les styles, même si ce ne sont pas des œuvres réellement majeures. On pourrait aussi reprocher le fait que le musée se soit focalisé presque exclusivement sur les crânes alors qu’on aurait souhaité voir plus d’objets symboles du temps qui passe (sabliers, etc…). Mais globalement, rien à redire sur les œuvres en elles-mêmes, car la plupart sont assez intrigantes et intéressantes.
En revanche, je n’étais pas retournée au musée Maillol depuis l’expo sur Séraphine l’année dernière et force est de constater que les choses ont bien changé. Pour cette expo, j’ai eu comme l’impression que c’était du pigeonnage de A à Z, et c’est extrêmement désagréable… Évidemment je sais que c’est aussi le cas dans de nombreux autres musées (il n’y a pas que le musée Maillol, hein, j’en suis bien consciente) mais j’ai comme l’impression que c’est de pire en pire. Déjà le prix du billet d’entrée de l’expo est prohibitif: 11€ quand même, alors qu’il y a finalement peu de salles et pas énormément d’œuvres. Le prix de l’audio-guide est lui aussi carrément abusif: 4€50 !! Et si vous souhaitez faire une visite guidée (avec un guide conférencier), l’entrée est non seulement plus chère (logique) mais vous devrez en plus payer la location du casque pour la modique somme de 2€50… Et puis quoi encore, 100 balles et un mars ?!
Après, vous me direz que l’audio-guide n’est pas obligatoire pour visiter une exposition mais je vous souhaite bien du courage pour comprendre et appréhender la plupart des œuvres de « C’est la vie ! » sans vous en être procuré un ou sans, au minimum, avoir compulsé le catalogue ou autre hors-série. Il n’y a quasiment pas de panneau explicatif, absolument aucune pédagogie, rien n’est expliqué, ni le pourquoi des choix du musée, ni le sens des œuvres, ni les raisons pour lesquelles telle une est exposée près de telle autre, ni le pourquoi du comment de l’évolution des Vanités dans l’histoire de l’art… Je vais au musée Maillol depuis de nombreuses années maintenant et j’ai constaté, à regret, qu’ils ne proposaient même plus de brochure gratuite à l’entrée. C’est vraiment du grand n’importe quoi!
En bref, une exposition intéressante dans l’absolu mais qui se contrefout totalement de ses visiteurs. Chapeau…
C’est où ?
« C’est la Vie » – Vanités de Caravage à Damien Hirst
Musée Maillol
61, rue de Grenelle (7è) – M° Rue du Bac
Ouvert tous les jours (sauf mardi et jours fériés) de 10h30 à 19h.
Tarifs: 11€/9€
Jusqu’au 28 juin 2010.
« L’Impossible Photographie, prisons parisiennes (1851-2010) » au Musée Carnavalet
Avec « L’Impossible Photographie, prisons parisiennes (1851-2010) », le musée Carnavalet nous propose une exposition de 340 photographies inédites réalisées dans les prisons de la capitale, de 1851 à nos jours. Cette sélection est l’aboutissement d’un inventaire général de 3800 images, effectué par les commissaires de l’exposition auprès d’institutions (musées, bibliothèques, archives, agences de presse…) et de collectionneurs privés.
C’est la première fois qu’une exposition se penche et traite en profondeur un ensemble de photographies réalisées dans l’univers carcéral parisien. Un sujet original, donc, pour la nouvelle exposition du musée de l’histoire de Paris avec des photos qui font parfois froid dans le dos, datant des XIXè et XXè siècles principalement et qui nous montrent la réalité des prisons de la ville mais aussi les multiples visages de cet univers.
Les photographies sont présentées a côté de textes littéraires et de films d’archives, et complétées par des créations contemporaines réalisées à l’initiative du musée : trois reportages photographiques signés Jacqueline Salmon, Michel Séméniako et Mathieu Pernot, effectués entre 2008 et 2009 à la prison de Paris – La Santé, avec l’accord et le concours de l’Administration pénitentiaire. Ces témoignages exceptionnels et récents sur la dernière prison parisienne encore en activité sont accompagnés de deux commandes littéraires inédites (une pièce sonore d’Olivia Rosenthal et un texte de Jane Sautière ainsi qu’une installation audiovisuelle réalisée par Anne Toussaint et Kamel Regaya, de l’atelier audiovisuel de la prison de la Santé).
« L’Impossible Photographie, prisons parisiennes (1851-2010) » est une petite expo, mais vraiment intéressante et atypique dans le sens où elle propose une vision unique sur le passé et le présent des prisons et permet de s’interroger sur le regard que portent la société et les photographes sur les lieux de détention. L’expo nous amène aussi à mesurer l’écart entre ce que l’on sait ou ce que l’on imagine et ce que la photographie restitue de l’univers carcéral.
Et on apprend plein de choses sur ces prisons de la capitale parfois oubliées ou méconnues : La Force, la Grande et Petite Roquette, Saint-Lazare, Sainte-Pélagie, Mazas, L’Abbaye, le Cherche-Midi, l’Hôtel des Haricots, etc. Les amoureux de la capitale vont se régaler !
C’est où ?
« L’Impossible Photographie, prisons parisiennes (1851-2010) »
Musée Carnavalet
23, rue Sévigné (3è) – M° Saint-Paul
Jusqu’au 4 juillet 2010.
Ouvert tous les jours (sauf le lundi et les jours fériés) de 10h à 18h.
Tarifs: 7€/5€/3€50



















