Culture

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Bilan des expos de la semaine: de la Russie à Singapour

Encore deux expos vues cette semaine dont je n’ai pas eu le temps de vous parler ici: « La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov » au Musée de la Vie Romantique et « Baba Bling – Signes intérieurs de richesse à Singapour » au Musée du Quai Branly.

Pour commencer quelques mots sur la toute nouvelle exposition proposée par le musée de la Vie Romantique: « La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov », qui m’a beaucoup déçue. Et pourtant, rien que le titre avait de quoi m’affoler et me donner envie de m’y précipiter (suis passionnée par la culture russe, j’vous le rappelle !). L’affiche nous dit qu’il s’agit d’une sélection d’œuvres du romantisme russe présentée pour la première fois à Paris. L’expo nous propose 80 peintures et dessins, sculptures et objets d’art prêtés exceptionnellement par la galerie nationale Tretiakov de Moscou (musée national fondé en 1856 à Moscou par Pavel Tretiakov, un industriel et mécène d’exception). Ces œuvres témoignent de la puissance impériale retrouvée après les dramatiques campagnes napoléoniennes, lorsque le tsar Alexandre Ier puis son frère Nicolas Ier prônent une identité nationale féconde, qui puise ses racines bien au-delà de l’emblématique anneau d’or. Ainsi s’est immortalisée une Russie romantique aux chefs-d’œuvre intemporels, traduite ici par d’éclatants portraits signés Karl et Alexandre Brioullov, Kiprensky ou Sokolov, des paysages sourds de Vorobiev et Ivanov, de poétiques intérieurs de Tikhobrazov et Antonov, des trompe-l’œil et bas-reliefs de Fedor Tolstoï.

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Sur le papier, il y avait donc largement de quoi se réjouir non ? Et pourtant, cette expo m’a franchement déçue car même si les œuvres présentées sont loin d’être dénuées d’intérêt (particulièrement si l’on s’intéresse un peu à la culture russe, ne nous le cachons pas), on n’apprend pas grand chose si ce n’est ce que nous explique très brièvement le seul et unique panneau situé dans la première salle: ce sont là les premiers tableaux russes qui ne sont pas des œuvres religieuses (mais si vous aviez vu l’exposition « Sainte-Russie » au Louvre -dont je vous parlais ici il y a quelques mois-, c’était très bien expliqué) et qu’ils s’inscrivent dans une période de renouveau, au même titre que les écrits de Gogol, Pouchkine ou Lermontov. Et c’est tout ? Et oui. Une expo qui laisse sur sa faim donc, j’étais venue chercher quelque chose que je n’ai pas trouvé.

Galerie Tretiakov, Moscou

Durant le parcours, on a parfois du mal à comprendre la cohérence de l’ensemble, on s’amuse (façon de parler) à chercher un sens, un thème, une chronologie dans chaque salle, à essayer de deviner ce qui se cache derrière la présence de telle ou telle œuvre… mais rien ne nous est donné. Rien. Alors, certes, c’est un petit musée, l’endroit est joli comme tout et a un charme suranné qui raisonne dans chaque craquement de son vieux parquet, le salon de thé est vraiment très agréable MAIS ce n’est pas une excuse pour faire payer un billet d’entrée à 7€ pour voir une exposition où l’on nous donne quelques tableaux et sculptures à voir par ci par là, et basta. Mouais… Je vous avouer que cela m’a laissée perplexe et même si j’aime bien ce musée pour tout un tas de raisons, je trouve ça un peu fort. Après, si vous souhaitez aller y faire un tour, je peux le comprendre mais au moins, vous serez prévenus !

C’est où ?
« La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov »
Musée de la Vie Romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16, rue Chaptal (9è) – M° Saint-Georges ou Pigalle.
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h.
Jusqu’au 16 janvier 2011.
Tarifs: 7€ / 5€ / 3€
Site du musée.

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Autre expo visitée cette semaine: « Baba Bling signes intérieurs de richesse à Singapour » (et en Malaisie) au musée du Quai Branly. Une très jolie exposition dès lors qu’on s’intéresse aux arts décoratifs ET qu’on est curieux de tous les p’tits détails de la vie quotidienne de cultures qui n’ont rien en commun avec la nôtre.

L’exposition nous emmène donc à la rencontre d’une communauté d’immigrés qui a créé une culture unique en laissant sa propre culture d’origine s’imprégner des influences, coutumes et croyances de leur pays d’adoption. C’est vraiment très intéressant ! A Singapour, le terme « Baba » désigne un « homme chinois » et, par extension, les descendants des communautés chinoises qui se sont intégrées dès le XIVè siècle dans le sud est asiatique et qui ont incorporé au fil des siècles de nombreux aspects de la culture malaise dans leur culture d’origine (pour info, le « Baba » désigne aussi le chef de famille qui a intégré des éléments de la culture européenne, via ses parents et ses grands parents pendant la période coloniale). L’Asie du Sud-Est a été un carrefour commercial qui a attiré de nombreux marchands. Certains d’entre eux s’y installèrent et se marièrent avec des femmes de la population locale. Le terme malais Peranakan – qui signifie « enfant de » ou « né de » – est utilisé pour faire référence aux enfants de ces couples mixtes. Par extension, il désigne les différentes communautés d’immigration ancienne en Asie du Sud-est, qui ont incorporé de nombreux aspects de la culture malaise dans leur culture. Les Peranakan comprennent plusieurs groupes ethniques d’origines indiennes et chinoises.

L’exposition, qui présente la collection unique au monde du musée Peranakan, se concentre sur les Peranakans aux origines chinoises et malaises – les « Baba » donc – qui forment le groupe le plus large. Elle propose un ensemble d’environ 480 pièces de la culture luxueuse et raffinée de ces communautés chinoises implantées à Singapour. Les objets présentés – mobilier, textiles ornés de perles et de broderies, porcelaine… – qui empruntent leurs formes, motifs et couleurs aux cultures chinoises et malaises, marquent l’identité des Peranakan. Ils datent pour la plupart de la fin du XIXè siècle ou du début du XXè siècle. Cette période correspond à un important essor économique ayant permis à de nombreuses familles chinoises de Singapour de s’enrichir. Elle marque ainsi l’apogée des communautés Peranakan qui s’est matérialisée en partie par un art de vivre dont la maison était le cœur et le signe extérieur le plus important. C’est pourquoi le fil directeur choisi pour cette expo est la maison « Baba », témoin le plus concret de l’identité culturelle des « Baba », tant par son architecture ou ses couleurs que par l’agencement des pièces et des objets présentés à l’intérieur.

L’exposition propose un parcours organisé en « period rooms » avec une scénographie originale reposant sur l’évocation et la création d’atmosphères particulières propres à cette culture. En effet, le choix des couleurs (rose et vert notamment), l’aménagement et la décoration des pièces par des mobiliers et objets « métisses » mixant style chinois, européen et malais sont représentatifs du mode de vie des « Baba » et de l’histoire très particulière de cette communauté. Voyez plutôt:

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Visuellement, c’est sublime, plein de vie et de couleurs, la scénographie est bien faite et intelligemment conçue, les objets mis en avant sont intéressants, tout est prétexte à une histoire ou à une tradition, et surtout à l’émerveillement et à la découverte, car on est bien bien loin de notre quotidien occidental ! Et contrairement à l’exposition dont je vous parlais juste au dessus, ici tout est expliqué et avec de multiples détails, en plus. Chaque objet a une signification ou une utilisation précise et des tas d’encarts spécifiques ont été créés pour ne pas nous laisser dans l’obscurité. Après, si vous êtes de gros curieux, vous pouvez aussi télécharger l’audioguide ici (3€) ou le guide iPhone ici (2€99). Mais ça se visite très bien sans aussi. Ouf ! On en apprend donc beaucoup sur une culture singulière et très riche, tout en en prenant plein les yeux. Vous dire que cela donne envie de s’évader en Asie serait un doux euphémisme ! Et si vous avez des enfants, des tas d’animations et d’ateliers ont été imaginés pour eux, ça devrait leur plaire. A voir.

C’est où ?
 » Baba Bling – Signes intérieurs de richesse à Singapour »
Musée du Quai Branly- Galerie Jardin
37, quai Branly (7è) – RER Pont de l’Alma
Ouvert les mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h et les jeudi, vendredi et samedi, de 11h à 21h. Fermé le lundi sauf pendant les vacances scolaires (toutes zones).
Plus d’infos sur le site du musée.
Jusqu’au 30 janvier 2011.

« Brune Blonde » à la Cinémathèque Française

Nouvelle semaine, nouvelles expos, et je commence avec « Brune Blonde » que j’ai eu la chance de pouvoir visiter lundi matin à la Cinémathèque Française.


Rythmée par de nombreuses projections d’extraits de films, l’exposition a pour centre de gravité le cinéma et ses actrices mythiques: cheveux courts ou longs, voilées ou sensuelles, brunes et blondes, sans oublier les rousses qui ne figurent pas dans le titre mais sont représentées visuellement par l’énormissime sculpture d’Alice Anderson, The Isolated Child, que vous ne pourrez pas manquer si vous passez devant le bâtiment !

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♥ Suivant des axes aussi bien esthétiques que thématiques, le parcours se divise en 5 grandes parties:
* Le mythe – Entêtante et obsédante, la chevelure nourrit l’imaginaire des XIXè-XXè siècles, des tableaux de Picabia à ceux de Rossetti, des photos de mode d’Avedon aux lambeaux d’affiche de Rotella, de la « Lana Turner » de Warhol aux auto-portraits de Cindy Sherman, des films de Buñuel à ceux de Lynch. Sur un écran géant décomposé en de multiples petits écrans, la blondeur souveraine, défile comme dans un kaléidoscope affrontant sa brune rivale.
* Histoire & géographie de la chevelure – Le cinéma s’est fait le porte-parole de la blondeur (dont la conception même a évolué dans le cinéma hollywoodien puisqu’on est passé de la blonde reléguée -jusqu’aux années 30- aux rôles d’épouse fidèle à celle de la blonde vamp tentatrice durant les décennies suivantes), mais ce n’est finalement qu’une petite histoire qui découle de la grande. Dès la fin des années 30, Hitler récupère le mythe de la blondeur nordique pour l’utiliser à des fins raciales. Répandu aux États-Unis et en URSS, le modèle de la blonde exclut les minorités de l’imaginaire national: les noires et les latino-américaines en Amérique, les minorités ethniques en Russie. Mais de nos jours, la montée en puissance de nouveaux modèles venus d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine fait tourner le vent de la mode. Dictés par les changements mondiaux, les codes de beauté capillaire finissent par se métisser et affaiblissent le mythe et l’impérialisme de la blondeur.
Émancipations – Des garçonnes des années 20 à la coupe afro des Black Panthers, en passant par la coupe courte de Françoise Sagan reprise au cinéma par Jean Seberg dans Bonjour tristesse, la chevelure a joué un rôle d’étendard dans le refus des femmes d’adhérer à un modèle imposé par le cinéma dominant. La politique du féminisme a été celle du couper-court: à la domination masculine, aux soumissions sociales et politiques, à l’aliénation à un modèle univoque du désir…
* Les gestes de la chevelure – Voiler/dévoiler, relever/lâcher, dénouer, brosser, orner… La gestuelle liée à la chevelure féminine s’inscrit dans une longue tradition iconographique particulièrement riche dans la seconde moitié du XIXè siècle. Des peintres, mais aussi des sculpteurs, l’immortalisent. Dès son avènement, le cinéma s’empare de cette gestuelle et lui insuffle temps et mouvement. Il la rend plus ambigüe et soudain capable de pouvoir suggérer des sentiments contradictoires dans une même image.
Le cabinet photographique dans lequel 3 artistes sont à l’honneur. Certains photographes ont fait de la chevelure féminine une obsession personnelle. Loin de tout naturalisme, Man Ray l’a mise en scène comme une matière tactile, animée d’une vie plastique quasi indépendante. Édouard Boubat a photographié de façon intime la chevelure des femmes de sa vie. Bernard Plossu ne résiste pas à attraper à la volée, si la lumière s’y prête, une femme qui court et dont la chevelure fait signe à sa passion des belles passantes.
* La chevelure au cœur de la fiction (rivales, métamorphose, travestissement, relique…) – Une grande pièce retrace  les 3 scénarios de la chevelure féminine. Le plus classique est la rivalité entre brunes et blondes. Peintres, photographes et cinéastes s’y sont essayés. Il devient dédoublement mystérieux chez Hitchcock et chez Lynch. Le plus troublant est le travestissement et la métamorphose, qui voient les femmes devenir tantôt Méduse, tantôt sorcière, tantôt fleur ou Ophélie flottant dans l’eau. Mais la chevelure peut aussi devenir mortifère, du côté de la relique ou du fétiche, voire des fantômes ou des revenants.
* Vers l’abstraction (cheveu-matière) ou la chevelure comme vecteur de l’émotion à la place du visage: on le voit à travers les chevelures noires en tôles ondulées de Fernand Léger qui renvoient autant au matériau industriel qu’aux toisons opulentes de la grande peinture classique ou dans les cheveux blonds toujours en mouvement de Monica Vitti dans L’avventura d’Antonioni.
– A la fin de l’expo, 6 cinéastes (Abbas Kiarostami, Isild Le Besco, Pablo Trapero, Yousry Nasrallah Nobuhiro Suwa et Abderrahmane Sissako) nous livrent, en exclusivité dans une petite salle de cinéma conçue pour l’occasion, leur vision de la chevelure féminine à travers 6 courts métrages spécialement réalisés pour l’exposition.

♥ On se rend compte à quel point les cinéastes, grands pourvoyeurs d’icônes, ont pu façonner les actrices en inventant des styles qui ont guidé des générations entières: les cheveux courts dans les années 20 (à la Louise Brooks), les chevelures platinées dans les années 30 (à la Jean Harlow), les teintures rousses flamboyantes dans les années 40 (à la Rita Hayworth), les coiffures lâchées à la Brigitte Bardot dans les années 50, les coupes androgynes à la Jean Seberg dans les 60’s, etc… L’expo montre très bien les interactions conscientes et inconscientes que le cinéma entretient avec les autres arts dans la représentation de la beauté et du mystère féminin. Le cinéma ne s’est jamais privé de déployer dans la durée les gestuelles liées à la chevelure, dont de nombreux peintres, sculpteurs et photographes ont immortalisé la grâce. L’exposition propose, du coup, des filiations esthétiques assez inattendues: une peinture pop (I lives for an hour de McDermott & McGough) qui dialogue avec une gouache préraphaélite, des litographes Art Nouveau qui riment avec peinture surréaliste (Paul Delvaux), une sculpture des Danaïdes de Rodin qui fait écho à une série de photographies minimalistes en noir et blanc, etc… On voit aussi la tendance des arts du XXè siècle (dont le cinéma, évidemment) à réinterpréter des figures mythologiques comme Ophélie, la méduse, Mélisande ou Rapunzel.

♥ Et bien, je dois vous avouer que j’ai été particulièrement charmée par cette nouvelle expo présentée à la Cinémathèque Française. Le thème est vraiment passionnant, très riche et j’ai trouvé les angles d’approche choisis plutôt pertinents. La présentation est très complète puisqu’elle met en parallèle le cinéma classique et le cinéma de la marge, le cinéma d’occident et le cinéma d’orient, le cinéma d’hier (Buñuel, Hawks, Antonioni, Bergman…) et le cinéma d’aujourd’hui (Wong Kar-waï, Kiarostami…), etc… La scénographie, magnifique, est vraiment très réussie, ce qui fait qu’on se balade à travers les salles avec beaucoup de plaisir, c’est très agréable ! Les explications sont là, suffisamment fournies pour être intéressantes, mais pas trop, histoire de nous montrer par l’image plutôt que de chercher à nous faire intellectualiser à l’excès tous les éléments fournis. Bref, une jolie exposition où l’on apprend beaucoup, qui donne à voir et à imaginer, qui nous montre de belles œuvres (filmées ou pas) et qui offre une image belle et glamour de la femme, à travers sa chevelure.

♥ Amoureux des femmes, du cinéma ou simples curieux: n’hésitez pas ! Voici quelques images du parcours pour vous donner une idée de ce qui vous attend :

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♥ Dans le même registre, voici une partie de la très chouette programmation de films proposée par la Cinémathèque dans le cadre de cette exposition, où la chevelure est plastiquement ou scénaristiquement présente : Belle de jour de Buñuel, Certains l’aiment chaud de Billy Wilder, Les hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks, Le Mépris de Godard, La Nuit du chasseur de Charles Laughton, Étreintes brisées de Pedro Almodovar, Gilda de Charles Vidor, etc…

Et aussi: un livre co-édité par Skira-Flammarion et la Cinémathèque Française, un cycle de 6 conférences à partir du 11 octobre, un documentaire d’Alain Bergala Brunes et Blondes – La chevelure au cinéma qui sera diffusé sur Arte le 28 novembre à 22h10, un coffret DVD, une programmation spéciale jeune public, …

C’est où ?
« Brune Blonde »
Cinémathèque Française
51, rue de Bercy (12è) – M° Bercy
Ouvert du lundi au samedi de 12h à 19h (nocturne le jeudi jusqu’à 22h), et le dimanche de 10h à 20h. Fermé le mardi.
Tarifs: 8€ / 6€50, forfait expo + film à 10€, etc…
Le site.
Du 6 octobre au 16 janvier 2011.

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Au passage, je vous rappelle aussi que très prochainement auront lieu 2 intéressantes rétrospectives.

* Larry Clark, du 8 au 10 octobre (programme & horaires ici).

* David Lynch, du 13 octobre au 1er novembre (programme & horaires ici).

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Hey, pssst ! Je reviens vous embêter cet après-midi avec un 2è article (oui, encooooore ! bouh).

« Le Technicien » au théâtre du Palais Royal

La semaine dernière, je me suis rendue avec plaisir au très beau théâtre du Palais Royal pour assister à la représentation de la pièce proposée pour la rentrée: « Le Technicien ».

Le pitch ? « Il y a plus de 20 ans, Séverine Chapuis s’est fait plaquer par Jean Pierre son mari, un flamboyant homme d’affaires sans foi ni loi. Abandonnée, sans un sou, Séverine a vaillamment retroussé ses manches et monté une maison d’édition qui aujourd’hui, a le vent en poupe et lui assure un train de vie confortable. Un beau matin, Jean Pierre réapparaît dans le bureau de Séverine. Ce n’est plus un businessman arrogant et cynique mais un homme ruiné, quasi SDF. Il est venu lui demander pardon … et un emploi vu qu’il est chômeur en fin de droits. Séverine décide de lui redonner une chance. Jean Pierre sera technicien … de surface. Autrement dit homme de ménage ! Mettant un mouchoir sur son orgueil, Jean Pierre va enfiler une blouse de travail, manier seau, torchon et balai, accepter toutes les humiliations de Séverine qui va le traiter comme le dernier des larbins. Mais celui-ci n’est pas du genre à se résigner et s’il n’a plus un rond, il ne manque pas de ressources. » (source: site du théâtre du Palais Royal).

Le Technicien est la première pièce que je vois en cette rentrée théâtrale et je dois vous avouer qu’après lecture du pitch et à la vue du casting, je n’en avais pas de très grosses attentes. Et pourtant… c’est une bonne surprise car j’ai passé une soirée théâtre très sympa ! C’est une pièce simple, qui ne révolutionne certes rien et ne rénove pas le genre, mais qui n’est pas prétentieuse et a le mérite de ne pas se prendre pour ce qu’elle n’est pas. C’est déjà beaucoup !

Le Technicien une bonne comédie avec des dialogues souvent drôles et des répliques bien senties, un casting très en forme et tout particulièrement le couple, à la ville comme sur la scène, qui tient le haut de l’affiche: Roland Giraud, excellent comme d’habitude, mais surtout la formidable Maaike Jansen, qui a une énergie incroyable sur scène et m’a tout simplement épatée ! Le texte d’Eric Assous est suffisamment malin pour offrir un petit mélange de 1er et de second degré, compromis idéal pour séduire n’importe quel spectateur ! Les rebondissements sont nombreux et le scénario se suit sans déplaisir, même si la fin est un peu rapide et cousue de fil blanc. La mise en scène de Jean-Luc Moreau est assez bien rythmée et dynamique (même si pas super originale), ce qui fait qu’on a vraiment pas le temps de s’ennuyer. Bref, largement de quoi passer un agréable moment de théâtre grâce à une pièce qui combine à la fois les atouts classiques de la comédie et une galerie de personnages capable de toucher tous les publics.

Merci à Sarah et à En3mots pour ce très sympa moment de théâtre.

C’est où ?
« Le Technicien »
Théâtre du Palais Royal
38, rue de Montpensier (1er) – Pyramides ou Palais Royal-Musée du Louvre.
01 42 97 40 00
Le site du théâtre.

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Stay tuned, je vous propose un autre billet culturel pour cet après-midi ! A tout’ ;)

Du rab d’expos photos ?

Comme promis ce matin, je vous propose un petit billet culturel pour vous présenter non pas 1 mais 2 expos photos de la nouvelle saison culturelle parisienne: l’exposition André Kertész au Jeu de Paume et « La France de Raymond Depardon » à la BnF François Mitterrand.

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A travers une exposition qui a ouvert ses portes en début de semaine, le Musée du Jeu de Paume rend hommage à un photographe majeur et pourtant un peu mis de côté chez nous : André Kertész (1894-1985). Hongrois exilé en France puis aux États-Unis, il a fait don de ses négatifs à l’État français mais n’a jamais eu de rétrospective d’ampleur en France. C’est pourtant l’un des plus grands photographes du XXè siècle tant du point de vue de la richesse de son œuvre que de la longévité de sa carrière… Il était temps d’y remédier et l’exposition proposée par le Jeu de Paume le fait vraiment très bien !

Par rapport à l’exposition « Harry Callahan, Variations » présentée à la Fondation Cartier-Bresson (dont je vous parlais ici), cette rétrospective est beaucoup plus grande puisqu’elle est composée de pas moins de 300 images, essentiellement des originaux et des tirages réalisés par le photographe lui-même. Ces clichés sont tous très intéressants et saisissants car ils illustrent parfaitement la liberté de style de Kertész, génial cadreur de l’instantané mais également auteur d’étonnantes et audacieuses distorsions de corps féminins.

André Kertesz, La Plaque cassée, 1929, Courtesy Attila Pocze, Vintage Galéria, Budapest

Le parcours est en grande partie chronologique puisqu’il propose d’explorer les différentes époques de sa vie et toutes les étapes de sa carrière de photographe. La scénographie est vraiment très réussie puisqu’elle met en valeur l’autonomie de chaque photographie, tout en ponctuant le parcours par des séries ou des thèmes récurrents (comme par exemple les distorsions dont je parlais plus haut, les buildings new-yorkais, les cheminées ou la solitude). Cela permet de se rendre compte comment, dans l’œuvre de Kertész, s’élabore une poétique de la photographie, « un véritable langage photographique » selon ses propres termes.


L’exposition s’attache à souligner et à mettre en valeur certaines particularités du travail du photographe: une pratique bien personnelle (la carte postale photographique, les Distorsions), son implication dans l’édition, des recherches créatives récurrentes (les ombres, les cheminées) ou l’expression plus diffuse des sentiments (la solitude). Des moments jusqu’alors délaissés ou inexplorés sont valorisés (l’activité de soldat en 1914-1918, la période new-yorkaise et les polaroids des dernières années) et cette exposition met particulièrement l’accent sur la genèse du photo-reportage à Paris, à partir de 1928 et sur la diffusion de ses images dans les médias (magazines VU, Art et Médecine, Paris Magazine, etc…) dont il avait fait un métier.


Bref, une exposition à visiter sans une once d’hésitation pour tous les curieux et les amoureux de la photo !

C’est où ?
« André Kertész »
Musée du Jeu de Paume
1, place de la Concorde (1er) – M° Concorde
Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 19h (nocturne le mardi jusqu’à 21h), le week-end de 10h à 19h.
Fermé le lundi.
Tarifs: 7€/5€. Entrée gratuite pour les étudiants et les moins de 26 ans le dernier mardi du mois, de 17h à 21h.
Plus d’infos sur le site.
Jusqu’au 06 février 2011.

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Seconde expo photo de ce billet: « La France de Raymond Depardon » à la BnF Mitterrand. Ici, on change totalement de registre et autant j’ai pu apprécier le côté esthétique des tirages d’André Kertész, autant, ici, j’ai eu comme qui dirait, un peu plus de mal ! Mais cette expo est loin d’être dénuée d’intérêt pour autant… Pour Depardon, « il y a trois sortes de France : la France du centre-ville avec ses commerces franchisés et ses parkings ; la France des banlieues ; la France des petites villes et des petits villages. La France que je voulais photographier, c’est celle d’où je viens, celle du Tour de France, des ronds-points et des villages ou moyennes villes, avec des petites zones industrielles ou urbaines qui se ressemblent toutes et qui sont très peu photographiées. »


Célèbre pour ses reportages sur des lieux sensibles ou pour ses films où il s’attache au quotidien d’une société en pleine mutation, Raymond Depardon, cinéaste autant que photographe, s’interroge toujours avec acuité sur les liens entre image et éthique, et cherche à comprendre, documenter la France, exposer et questionner les changements. Dans ce dernier projet, mis en route en 2004, il se concentre sur le paysage de lieux qui n’ont pas forcément grand-chose en commun, montrant comment l’intervention de l’homme l’a peu à peu transformé. Il montre les conséquences de l’explosion des villes françaises durant la seconde moitié du XXè siècle qui a créé des usines à vendre en périphérie des villes entourées d’un océan de parkings, des zones périurbaines qui engloutissent les petites villes et les villages, la surexploitation immobilière du littoral et de la haute montagne…

L’exposition présente dans une immense pièce aux murs blancs, une installation de trente six tirages argentiques en couleur et de très grand format (1,60m x 2m). Cette salle se pose comme un endroit neutre et les photos sont sans légendes (un sas vers la deuxième salle donne les noms des lieux). Raymond Depardon les a façonnés et ajustés pendant quatre ans d’après les meilleurs “scan” numériques possibles à ce jour. La deuxième salle montre quant à elle, à côte d’autres photos plus anciennes du photographe, le travail d’artistes et photographes dont Depardon revendique l’influence, comme Paul Strand et Walker Evans. On peut aussi lire ses essais, ses travaux préparatoires, suivre sa trajectoire, accéder aux arcanes de la réalisation de La France de Raymond Depardon.

Une exposition enrichissante sur le fond donc, dans laquelle on reconnait bien la marque de fabrique de Depardon, présente dans chaque photo. À la fois distant et présent, il nous offre un portrait du réel, entre campagne et ville, entre passé et présent, et nous fait redécouvrir l’infinie diversité du territoire français: ses panneaux routiers, l’espace presque palpable d’une rue, de ses trottoirs, avec son salon de coiffure, sa boucherie charcuterie rouge carmin, mais aussi cette France des verts paysages, et celle où l’on reconnait l’instinct du reporter (que l’on voit ci-dessus), où des habitants de dos, sur une place d’une ville, regardent au loin en hauteur, la fumée d’un incendie sous la toiture d’une maison. Bref, un reportage intéressant certes, mais dont il ne se dégage pas grand chose si ce n’est un sentiment de froideur et de détachement général. Mais ça n’engage que moi, comme toujours, évidemment ;)


Si ça vous intéresse, sont à noter un certain nombre d’événements autour de cette expo :
* une journée d’étude sur “l’expérience du paysage” à la BnF réunira chercheurs et photographes (le 23 novembre 2010)
* la Magnum Gallery consacrera trois expositions à Raymond Depardon dans ses deux antennes parisiennes entre le 15 septembre 2010 et le 8 janvier 2010
* la BnF expose la nouvelle génération de photographes français dans l’allée Julien Cain de la Grande Bibliothèque…

C’est où ?
« La France de Raymond Depardon »
BnF François Mitterrand – Entrée Est
Quai François Mauriac (13è) – M° Bibliothèque François Mitterrand.
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 19h et le dimanche de 13h à 19h.
Fermé le lundi et les jours fériés.
Tarifs: 7€/5€.
Plus d’infos sur le site.
Jusqu’au 9 janvier 2011.

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