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Ma rentrée théâtrale #5 – « Douze hommes en colère » au Théâtre de Paris

Douze_Hommes_En_ColereComme je vous le disais il y a quelques jours, je suis allée récemment au Théâtre de Paris pour voir une nouvelle adaptation de « Douze hommes en colère ». J’en attendais énormément car j’aime beaucoup le film de Sidney Lumet avec Henry Fonda, et à l’arrivée, j’ai été assez déçue…

Pitch: Un jeune homme d’origine modeste est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se retire pour délibérer et procède immédiatement à un vote: onze votent coupable, or la décision doit être prise à l’unanimité. L’unique juré qui a voté non-coupable, sommé de se justifier, explique qu’il a un doute et que la vie d’un homme mérite au minimum quelques heures de discussion. Il s’emploie alors à les convaincre un par un…

Comme je vous le disais plus haut, j’aime énormément le film de Sidney Lumet qui a rendu cette histoire célèbre -même si à la base c’est bien une pièce de théâtre écrite par Reginald Rose-, c’est un véritable chef-d’œuvre. Lumet y fait preuve de son incroyable élégance, tant dans le traitement psychologique des personnages que dans une mise en scène d’une rigueur et d’une lisibilité ahurissante. La grande force du film est évidemment dans sa tension continue, avec en plus une dimension philosophique passionnante sur la culpabilité, la manipulation mais surtout sur le doute, la remise en cause permanente de ses propres certitudes et donc sur le questionnement intime…

Je reconnais qu’il doit être extrêmement difficile de passer après une telle adaptation. Dans le film de Lumet, l’interprétation rigoureuse de chacun des comédiens ne laisse aucune place à l’approximation. Ils livrent tous une prestation irréprochable et campent des personnages dont les convictions vont petit à petit s’effriter sous les propos d’un seul homme. La lutte intestine qui s’opère est incroyable de fureur, de force, comme une lutte violente dont les mots seraient les armes. Dans cette nouvelle adaptation au Théâtre de Paris, Michel Leeb n’est pas mauvais du tout et on voit qu’il fait ce qu’il peut pour porter la pièce à bouts de bras…  et il faut reconnaitre ses efforts, car ça ne doit pas être évident de passer derrière le charisme de Henry Fonda. Les rôles un peu caricaturaux sont également plutôt bien joués. L’histoire, le scénario et les dialogues sont identiques au film donc il n’y a pas grand chose à redire là-dessus…

En revanche, ce qui m’a vraiment déçue dans cette adaptation c’est la mise en scène de Stephan Meldegg qui ne soutient pas du tout la comparaison avec Lumet. Ok, je l’admets, c’était une mauvaise idée de regarder le film juste avant d’aller voir la pièce car il y a eu comme un effet loupe sur tous les p’tits défauts présents sur scène ! Rajoutez à ça que toutes les réactions du public étaient complètement à côté de la plaque. J’ai eu l’impression que beaucoup de gens avaient envie de voir une comédie alors que c’est loin d’être le cas ici, il n’y a rien de drôle et pas mal de gens étaient hilares à plusieurs moments. Gné ?! Dans le film, on rit jaune parfois, mais surtout on est happé, la tension ne redescend à aucun moment et on est même vivement ému lors de la scène finale (c’est dire si les performances d’acteurs étaient géniales !), ce qui n’a pas été le cas ici.

Bref, cette pièce est loin d’être mauvaise, mais je ne peux vous la conseiller que si vous n’avez jamais vu le film de Lumet. Sinon, vous aurez de grandes chances d’être déçus, tout comme moi.

C’est où ?
« Douze hommes en colère »
Théâtre de Paris
15, rue Blanche (9è) – M° Trinité
80 représentations exceptionnelles.

Ma rentrée théâtrale #4 – « Le démon de Hannah » à la comédie des Champs-Elysées

Le_Demon_De_Hannah_theatre_fiche_spectacle_uneQuatrième pièce de ma rentrée théâtrale: « Le Démon de Hannah » d’Antoine Rault à la Comédie des Champs-Elysées.

Pitch:
« En 1925, à l’université de Marburg en Allemagne, l’étudiante en philo Hannah Arendt, 18 ans, subjuguée par son maître Martin Heidegger, 35 ans, devient sa maîtresse. Quand le régime national socialiste submerge l’Allemagne, Heidegger s’engage en faveur d’Hitler, Hannah dans la résistance, puis s’enfuit aux Etats-Unis. 20 ans plus tard, elle est devenue une philosophe respectée à New York, il est mis à l’écart dans son pays après la chute du régime nazi. Quand Hannah décide soudain de faire un voyage en Allemagne, ils vont avoir la tentation de se revoir. »

Pour tout vous dire, j’ai l’impression que je suis dans une sorte de série noire théâtrale, je vais de déception en déception entre « Vie Privée » qui m’avait laissé une impression plus que mitigée, « Douze hommes en colère » que j’ai vu dernièrement au Théâtre de Paris et qui ne m’a pas plus emballée que ça (je vous en parle la semaine prochaine) et ce « Démon de Hannah » qui m’a vraiment déçue.

Alors qu’est-ce qui cloche avec « Le Démon de Hannah » ? A peu près tout en fait, à commencer par l’affiche complètement à côté de la plaque à mon avis, où sont juxtaposées des photos contemporaines des acteurs. Mouais…

Quelques éléments positifs dans le lot quand même, particulièrement dans la mise en scène de Michel Fagadau. Dans la première partie de la pièce, deux gros cubes envahissent entièrement la scène. Dans celui de gauche, New York en fond d’écran et la philosophe Hannah Arendt, dans celui de droite, Berlin dévasté et le philosophe allemand Martin Heidegger. Quand le premier cube est allumé, on éteint le second et vice versa, suivant le jeu de ping-pong entre les deux couples (Hannah et son mari allemand réfugiés à New York d’un côté, Martin et son épouse à Fribourg ressassant la mise à l’écart du génie après la chute du régime nazi, de l’autre).

Concernant les acteurs, je n’ai pas été vraiment convaincue, leurs personnages manquent cruellement de finesse et de nuances. Elsa Zylberstein alterne entre deux façons de jouer totalement opposées: la manière sensible qu’elle maîtrise plutôt bien puisqu’elle a l’habitude de l’utiliser devant la caméra et le côté horripilant « Adjani au théâtre » qui ne sonne pas vraiment juste ni justifié ici (on voit qu’elle n’a pas vraiment l’habitude des planches). Face à elle, un Didier Flamand couleur muraille, droit dans ses bottes. Seule Josiane Stoleru, l’épouse de Heidegger, tire un peu son épingle du jeu, assez vraie et touchante dans son amour inconditionnel pour son mari infidèle et ses convictions bornées bien qu’ignobles.

Ma plus grosse déception concernant cette pièce provient très certainement du face à face entre les philosophes. Là où l’on pouvait s’attendre à un intense échange de haute voltige entre Arendt et Heidegger, il n’en est rien: mièvrerie, culpabilisation et colère surjouée alternent entre une Hannah qui attend en vain les dénégations d’une vérité qu’elle connaît pourtant parfaitement et un Martin qui aurait aimé ne pas avoir fait les « mauvais choix », ne pas avoir été ce philosophe lié à Hitler, etc… Elle croirait n’importe quoi pour lui pardonner, il dirait n’importe quoi pour la convaincre, parce que malgré toute cette boue, ils s’aiment toujours. Super ! Et que dire de cette dernière partie surnuméraire et surexplicative, totalement superflue…

Si on ne citait par ci, par là, deux ou trois œuvres philosophiques comme « L’Etre et le Néant », la correspondance de Sartre et Heidegger, s’il n’y avait ces photos de New York et Berlin, quelques noms du régime SS  et ces propos antisémites provocateurs de Madame Heidegger, il pourrait s’agir de n’importe quel couple n’ayant jamais oublié leur liaison passionnée et se revoyant après vingt ans de silence. Et pourtant, il ne s’agit pas de n’importe quel couple ! Il y a quelques années, j’ai étudié la pensée d’Hannah Arendt et un peu aussi celle de Heidegger et pourtant, en sortant de la pièce, rien de tout ça n’en ressort. Même si ce n’est pas le sujet central de la pièce, c’est vraiment dommage d’avoir si peu profité de l’œuvre de ces deux très grands philosophes au moins en arrière-plan… In fine, seul l’emballage se veut intello, parce que quand on creuse un peu, on s’aperçoit que le fond est bien bien mince. L’écriture d’Antoine Rault est lourde, scolaire, trop appliquée, laborieuse et prétentieuse. Les dialogues ne font pas mouche et l’intensité dramatique est inexistante. Dommage.

C’est où ?
« Le Démon de Hannah »
Comédie des Champs-Elysées
15, avenue Montaigne (8è) – M° Alma-Marceau
A 21h du mardi au samedi. A 16h30 le dimanche.

*****

Ma semaine des gourmandises continue avec ma review du Salon du Chocolat 2009, qui sera mise en ligne en fin de matinée.

Ma rentrée théâtrale #3 – « Vie Privée » au Théâtre Antoine

VPTroisième pièce de ma rentrée théâtrale aujourd’hui: « Vie Privée » au Théâtre Antoine. A l’origine de cette adaptation, une pièce signée Philip Barry qui triompha à Broadway et dont George Cukor tira un film « The Philadelphia Story » avec dans les rôles principaux: Katherine Hepburn, James Stewart et Cary Grant. Excusez du peu ! Voici donc cette œuvre de retour à la scène, dans une adaptation et mise en scène de Pierre Laville. Et c’est pas gagné…

Le pitch: A la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans la high society de Philadelphie, la riche héritière Tracy Lord s’apprête à se remarier sous l’œil d’un tandem de journalistes et de son futur ex-époux, Dexter, décidé à la reconquérir. Décor feutré et luxueux, jeu de mensonges et faux semblants, règlements de comptes familiaux, ballet de la séduction et valse des sentiments : la comédie romantique – ici rebaptisée « Vie privée » – est en marche.

Alors que je m’attendais à une histoire virevoltante et pétillante dans laquelle on ne s’ennuie pas une seconde, la pièce s’essouffle très rapidement du fait d’une adaptation assez bancale et d’une mise en scène plutôt mal rythmée. Elle manque cruellement de fluidité et de légèreté, alors que ça semblait a priori être son but premier. Avouez que ça part mal tout de même ! Au final la pièce repose plus sur un effet d’affiche qu’autre chose… et malheureusement, ça ne suffit pas. Anne Brochet n’est pas convaincante du tout dans son numéro de grande bourgeoise futile et paumée dans ses errances sentimentales. Idem pour François Vincentelli dans son rôle d’amoureux facétieux mais qui est finalement complètement insipide et transparent… Seuls Claire Vernet, en mère déboussolée et Yves Gasc, en vieil oncle gentiment lubrique tirent un peu la couverture à eux.

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Alors qu’y a-t-il à sauver là-dedans in fine me demanderez-vous ? (oui, j’anticipe !). Et bien, la bonne surprise de cette pièce est la performance de Julien Boisselier, qui domine largement l’ensemble et que j’ai trouvé formidable dans le rôle de Macaulay Connor (le personnage joué par James Stewart dans le film). Ecrivain raté et reporter dans un journal à scandales, fine moustache, feutre mou et costard un peu miteux, grognon invétéré au jugement grinçant, il grimace et dézingue les riches comme personne : « J’ai rarement vu pareil assemblage de gens inutiles ! ». Du début à la fin, il s’amuse comme un petit fou et nous amuse aussi au passage ! OUF !

C’est où ?
« Vie Privée »
Théâtre Antoine
14, Bd de Strasbourg (10è) – M° Strasbourg-St Denis

Ma rentrée théâtrale #2 – Francis Huster joue « Traversée de Paris » aux Bouffes Parisiens

Voici mon coup de cœur théâtral de la rentrée (so far): « Traversée de Paris », le texte de Marcel Aymé, interprété par Francis Huster au théâtre des Bouffes Parisiens.

Soyez à l’heure au théâtre, car le spectacle commence 15 minutes avant la représentation. Et la surprise est de taille ! Adossé à la scène, Francis Huster s’adresse au public avant de se lancer dans son interprétation de « Traversée de Paris », nouvelle de Marcel Aymé dans laquelle Martin et Grandgil, deux compères de fortune, entreprennent une traversée nocturne de la capitale occupée pour livrer de la viande au marché noir. Ce dialogue avec les spectateurs est particulièrement important pour saisir toute la portée de ce texte si bien mis en valeur grâce au talent du comédien et à sa capacité à se transcender. Arrivez à 18h45 et écoutez-le présenter son projet avec passion, parler de Marcel Aymé et citer Henri Janson, rappeler la vérité des engagements de l’écrivain, parler de sa passion pour son oeuvre, de son choix de mettre en scène un texte aussi puissant et de le porter en plusieurs voix comme il l’avait fait pour « La Peste » de Camus.

affiche

A 19h, au pied de la scène, le spectacle se poursuit dans l’émotion après l’écoute de la chanson préférée de Marcel Aymé « Revoir Paris » de Charles Trenet, qui raisonne très haut dans le théâtre des Bouffes Parisiens. Ensuite, devant le rideau fermé, Huster dit le texte et joue chacun des protagonistes l’un après l’autre, dans un geste théâtral à la fois littéraire, politique et poétique. Habité comme jamais, Francis Huster donne de sa personne (d’ailleurs, je vous conseille d’éviter les premiers rangs, sauf si vous sortez le parapluie), navigue d’un bout à l’autre de la scène, investit la salle, passe d’un personnage à l’autre avec une facilité absolument bluffante.

Je vous préviens quand même: quand on voit la pièce, il vaut mieux mettre un peu de côté « La Traversée de Paris » de Claude Autant-Lara, puisqu’il faut savoir que seuls les dialogues de Marcel Aymé ont été gardés dans ce film. Il est sorti en 1956, dans un contexte d’apaisement des esprits, quelques années après la fin de la guerre et Huster nous raconte comment Autant-Lara en a ôté tout l’aspect un peu politiquement incorrect pour que ça ne choque pas le public. Malgré cette distance mise d’emblée avec le film, difficile de s’empêcher de voir des p’tits bouts de Gabin et de Bourvil dans les mimiques de Francis Huster à plusieurs moments.

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Un grand moment de théâtre, que je vous recommande sans une once d’hésitation !

C’est où ?
« Traversée de Paris »
Bouffes Parisiens
4, rue Monsigny (2è) – M° Quatre Septembre
Pas mal de tarifs réduits sont disponibles sur les sites habituels, profitez-en !

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