Culture

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« Le Prénom » au théâtre Edouard VII

Avant d’entamer une nouvelle rentrée théâtrale dont je vous parlais brièvement hier ici, je ne pouvais pas ne pas évoquer une pièce que j’ai pu voir pendant les Fêtes: Le Prénom au théâtre Édouard VII.

Pitch: Vincent (Patrick Bruel), la quarantaine triomphante, va être père pour la première fois. Invité à dîner chez Élisabeth (Valérie Benguigui) et Pierre (Jean-Michel Dupuis), sa sœur et son beau-frère, il y retrouve Claude (Guillaume de Tonquédec), un ami d’enfance. En attendant l’arrivée d’Anna (Judith El Zein), sa jeune épouse éternellement en retard, on le presse de questions sur sa future paternité dans la bonne humeur générale… Mais quand on demande à Vincent s’il a déjà choisi un prénom pour l’enfant à naître, sa réponse plonge la famille dans le chaos. (source: le site du théâtre)


La pièce fait un penser à du Sibleyras dans le style et notamment à Un petit jeu sans conséquences (sur le côté règlements de compte, rancœur, jalousie et mise à nu des petitesses et mesquineries de chacun), pièce que j’avais vue et appréciée au théâtre il y a plusieurs années. On y retrouve aussi un peu l’esprit qui règne dans celles de Yasmina Reza: même milieu d’intellectuels parisiens, même regard sur la société des gens de lettre, bien pensants et donneurs de leçon, même ironie, même fil dramatique ténu, etc.. L’histoire est plutôt bien ficelée, drôle et truffée de quiproquos & autres retournements de situations qui font mouche. Alors, certes, il y a parfois quelques longueurs (du fait de certains dialogues qui donnent l’impression de s’étirer inutilement), l’histoire semble tourner un peu en rond & manque de rythme par moments, et certaines répliques sont un brin prévisibles… Mais ce ne sont que des détails, rassurez-vous, vraiment pas de quoi gâcher son plaisir ! La mise en scène de Bernard Murat est encore une fois vivante, très juste et rend grâce au texte de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, intéressant, souvent drôle et enlevé.

Mais la pièce tire surtout son épingle du jeu grâce à son casting 5 étoiles ! Le Prénom réunit en effet une très belle distribution de comédiens talentueux. Patrick Bruel est très juste et à l’aise dans ce rôle de quadra charismatique qui semble avoir été taillé sur mesure pour lui ! Son personnage est intéressant: un peu veule, sans doute faussement vulgaire, tirant une séduction certaine de sa misogynie mais qui apparaît finalement plus généreux que son beau frère, universitaire et perclus de certitudes morales. Son jeu est très bon, naturel, il n’en fait pas des caisses et tient la salle en haleine à chaque réplique. Valérie Benguigui est, quant à elle, à la fois drôle et émouvante (particulièrement dans son monologue à l’attention du reste du monde pour crier sa révolte de femme au foyer aux illusions perdues !), c’est un vrai plaisir de la découvrir sur les planches ! Les autres comédiens ne sont pas en reste que ce soit Jean-Michel Dupuis, Judith El Zein ou Guillaume de Tonquedec, très juste, drôle et touchant.

Le Prénom est donc une pièce parfois caustique, souvent drôle mais surtout, et avant tout, très divertissante ! Idéale pour passer un excellent moment, je vous la recommande (sinon, vous pouvez tout aussi bien attendre la version « pour canapé » puisque la pièce va être diffusée sur France 2 courant janvier !). Un des grands succès de cette saison théâtrale… et avec raison !

C’est où ?
Le Prénom
Théâtre Édouard VII
10, place Édouard VII (9è) – M° Madeleine ou Opéra.
Du mardi au samedi 21h, matinées le samedi à 17h30 et le dimanche à 15h30.

My favorite Christmas Songs ♥

En cette veille de réveillon de Noël (oui… déjà !), je suis, et plus encore que d’habitude, immergée dans les petits plaisirs de saison, et je dois avouer que les chansons de Noël en font partie depuis de (très) nombreuses années, maintenant.

Alors, comme je n’ai plus trop le temps (il faut absolument que je le prenne à nouveau… ça me manque beaucoup !) de vous parler musique sur ce blog, je tenais un peu à me rattraper en vous proposant une petite sélection de mes chansons préférées en cette saison : le sexy « Santa Baby » version Kylie, mon « Please come home for Christmas » (je dis « mon » car ça me rappelle les Noël de mon enfance, les 30 millions de visionnage de Home Alone en attendant les invités, tout ça…), l’inénarrable « The Christmas Song » (« chestnuts roasting on an open fire »…) par la voix chaude et sublime de Nat King Cole, le « J-I-N-G-L-E Bells » jazzy de Sinatra (sans parler de SA version de « Santa Claus is coming to town »… juste géniale !), le très lacrymogène « I’ll be home for Christmas » (version Bing Crosby… who else ?!), la merveilleuse « Have yourself a merry little Christmas » par la voix envoutante et magique de Judy Garland…

Petite précision technique pour celles et ceux qui n’auraient pas l’habitude du lecteur Deezer : il suffit de cliquer sur lecture et ça lancera aléatoirement une chanson de ma petite playlist. Si vous souhaitez écouter une chanson en particulier et que vous cliquez dessus, cela ouvrira la page Deezer d’où vient la chanson. Vous savez tout ! Enjoy :)

♥♥ Bonne journée à tous ! ♥♥

Edit: Shame on me, j’avais oublié l’indispensable I saw Mommy kissing Santa Claus par le petit Jimmy Boyd et le génial Run, Rudolph, Run (« All I want for Christmas is a Rock and Roll electric guitar », oh yeah !) by Chuck Berry… Argh ! Merci au chouette album de reprises A very Ally Christmas (extrait des multiples saisons de la série Ally McBeal, évidemment) de m’y avoir fait penser !

Petites soirées au Théâtre

Des semaines que je ne vous avais pas parlé théâtre – oui, je suis impardonnable – mais je manque cruellement de temps, que voulez-vous ?! Voici donc un recueil d’impressions sur les dernières pièces que j’ai pu voir (même si 2 d’entre elles ne sont plus à l’affiche… shame on me, je sais !).

* DE BONS MOMENTS *

* Solness le Constructeur au Théâtre Hébertot


Pitch: « Ibsen plonge son regard dans les profondeurs de l’existence humaine avec humour et c’est cet humour même qui le sauve, et nous sauve. La pièce parle du désir, celui qui fait déplacer des montagnes; car c’est au plus vif du désir que se joue la liberté des êtres. » (Source: le site du théâtre)

Mon avis: Je vous accorde que de prime abord, ce résumé n’est pas très évocateur ! Et pourtant cette pièce, comme tous les textes d’Ibsen, est pour le moins passionnante. Solness est un self-made man arrivé à la cinquantaine, riche, reconnu de tous et dont la sexualité s’enrichit de jeunes stagiaires de son agence. Homme de tempérament, il refuse de donner sa chance à Ragnar, le fils de son associé architecte supplanté depuis belle lurette à la tête de l’entreprise. Pourtant, derrière les apparences, le constructeur est un homme torturé par le passé, qui a une relation distante avec sa femme frappée au cœur par l’incendie qui a détruit la maison de ses parents (et, par ricochet, est la cause de la mort de ses deux enfants). C’est à ce moment là que surgit Hilde, jeune femme rencontrée dix ans plus tôt, solaire, libre et dangereuse. Pour interpréter le rôle de Solness, le metteur en scène Hans Peter Cloos a terriblement bien choisi Jacques Weber qui incarne parfaitement les contradictions de ce personnage complexe et fascinant, à qui il apporte la juste dose de séduction, charisme, autorité, générosité et fragilité. Le reste du casting est également assez convainquant, que ce soit Mélanie Doutey, excellente en tentatrice à l’innocence étincelante qui évolue avec grâce et intelligence, ou encore Edith Scob, qui interprète Alie, (la femme de Solness) étonnante de fragilité et d’élégance. La mise en scène est très moderne, sobre, épurée, limpide et peut-être même un peu trop justement (on a parfois le sentiment qu’Hans Peter Cloos a laissé de côté la partie un peu plus subtile et complexe de l’œuvre d’Ibsen au profit d’une lecture un peu trop premier degré).

Bref, je chipote, mais Solness le Constructeur est une pièce intéressante et très riche, que je ne regrette pas d’avoir vue puisqu’elle m’a permis de continuer, tranquillement mais surement, ma petite incursion dans l’univers envoutant de Henrik Ibsen (ça change un peu de Maison de Poupée !).

C’était où ?
Solness le Constructeur
Théâtre Hébertot
78 bis, Bd des Batignolles (17è) – M° Rome
La pièce n’est plus à l’affiche.

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* L’Amant au Théâtre Marigny

l_amant

Pitch: « Un couple marié, Sarah et Richard, vivent aisément, dans le confort d’un cottage, près de Londres. Plusieurs fois par semaine, Sarah reçoit avec la complicité de son mari, la visite de « Max », son amant. Les règles de ce jeu semblent avoir été établies d’un commun accord. Dans ce climat d’une inquiétante sérénité, les visites de « Max » vont devenir le principal sujet de conversation du couple. Jusqu’où les personnages peuvent-ils rester maîtres de ce qu’ils engendrent ? Pinter, lui, ne résiste pas au plaisir de les mener, à pas feutrés, jusqu’aux frontières de la folie. » (Source: le site du théâtre)

Mon avis: Pour commencer, il faut que je vous avoue que j’aime beaucoup l’écriture de ce grand dramaturge qu’était Harold Pinter et que je me faisais une joie de découvrir pour la première fois sur scène l’une de ses plus brillantes œuvres L’Amant. Même si j’ai trouvé la mise en scène de Didier Long un chouïa allégée en questionnements, en mystères et en douleurs propres au théâtre de l’auteur, il faut tout de même lui reconnaître un travail assez réussi sur le décor, très minimaliste, sobre et épuré, mais s’appuyant sur une trouvaille astucieusement exploitée. Pour le reste, la véritable réussite de cette adaptation est avant tout son casting (alors que je n’en attendais pas grand chose, pour tout vous avouer !). Pierre Cassignard interprète un mari-amant tour à tour maître de lui-même et déchainé, qui passe avec une gamme de nuances impressionnante, du mari « propret » – jeune cadre dynamique, lisse et insignifiant – à l’amant débridé, mauvais garçon séduisant et redoutable, pour finalement se métamorphoser en sale gosse, injuste et capricieux, qui se venge en cassant son jouet. Quant à Léa Drucker, je l’ai trouvée très juste en femme-maîtresse assez froide et distante, au self control affirmé, mais en réalité vulnérable et fragile. La force de ce couple d’acteurs tient principalement dans le fait qu’il fait la part belle au texte de Pinter, une pièce aussi perverse que jubilatoire, et qui même si elle n’est pas parfaitement mise en scène ici, a au moins le mérite de donner envie de s’intéresser à l’univers de l’auteur ! Et c’est déjà pas mal ;)

C’était où ?
L’Amant
Théâtre Marigny – Salle Popesco
Carré Marigny (8è) -M° Champs Elysées-Clémenceau
La pièce n’est plus à l’affiche à Paris mais part en tournée en province pour 2011.

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♥ MES COUPS DE CŒUR ♥

Nono au Théâtre de la Madeleine


Pitch: « Nono (Julie Depardieu) est une jeune femme qui se fait entretenir par son amant. Belle, insouciante, facétieuse, elle rend fous les hommes. Elle mettra à ses pieds le meilleur ami de son amant, tentera de l’emporter jusqu’à la trahison. A travers une comédie hilarante, plongée dans la légèreté et la décadence de la belle époque, Sacha Guitry dresse une très beau portrait de femme, il nous parle du fantasme, du désir et de l’argent. Sacha Guitry disait à propos Nono : « Paie les femmes tandis que tu es jeune, tu t’apercevras moins que tu vieillis ». » (Source: le site du théâtre)

Mon avis: N’ayant pas été terriblement sensible à la dernière mise en scène de Michel Fau, c’est non sans crainte que je me suis rendue au théâtre de la Madeleine pour y voir son adaptation de Nono de Sacha Guitry. Force est de constater que bien mal m’en a pris, puisque cette fois, j’ai été totalement emballée par ses choix de mise en scène ! Pour commencer, la pièce de Guitry est absolument géniale : le personnage titre est une jeune et jolie cocotte, coquette et frivole, dont le but est de vivre une fête incessante tout en sachant mener les hommes par le bout… du nez, en n’exigeant ni ne promettant rien ! En devenant successivement la maîtresse de deux amis, un jeune célibataire bambocheur et un poète dilettante et gigolo amateur lassé d’un « collage conjugal » avec une veuve aussi riche que jalouse, elle est l’élément pivot de cette déclinaison au carré du trio vaudevillesque ! Le casting est parfait de bout en bout, que ce soit Michel Fau, avec ses poses de diva, Julie Depardieu, piquante et parfaite en fausse évaporée, Xavier Gallais avec sa démarche à la Woody Woodpecker ou encore Brigitte Catillon, en vieille maîtresse titubante à la voix éraillée ! Pour le reste, la mise en scène de Michel Fau est tout à fait dans le ton : fraîche, légère, vive et pétillante. Elle rend un véritable hommage à l’humour et à l’esprit du texte de Guitry, plus qu’acerbe et décapant sur les rapports hommes-femmes. Bref, une pièce drôle, divertissante et absolument jubilatoire, à voir si vous trouvez le temps d’ici la fin de l’année ;)

C’est où ?
Nono
Théâtre de la Madeleine
19, rue de Surène (8è) – M° Madeleine
Du mardi au samedi à 21h, matinées le dimanche à 15h.
Jusqu’au 31 décembre 2010.

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L’Avare à la Comédie Française


Pitch: Ai-je besoin de vous rappeler vos bons vieux classiques ? Harpagon, la cassette, tout ça… Non? Dans ce cas, je vous invite à relire Molière (et toc !) ;)

Mon avis: Une excellente surprise que cette énième mise en scène du classique de Molière par Catherine Hiegel avec dans le rôle de Harpagon, le truculent Denis Podalydès. Costumes d’époque, décors somptueux (un grand escalier de marbre dépouillé, une petite porte dérobée sous l’escalier par laquelle on s’enfuit et derrière laquelle on se cache, etc…) & petites trouvailles de mise en scène (une lumière qui change au fur et à mesure de l’avancée de la pièce pour illustrer le temps qui passe, un monologue de la cassette totalement revisité dans lequel Podalydès grimpe sur les fauteuils de la salle, en équilibre sur les dossiers des sièges et prend à parti les spectateurs, les accusant du vol de sa chère cassette… !!) rendent cet Avare absolument irrésistible ! L’autre force de la mise en scène de Catherine Hiegel c’est que dès les premières minutes de la pièce, on se sent totalement happé par le texte de Molière particulièrement vivant ici : l’interprétation de la pièce est magistrale et illumine le texte d’une modernité à couper le souffle ! Les acteurs sont tous incroyables: généreux, justes, toujours dans le ton et en totale harmonie de bout en bout. Quant à la performance de Denis Podalydès, elle est une fois de plus bluffante et unique, un véritable feu d’artifice : il bondit, renoue avec les acteurs de la Comedia dell’arte, dit le texte avec un naturel et une évidence… sidérants. Rire autant en 2010 devant une pièce montée pour la première fois en 1669, c’est un véritable tour de force. J’ai adoré !

Du coup, j’ai franchement hâte de retourner à la Comédie Française, même si ce ne sera pas avant avril… pour la représentation d’Un Tramway nommé désir de Tennessee Williams (une pièce que j’adore, je me fais une joie et espère surtout être plus emballée que par Un Tramway à l’Odéon l’an dernier !).

C’est où ?
L’Avare mis en scène par Catherine Hiegel
Comédie Française – Salle Richelieu
Place Colette (1er) – M° Palais Royal -Musée du Louvre
En matinée à 14h et en soirée à 20h30.
Jusqu’au 2 janvier 2011.

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Prochaine sortie au théâtre, ce soir
: Le Prénom au Théâtre Édouard VII.

Mes expos parisiennes de fin d’année

Comme je suis un peu à la bourre pour vous parler des dernières expos parisiennes que j’ai eu le plaisir de visiter au cours de ces dernières semaines, je vais faire au plus simple et tout regrouper ici. Vous aurez donc droit à 1 billet avec pas moins de 4 expos… et qui valent toutes le coup en plus ! De quoi bien remplir votre fin d’année culturelle ;)

♥ France 1500 au Grand Palais (jusqu’au 10 janvier 2011)

Doublé totalement gagnant en cette fin d’année pour les Galeries Nationales du Grand Palais qui, en plus de nous ravir avec une fabuleuse rétrospective des œuvres de mon peintre préféré, nous proposent une magnifique incursion dans l’art français en 1500, à découvrir à travers 200 peintures, sculptures, tapisseries, livres, vitraux, etc… Au tournant du XVIè siècle, l’art en France est encore largement emprunt de l’influence gothique, tout en s’ouvrant à diverses nouvelles choses. Les foyers, nombreux, invitent des artistes venus du sud ou du nord et produisant des œuvres diverses. L’exposition porte sur la période des règnes de Charles VIII (1493-1498) et de Louis XII (1498-1515). La guerre de Cent Ans s’est achevée en 1453 et la France, en pleine reconstruction, connaît alors une période de prospérité favorable aux arts. Une mutation s’est opérée dans les années 1460-1480, avec deux grands foyers artistiques. Si, déjà, les domaines du roi René (Provence, Lorraine et Anjou) font venir des artistes d’Italie, les modèles viennent plutôt du Nord, avec, par exemple, Enguerrand Quarton. Encore que le grand portraitiste Jean Fouquet, peintre du roi Louis XI, fasse déjà la synthèse entre innovations flamandes et italiennes après un voyage en Italie vers 1445.

Dans les années 1490 et 1500, une foule de commanditaires fait travailler les artistes. Souverains, nobles, prélats, villes, confréries leur font produire des objets et des édifices, et l’exposition explore un certain nombre de foyers où ils s’épanouissent (Jean Hey, identifié comme le fameux Maître de Moulins, dans le Bourdonnais, Louise de Savoie à Cognac, la peinture dans le Languedoc ou en Champagne, sans oublier la Normandie, représentée par une très belle Vierge à l’Enfant rieur, etc…). L’architecture, où le gothique flamboyant perdure, influence le mobilier, qui déborde de d’ornements. Le livre imprimé est un nouveau support pour les artistes: les illustrations gravées sont colorées à la main ou au pochoir. Certains riches commanditaires continuent à agrémenter leurs exemplaires imprimés d’images peintes par les enlumineurs. Les français restent également très attachés à l’art nordique, qui utilise la perspective atmosphérique et a été le premier à utiliser la peinture à l’huile, et de nombreux artistes flamands sont présents en France.

Les années autour de 1500 sont aussi une période où les échanges avec l’Italie s’intensifient, à l’occasion des campagnes d’Italie des rois français, entre la tentative de conquête de Naples en 1495 par Charles VIII et le départ des Français de la péninsule, après les conquêtes et les revers de Louis XII à Milan et à Naples. Des Italiens viennent travailler en France, comme Andrea Solario au château de Gaillon. Mais la fascination pour l’art italien est aussi attestée par des commandes ou des acquisitions: une petite Nativité de Fra Bartolomeo, une Sainte Véronique de Lorenzo Costa aux accents léonardesques, exécutée pour Florimond Robertet (un conseiller de Louis XII)… L’exposition se termine sur le François Ier en Saint Jean Baptiste de Jean Clouet, portraitiste d’origine flamande qui a ici intégré l’influence de Léonard de Vinci.

France 1500 est une très belle expo, magnifiquement mise en scène (les œuvres sont splendides et leur agencement permet de s’imprégner parfaitement de leur beauté délicate) et très enrichissante dans le sens où elle nous aide à mieux appréhender une période artistique fascinante fortement marquée par la religion, mais aussi par la recherche d’une esthétique expressive et universelle. A voir, sans hésitation !


C’est où ?

France 1500, entre Moyen Âge et Renaissance
Galeries nationales du Grand Palais, entrée Clémenceau
Avenue du Général Eisenhower (8è) – M° Champs-Elysées-Clémenceau
Ouvert tous les jours sauf le mardi et le 25 décembre, 10h-20h, le mercredi jusqu’à 22h, fermeture exceptionnelle à 18h le 24 et le 31 décembre.

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Jean-Léon Gérôme – L’histoire en spectacle au Musée d’Orsay (jusqu’au 23 janvier 2011)

Une vraie bonne surprise que cette exposition sur Jean-Léon Gérôme, dont je n’attendais pas grand chose, et qui au bout du compte m’a totalement emballée ! A la base, je n’étais pas spécialement motivée et c’est très certainement du fait de l’image assez « négative » de l’artiste dans l’Histoire de l’Art. En effet, pendant très longtemps, Gérôme a été mis au placard et surtout stigmatisé comme l’emblème d’un académisme stérile… avant que la perception de l’artiste n’évolue profondément au cours des dernières décennies. Il est aujourd’hui compris comme l’un des grands créateurs d’images du XIXe siècle ! L’exposition est très intéressante dans le sens où elle permet d’aborder tous les enjeux de son œuvre, de ses sources à son influence : on y découvre sa place dans la peinture française de son temps, sa conception théâtralisée de la peinture d’histoire (il représente des scènes historiques avec un souci du détail qui accentue la vraisemblance, mais prend des libertés nécessaires pour créer le suspens… en fait, il fabrique surtout des images qui restent dans les mémoires !), son rapport complexe à l’exotisme, son usage de la polychromie en sculpture, son rôle d’enseignant, son rapport au modèle antique, sa passion tardive pour la sculpture, etc…

L’expo offre également l’occasion de s’interroger sur la façon dont sa personnalité cristallise le combat anti-académique de la fin du XIXè siècle, et enfin, l’engouement qu’il suscite auprès du public et des collectionneurs américains (dont pas mal de cinéastes conquis par sa façon de mettre en scène le spectacle et son sens de l’anecdote, et notamment les auteurs de péplums: Cecil B. DeMille -Sign of the Cross-, William Wyler -Ben-Hur-, Stanley Kubrick -Spartacus- ou même Ridley Scott qui s’est inspiré de Pollice Verso, qui figure un combattant en armure triomphant dans le Colisée, pour Gladiator !). L’exposition permet de se rendre compte que c’est vraiment la double identité de l’œuvre de Gérôme, à la fois savante et populaire, qui la rend aujourd’hui si précieuse aux yeux des historiens d’art et même du grand public.

En bref, une superbe exposition, très intéressante, bien documentée et qui permet de redécouvrir un artiste incroyable et surprenant ! Sans parler de la balade dans le musée d’Orsay que ça donne l’occasion de faire ;) Et n’oubliez pas le festival Péplum à l’auditorium du musée pour revoir les films mentionnés plus haut (programme ici).


C’est où ?

Jean-Léon Gérôme – L’histoire en spectacle
Musée d’Orsay
62, rue de Lille (7è) – M°Solférino
Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 9h30 à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h45.

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♥ L’Antiquité Rêvée – Innovations et résistances au XVIIIè siècle au Musée du Louvre (jusqu’au 14 février 2011)

Depuis quelques semaines maintenant, le Louvre expose le mouvement néoclassique avec une nouvelle exposition nommée « Antiquité rêvée – Innovations et résistances au XVIIIè siècle ». Alors que l’art du XVIIIè siècle est souvent perçu comme une marche progressive du petit goût rocaille vers un grand goût classique, cette exposition met en lumière les différentes expériences qui en ont renouvelé les formes et les thèmes artistiques, et illustre les processus d’innovation, d’émulation, voire de résistance à l’antique dans l’Europe du XVIIIè siècle.

Le Louvre expose ici 150 œuvres – parmi lesquelles peintures, sculptures, dessins, gravures, arts décoratifs – représentatives de ce tournant de goût qui a accompagné la France dans ses soubresauts politiques jusqu’à Napoléon et qui nous font vivre la naissance du néoclassicisme. Il faut savoir que l’Angleterre et l’Italie ont été les précurseurs dès les années 1720-1730 et que la France n’a été touchée qu’un peu plus tard par le mouvement, à partir des années 1740-1750 lorsqu’un certain nombre d’amateurs influents se sont mis en tête de réformer les arts français pour donner de la Nation et de la monarchie une idée plus grave, plus austère et plus « civique ».

En même temps, à partir des années 1750-1760, des contre-courants se forment qui contrebalancent cet engouement pour l’antique néobaroque (Gandolfi, Fragonard, mais aussi Goya ou l’architecte de Wailly l’illustrent à travers l’Europe), le néomaniérisme et la veine « sublime ». Des artistes s’intéressent de nouveau aux baroques, à partir de Rome et de l’Italie, aux grands noms de la Renaissance et du XVIè siècle, tandis que le dernier courant (avec des artistes comme des artistes comme Füssli, Sergel ou Desprez) invente un répertoire de fantômes, de furies et d’ombres échappant à la rationalité classique.  Enfin, le dernier quart du siècle voit s’affirmer un langage plus universel qui se radicalise sous l’égide de valeurs héroïques. De sculptures en projets d’architectures, de toiles monumentales en grands marbres, la société européenne, à la veille de l’embrasement révolutionnaire, manifeste ainsi ses aspirations nouvelles.

Comme toujours au Louvre, cette exposition mérite définitivement une visite ! Elle est très riche, complète, bien documentée et permet surtout de mettre en perspective la relation entre les mythes, l’histoire et la peinture. D’ailleurs, je vous conseille de la visiter avant l’expo Gérôme, dont je parlais juste avant car elle met en évidence combien la peinture d’histoire était le genre noble jusqu’à la fin du XIXè, et permet de comprendre à quel point Gérôme avait pu s’encanailler lorsqu’il a quitté les mythes et la littérature pour l’anecdote historique ! A voir, donc.


C’est où ?
L’Antiquité Rêvée – Innovations et résistances au XVIIIè siècle
Musée du Louvre
Hall Napoléon, sous la Pyramide – M° Palais Royal -Musée du Louvre
Ouverture tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 18h, et en nocturne jusqu’à 22 h les mercredi et vendredi.

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♥ Mondrian / De Stijl au Centre Pompidou (jusqu’au 21 mars 2011)

Jusqu’au 21 mars 2011, le Centre Pompidou accueille une exposition inédite consacrée aux parcours croisés du mouvement De Stijl et de Piet Mondrian, sa figure magistrale. Il n’y avait encore jamais eu d’exposition en France consacrée à De Stijl (« Le Style » en français), groupe actif de 1917 à 1931 qui était tendu vers la recherche de l’harmonie universelle. L’ambition de De Stijl était de donner un sens nouveau aux arts en les rapprochant autour du désir de destruction du figuratif, et d’utilisation de couleurs et de formes « pures ». La perfection de la machine, la vie en collectivité et l’anonymat des méthodes de travail à cette époque les ont beaucoup influencé. Peinture, sculpture, mobilier, graphisme, architecture, urbanisme: ses membres rêvaient de faire tomber les séparations entre les disciplines pour organiser un monde géométrique où la couleur crée l’espace. A la recherche d’un art total et universel au service d’un monde nouveau, ils ont inventé un langage de lignes horizontales et verticales et de couleurs primaires.

L’exposition du Centre Pompidou est énorme: elles s’étend sur 2100 m² et présente pas moins de 700 œuvres et objets, dont une centaine d’œuvres majeures de Mondrian, et même une reconstitution de son atelier parisien du 26 rue du Départ (à Montparnasse). Le lieu a aussi été immortalisé par André Kertesz dont un certain nombre de photos sont présentées ici. Le parcours est divisé en trois parties. La première est consacrée aux travaux des artistes de De Stijl avant la naissance officielle de la revue (1917) et à l’évolution de ces peintres néerlandais vers l’abstraction. La deuxième s’intéresse au seul Mondrian, de 1912 à 1938, c’est-à-dire pendant ses années parisiennes, des années au coeur de ce qui est essentiel dans son œuvre. La troisième partie de l’exposition se penche sur les créations du mouvement De Stijl proprement dit et à ses développements.

La partie de l’exposition consacrée à Mondrian (et peut-être celle qui m’a le plus intéressée) s’ouvre sur une Nature morte au pot de gingembre cézannienne. On y apprend que le peintre hollandais arrive à Paris en 1912 et que c’est là qu’il va développer son abstraction géométrique après quelques années sous influence cubiste. Pendant la guerre de 1914, Mondrian est obligé de retourner en Hollande et vit ce séjour dans son pays comme un exil, au cours duquel l’abstraction de ses tableaux se radicalise. Confronté à la mer, à l’infini, il peint des croix dont le mouvement évoque la houle, à l’intérieur d’une forme ovale. Revenu à Paris après la guerre, il produit ses célèbres compositions de plans de couleurs primaires opposés à des plans de « non couleurs » (gris, blanc, noir) qui confrontent lignes horizontales et verticales. Dans des compositions de 1926-1927, il ne reste qu’un tout petit bout de bleu ou de rouge. Les lignes elles-mêmes vont se réduire au jaune dans une composition de 1933, imaginée dans un losange.

Pendant ce temps, le mouvement De Stijl développe l’idée de « néoplasticisme ». Son nouveau langage pictural s’appuie sur le plan et sur les trois couleurs primaires. En 1917 paraît la revue De Stijl, dirigée par Theo van Doesburg, que Mondrian a rencontré deux ans plus tôt. Mis à part un projet de décoration intérieure jamais réalisé, Mondrian va se limiter à l’espace de la toile, mais ses amis investissent aussi l’architecture et le design, faisant exploser les frontières entre différentes disciplines artistiques. Le Centre Pompidou présente de nombreuses maquettes et évocations de ces projets architecturaux, voire urbanistiques, où la couleur est un élément essentiel.

L’exposition est vraiment très intéressante, riche et complète dans le sens où elle donne une vision d’ensemble de l’historique de De Stijl, de l’œuvre fascinante de Mondrian, et des liens d’influence entre les représentants du néo-plasticisme. A réserver aux curieux et aux amoureux d’Histoire de l’Art !

C’est où ?
Mondrian -De Stijl
Centre Pompidou
Place Georges Pompidou (4è) – M° Rambuteau
Ouvert tous les jours sauf mardi de 11h à 21h (fermeture des caisses à 20h). Nocturne le jeudi jusqu’à 23h (fermeture des caisses à 22h).

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Prochaine expo sur ma liste: « Science (et) Fiction, aventures croisées » à la Cité des Sciences.

♥ Et sinon, je vous invite à fouiner dans mes archives pour trouver les compte-rendus des expos visitées ces derniers mois :
Harry Callahan, Variations à la Fondation Cartier Bresson (jusqu’à dimanche prochain).
– Les expos du moment du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (Didier Marcel- Sommes-nous l’élégance et Larry Clark – Kiss the past hello jusqu’au 2 janvier 2011 et Basquiat, jusqu’au 30 janvier 2011).
La France de Raymond Depardon à la BnF François Mitterrand (jusqu’au 9 janvier 2011).
D’or et de feu, l’Art en Slovaquie à la fin du Moyen Âge au Musée de Cluny (jusqu’au 10 janvier 2011).
Rétrospective Arman au Centre Pompidou (jusqu’au 10 janvier 2011)
La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov au Musée de la Vie Romantique (jusqu’au 16 janvier 2011).
Brune Blonde à la Cinémathèque Française (jusqu’au 16 janvier 2011).
Rubens, Poussin, et les peintres du XVIIè siècle au Musée Jacquemart-André (jusqu’au 24 janvier 2011).
Monet au Grand Palais (jusqu’au 24 janvier 2011).
Baba Bling – Signes intérieurs de richesse à Singapour au Musée du Quai Branly (jusqu’au 30 janvier 2011).
Trésors des Médicis au Musée Maillol (jusqu’au 31 janvier).
André Kertész au Jeu de Paume (jusqu’au 6 février 2011).
L’Or des Incas à la Pinacothèque de Paris (jusqu’au 6 février 2011).
Henry Moore au Musée Rodin (jusqu’au 27 février 2011).
Voyage en Capitale – Louis Vuitton et Paris au Musée Carnavalet (jusqu’au 27 février 2011).

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