Mes expos

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Quand le Grand Palais accueille Claude Monet…

Des mois, des années même, que j’attendais ça: une exposition parisienne de grande ampleur entièrement consacrée à mon peintre préféré ! Il y a 6 ans, je m’étais déjà régalée avec l’exposition Turner, Whistler, Monet également présentée dans le cadre des Galeries Nationales du Grand Palais mais ce n’était rien en comparaison du plaisir que j’ai ressenti lors de la visite de cette exposition. Claude Monet est un artiste avec lequel je suis presque incapable d’intellectualiser les choses: c’est mon peintre « de cœur » (ça a l’air cul-cul la praline dit comme ça, mais j’assume, allez hop !) et devant ses œuvres, je ne suis que sensations, ressentis et émotions -souvent intenses (oui, je pleurs parfois devant les Nymphéas du Musée de l’Orangerie et il m’est arrivé de verser une larmichette devant La pie…) et toujours intactes. Du coup, c’est avec un plaisir immense que je me suis rendue la semaine dernière au Grand Palais, carte Sésame en poche (le billet coupe-file c’est pas mal aussi, sinon, je vous suggère de prendre votre mal en patience), pour visiter LA grande exposition/rétrospective de la rentrée. Et je n’ai pas été déçue, loin de là !


Après un été sous le signe de l’impressionnisme en Normandie, le Grand Palais rend donc à son tour hommage au chef de file du mouvement, avec cette rétrospective exceptionnelle regroupant près de 180 œuvres. Pas une année ne s’écoule sans que le maître ne fasse l’objet d’une exposition, mais aucune monographie digne de ce nom n’avait été organisée à Paris depuis celle de 1980, déjà au Grand Palais. Les commissaires de l’exposition n’ont pas souhaité nous proposer une rétrospective trop exhaustive mais ont voulu plutôt nous montrer l’évolution (non exempte de contradictions internes) du travail du maître en l’émancipant, selon Guy Cogeval co-commissaire de l’expo et Président des Musées d’Orsay et de l’Orangerie, « des limites étroites de l’impressionnisme ». Le parcours de l’exposition est donc à la fois chronologique et thématique, articulé autour de l’année 1890, année charnière marquant le début du succès commercial, l’acquisition de la maison de Giverny et le travail sur les séries.

La première partie
de l’exposition expose ses peintures antérieures à 1890. Elle rassemble les paysages préférés de l’artiste. Cela commence par la forêt de Fontainebleau et ses allées boisées, puis la côte normande, qui lui inspire de superbes mers peuplées de bateaux. Elle présente un peintre nomade qui, au fil de nombreux déménagements dictés par ses difficultés financières, mais également imposés par plusieurs voyages, peint sur le motif. Formé par Boudin et débutant dans l’influence du paysagisme de l’Ecole de Barbizon, Monet est donc un peintre du paysage. On voit qu’il traite les motifs contemporains peignant les hommes dans leur travail comme dans leurs loisirs, pratiquant un « naturalisme d’émotivité ». Sa toile Impression, soleil levant marque, quant à elle, le début de l’impressionnisme, une esthétique qui se retrouve dans les paysages de la côte normande dans lesquels il renouvelle l’iconographie des bords de mer comme dans les terrasses du Sud. Au fil du temps, ses paysages s’épurent, se vident de la figure humaine et se dépouillent des habitations. C’est à ce moment-là que le peintre adopte des points de vue spectaculaires et se concentre sur la lumière, le mouvement et l’instant.

La seconde partie
de l’expo, qui démarre en 1890, est consacrée aux œuvres de la maturité placées sous le signe de l’intériorité, de la peinture décorative mais aussi (et beaucoup) des séries de toiles. Monet a 50 ans. Il vit à Giverny, où il restera jusqu’à sa mort. Dès ses débuts, il aimait peindre des toiles par paires, représentant un même motif sous des éclairages différents. Appliquant l’esthétique du fragment introduit par le romantisme et stimulé par les effets de lumière fugaces, il en arrive au principe de la série qui décrit tous les états d’un paysage selon les heures et les saisons. L’exposition met en parallèle cinq « Meules », autant de « Peupliers » et de « Cathédrales », avant d’en arriver aux « Ponts japonais » dans le jardin de Giverny et aux « Vues de Londres » dans le brouillard.

Monet exprime un penchant pour la méditation par des effets de brume qui évoquent la rêverie. Ses toiles peintes à Venise ressemblent à des paysages imaginaires, où la ville aux couleurs irréelles, paraît sortir de l’eau. Mais ce thème semble trouver son aboutissement ultime dans la représentation obsessionnelle des « Nymphéas ». L’artiste guette les ombres colorées, les lumières tamisées, les reflets transparents et les mouvements évanescents. Avec audace, il mêle l’eau, le ciel, le vent, les fleurs et bleus, mauves, blancs, verts se rejoignent, annonçant l’abstraction.


L’exposition est spectaculaire puisqu’elle se déploie sur un espace d’environ 2.500 m². Le foisonnement de couleurs et d’émotions auquel elle nous confronte, témoigne de l’incroyable dextérité de Monet, qui impressionne encore une fois par la variété de ses inspirations et de sa touche. Mais on reste surtout ébloui par ce que Monet a produit de plus extraordinaire: ces Nymphéas sublimes et qui laissent sans voix, un vrai choc visuel sur lequel se termine la visite. La scénographie très sobre mais réussie d’Hubert Le Gall met subtilement en valeur le parcours avec ses cimaises grises et ses moquettes rouges veloutées. Une visite riche et passionnante donc, qui permet de voir ou de revoir des chefs-d’œuvres présents dans les collections étrangères, d’en apprendre plus sur l’artiste et son travail incroyable (pour ceux qui ne connaissent pas bien) et surtout d’en prendre plein les yeux. Pour moi (mais je ne suis pas très objective, vous l’avez compris), c’est l’expo immanquable de la saison et petit conseil, si vous souhaitez la visiter dans de bonnes conditions, je vous conseille de vous lever de bonne heure car il y a BEAUCOUP de monde. Encore plus que d’habitude… Mais patience, car ça vaut le coup d’œil et pour tout vous dire, j’ai franchement hâte de m’y rendre à nouveau (c’est ça le « truc » quand on a une carte Sésame Duo… j’ai promis à 2 amies que j’irai avec elle, donc j’dois y retourner en novembre et en décembre !).

Dernière chose
: que vous alliez visiter l’expo ou pas, je vous recommande chaudement de vous rendre ici sur le sublime site de l’exposition divisé en deux parties distinctes.
* La galerie, dans laquelle on peut soit visiter le parcours de l’exposition en 3 thèmes (Monet et Nation – Figures et Natures mortes – Rêves et réflexion), soit suivre la présentation des tableaux avec description des œuvres.
* Le voyage, une expérience interactive, magnifique, poétique et incroyable (sur 12 tableaux) que je vous incite à faire.


A venir
: CR de l’expo de l’autre exposition Monet du musée Marmottan qui présente pour la première fois l’intégralité de sa collection de tableaux du peintre, riche d’une centaine de toiles, dont le fameux Impression Soleil Levant.

En attendant, je vous propose:
* Une petite balade au Musée de l’Orangerie (où l’on peut admirer des immenses panneaux des Nymphéas… Rien à voir avec ce que l’on trouve à Orsay pr exemple) ici.
* Une balade en images à Giverny (qui date d’il y a un an et demi) ici.

C’est où ?
Monet
Galeries Nationales du Grand Palais.
3 avenue du Général Eisenhower (8è) – M° Champs-Elysées Clémenceau
Jusqu’au 24 janvier 2011.
Ouvert tous les jours de 10h à 22h (sauf le mardi, jusqu’à 14h et le jeudi, jusqu’à 20h). Horaires étendus pour les vacances scolaires: ouvert tous les jours de 9h à 23h (y compris le mardi).
Plus d’infos ici.

« D’or et de feu, l’Art en Slovaquie à la fin du Moyen Âge » au Musée du Moyen Âge

Avant d’aller visiter l’une des deux grandes expositions du moment des Galeries Nationales du Grand Palais, à savoir France 1500, je suis allée récemment découvrir la nouvelle expo présentée au musée du Moyen Âge (longuement) nommée: « D’or et de feu, l’Art en Slovaquie à la fin du Moyen Âge ».

Qu’est ce qui se cache derrière ce titre à rallonge ? Et bien, un (petit) panorama de la période médiévale en Slovaquie, qui nous invite à découvrir et à comprendre la place qu’a tenu ce foyer artistique de premier plan dans l’Europe du XVè siècle. Les prêts consentis par des musées, collections et, pour la première fois et à titre exceptionnel, par des édifices religieux slovaques permettent de présenter les productions les plus représentatives de cet art : éléments de retables sculptés et peints, objets d’orfèvrerie et manuscrits, autant de témoignages de la richesse économique et culturelle du pays. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la période est loin d’être creuse et inintéressante dans cette région du monde puisqu’au XVè siècle, la Slovaquie est une province du royaume de Hongrie, intégrée au puissant empire des Habsbourg. Elle connait une prospérité sans précédent liée à l’essor des comptoirs marchands et au développement des mines de métaux précieux, et devient un véritable carrefour commercial qui brasse une population cosmopolite: marchands allemands, noblesse hongroise, agriculteurs slavophones… Si l’art de cette région doit beaucoup aux œuvres et aux artistes des pays germaniques limitrophes, et notamment de Vienne, des personnalités comme maître Paul -dont on voit quelques œuvres dans cette expo-, émergent et développent une création originale particulièrement bien préservée.

Un sujet loin d’être évident, donc, pour cette nouvelle exposition du musée du Moyen Âge et même si le thème est assez loin de ce que l’on a l’habitude de voir, on y apprend mal de choses (en même temps je suis loin d’être une spécialiste de la période, mais c’est toujours intéressant de combler ses lacunes !) sur l’âge d’or d’une région à la croisée d’influences variées et les œuvres sont splendides, inédites et de qualité. Les objets d’orfèvrerie, les sculptures et les peintures donnent un aperçu de l’intensité et de l’étendue de l’activité artistique de l’époque et frappent par leurs dimensions et la qualité de leur décor. La scénographie a été totalement repensée pour l’expo et met joliment en valeur les sculptures, que ce soit au niveau de leur exposition ou de leur mise en lumière, par exemple. Et quel plaisir de découvrir des œuvres rares dans un cadre aussi spectaculaire et exceptionnel que celui du Frigidarium du musée de Cluny !

Une expo à visiter lors d’une balade dans le très beau musée du Moyen Âge (pensez-y si vous ne l’avez pas encore visité, c’est gratuit tous les premiers dimanches du mois) ou comme une intéressante entrée en matière avant de visiter l’exposition consacrée à la France en 1500 au Grand Palais ! Pour finir, je vous propose une courte balade en images

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Merci à Claire pour cette jolie visite ;)

C’est où ?
« D’or et de feu, l’Art en Slovaquie à la fin du Moyen Âge »
Musée de Cluny – Musée National du Moyen Âge
6, place Paul Painlevé (5è) – M° Cluny la Sorbonne
Jusqu’au 10 janvier 2011.
Ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 9h15 à 17h45.
Tarifs: 8€50 ou 6€50 (tarif réduit sur présentation du billet d’entrée payant à l’exposition « France 1500 » qui a lieu en ce moment aux Galeries nationales du Grand Palais et jusqu’au 10 janvier 2011).
Gratuit pour les moins de 26 ans et pour tous le 1er dimanche du mois.
Plus d’infos sur le site du musée.

Bilan des expos de la semaine: de la Russie à Singapour

Encore deux expos vues cette semaine dont je n’ai pas eu le temps de vous parler ici: « La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov » au Musée de la Vie Romantique et « Baba Bling – Signes intérieurs de richesse à Singapour » au Musée du Quai Branly.

Pour commencer quelques mots sur la toute nouvelle exposition proposée par le musée de la Vie Romantique: « La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov », qui m’a beaucoup déçue. Et pourtant, rien que le titre avait de quoi m’affoler et me donner envie de m’y précipiter (suis passionnée par la culture russe, j’vous le rappelle !). L’affiche nous dit qu’il s’agit d’une sélection d’œuvres du romantisme russe présentée pour la première fois à Paris. L’expo nous propose 80 peintures et dessins, sculptures et objets d’art prêtés exceptionnellement par la galerie nationale Tretiakov de Moscou (musée national fondé en 1856 à Moscou par Pavel Tretiakov, un industriel et mécène d’exception). Ces œuvres témoignent de la puissance impériale retrouvée après les dramatiques campagnes napoléoniennes, lorsque le tsar Alexandre Ier puis son frère Nicolas Ier prônent une identité nationale féconde, qui puise ses racines bien au-delà de l’emblématique anneau d’or. Ainsi s’est immortalisée une Russie romantique aux chefs-d’œuvre intemporels, traduite ici par d’éclatants portraits signés Karl et Alexandre Brioullov, Kiprensky ou Sokolov, des paysages sourds de Vorobiev et Ivanov, de poétiques intérieurs de Tikhobrazov et Antonov, des trompe-l’œil et bas-reliefs de Fedor Tolstoï.

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Sur le papier, il y avait donc largement de quoi se réjouir non ? Et pourtant, cette expo m’a franchement déçue car même si les œuvres présentées sont loin d’être dénuées d’intérêt (particulièrement si l’on s’intéresse un peu à la culture russe, ne nous le cachons pas), on n’apprend pas grand chose si ce n’est ce que nous explique très brièvement le seul et unique panneau situé dans la première salle: ce sont là les premiers tableaux russes qui ne sont pas des œuvres religieuses (mais si vous aviez vu l’exposition « Sainte-Russie » au Louvre -dont je vous parlais ici il y a quelques mois-, c’était très bien expliqué) et qu’ils s’inscrivent dans une période de renouveau, au même titre que les écrits de Gogol, Pouchkine ou Lermontov. Et c’est tout ? Et oui. Une expo qui laisse sur sa faim donc, j’étais venue chercher quelque chose que je n’ai pas trouvé.

Galerie Tretiakov, Moscou

Durant le parcours, on a parfois du mal à comprendre la cohérence de l’ensemble, on s’amuse (façon de parler) à chercher un sens, un thème, une chronologie dans chaque salle, à essayer de deviner ce qui se cache derrière la présence de telle ou telle œuvre… mais rien ne nous est donné. Rien. Alors, certes, c’est un petit musée, l’endroit est joli comme tout et a un charme suranné qui raisonne dans chaque craquement de son vieux parquet, le salon de thé est vraiment très agréable MAIS ce n’est pas une excuse pour faire payer un billet d’entrée à 7€ pour voir une exposition où l’on nous donne quelques tableaux et sculptures à voir par ci par là, et basta. Mouais… Je vous avouer que cela m’a laissée perplexe et même si j’aime bien ce musée pour tout un tas de raisons, je trouve ça un peu fort. Après, si vous souhaitez aller y faire un tour, je peux le comprendre mais au moins, vous serez prévenus !

C’est où ?
« La Russie romantique à l’époque de Gogol et Pouchkine – Chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov »
Musée de la Vie Romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16, rue Chaptal (9è) – M° Saint-Georges ou Pigalle.
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h.
Jusqu’au 16 janvier 2011.
Tarifs: 7€ / 5€ / 3€
Site du musée.

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Autre expo visitée cette semaine: « Baba Bling signes intérieurs de richesse à Singapour » (et en Malaisie) au musée du Quai Branly. Une très jolie exposition dès lors qu’on s’intéresse aux arts décoratifs ET qu’on est curieux de tous les p’tits détails de la vie quotidienne de cultures qui n’ont rien en commun avec la nôtre.

L’exposition nous emmène donc à la rencontre d’une communauté d’immigrés qui a créé une culture unique en laissant sa propre culture d’origine s’imprégner des influences, coutumes et croyances de leur pays d’adoption. C’est vraiment très intéressant ! A Singapour, le terme « Baba » désigne un « homme chinois » et, par extension, les descendants des communautés chinoises qui se sont intégrées dès le XIVè siècle dans le sud est asiatique et qui ont incorporé au fil des siècles de nombreux aspects de la culture malaise dans leur culture d’origine (pour info, le « Baba » désigne aussi le chef de famille qui a intégré des éléments de la culture européenne, via ses parents et ses grands parents pendant la période coloniale). L’Asie du Sud-Est a été un carrefour commercial qui a attiré de nombreux marchands. Certains d’entre eux s’y installèrent et se marièrent avec des femmes de la population locale. Le terme malais Peranakan – qui signifie « enfant de » ou « né de » – est utilisé pour faire référence aux enfants de ces couples mixtes. Par extension, il désigne les différentes communautés d’immigration ancienne en Asie du Sud-est, qui ont incorporé de nombreux aspects de la culture malaise dans leur culture. Les Peranakan comprennent plusieurs groupes ethniques d’origines indiennes et chinoises.

L’exposition, qui présente la collection unique au monde du musée Peranakan, se concentre sur les Peranakans aux origines chinoises et malaises – les « Baba » donc – qui forment le groupe le plus large. Elle propose un ensemble d’environ 480 pièces de la culture luxueuse et raffinée de ces communautés chinoises implantées à Singapour. Les objets présentés – mobilier, textiles ornés de perles et de broderies, porcelaine… – qui empruntent leurs formes, motifs et couleurs aux cultures chinoises et malaises, marquent l’identité des Peranakan. Ils datent pour la plupart de la fin du XIXè siècle ou du début du XXè siècle. Cette période correspond à un important essor économique ayant permis à de nombreuses familles chinoises de Singapour de s’enrichir. Elle marque ainsi l’apogée des communautés Peranakan qui s’est matérialisée en partie par un art de vivre dont la maison était le cœur et le signe extérieur le plus important. C’est pourquoi le fil directeur choisi pour cette expo est la maison « Baba », témoin le plus concret de l’identité culturelle des « Baba », tant par son architecture ou ses couleurs que par l’agencement des pièces et des objets présentés à l’intérieur.

L’exposition propose un parcours organisé en « period rooms » avec une scénographie originale reposant sur l’évocation et la création d’atmosphères particulières propres à cette culture. En effet, le choix des couleurs (rose et vert notamment), l’aménagement et la décoration des pièces par des mobiliers et objets « métisses » mixant style chinois, européen et malais sont représentatifs du mode de vie des « Baba » et de l’histoire très particulière de cette communauté. Voyez plutôt:

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Visuellement, c’est sublime, plein de vie et de couleurs, la scénographie est bien faite et intelligemment conçue, les objets mis en avant sont intéressants, tout est prétexte à une histoire ou à une tradition, et surtout à l’émerveillement et à la découverte, car on est bien bien loin de notre quotidien occidental ! Et contrairement à l’exposition dont je vous parlais juste au dessus, ici tout est expliqué et avec de multiples détails, en plus. Chaque objet a une signification ou une utilisation précise et des tas d’encarts spécifiques ont été créés pour ne pas nous laisser dans l’obscurité. Après, si vous êtes de gros curieux, vous pouvez aussi télécharger l’audioguide ici (3€) ou le guide iPhone ici (2€99). Mais ça se visite très bien sans aussi. Ouf ! On en apprend donc beaucoup sur une culture singulière et très riche, tout en en prenant plein les yeux. Vous dire que cela donne envie de s’évader en Asie serait un doux euphémisme ! Et si vous avez des enfants, des tas d’animations et d’ateliers ont été imaginés pour eux, ça devrait leur plaire. A voir.

C’est où ?
 » Baba Bling – Signes intérieurs de richesse à Singapour »
Musée du Quai Branly- Galerie Jardin
37, quai Branly (7è) – RER Pont de l’Alma
Ouvert les mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h et les jeudi, vendredi et samedi, de 11h à 21h. Fermé le lundi sauf pendant les vacances scolaires (toutes zones).
Plus d’infos sur le site du musée.
Jusqu’au 30 janvier 2011.

« Brune Blonde » à la Cinémathèque Française

Nouvelle semaine, nouvelles expos, et je commence avec « Brune Blonde » que j’ai eu la chance de pouvoir visiter lundi matin à la Cinémathèque Française.


Rythmée par de nombreuses projections d’extraits de films, l’exposition a pour centre de gravité le cinéma et ses actrices mythiques: cheveux courts ou longs, voilées ou sensuelles, brunes et blondes, sans oublier les rousses qui ne figurent pas dans le titre mais sont représentées visuellement par l’énormissime sculpture d’Alice Anderson, The Isolated Child, que vous ne pourrez pas manquer si vous passez devant le bâtiment !

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♥ Suivant des axes aussi bien esthétiques que thématiques, le parcours se divise en 5 grandes parties:
* Le mythe – Entêtante et obsédante, la chevelure nourrit l’imaginaire des XIXè-XXè siècles, des tableaux de Picabia à ceux de Rossetti, des photos de mode d’Avedon aux lambeaux d’affiche de Rotella, de la « Lana Turner » de Warhol aux auto-portraits de Cindy Sherman, des films de Buñuel à ceux de Lynch. Sur un écran géant décomposé en de multiples petits écrans, la blondeur souveraine, défile comme dans un kaléidoscope affrontant sa brune rivale.
* Histoire & géographie de la chevelure – Le cinéma s’est fait le porte-parole de la blondeur (dont la conception même a évolué dans le cinéma hollywoodien puisqu’on est passé de la blonde reléguée -jusqu’aux années 30- aux rôles d’épouse fidèle à celle de la blonde vamp tentatrice durant les décennies suivantes), mais ce n’est finalement qu’une petite histoire qui découle de la grande. Dès la fin des années 30, Hitler récupère le mythe de la blondeur nordique pour l’utiliser à des fins raciales. Répandu aux États-Unis et en URSS, le modèle de la blonde exclut les minorités de l’imaginaire national: les noires et les latino-américaines en Amérique, les minorités ethniques en Russie. Mais de nos jours, la montée en puissance de nouveaux modèles venus d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine fait tourner le vent de la mode. Dictés par les changements mondiaux, les codes de beauté capillaire finissent par se métisser et affaiblissent le mythe et l’impérialisme de la blondeur.
Émancipations – Des garçonnes des années 20 à la coupe afro des Black Panthers, en passant par la coupe courte de Françoise Sagan reprise au cinéma par Jean Seberg dans Bonjour tristesse, la chevelure a joué un rôle d’étendard dans le refus des femmes d’adhérer à un modèle imposé par le cinéma dominant. La politique du féminisme a été celle du couper-court: à la domination masculine, aux soumissions sociales et politiques, à l’aliénation à un modèle univoque du désir…
* Les gestes de la chevelure – Voiler/dévoiler, relever/lâcher, dénouer, brosser, orner… La gestuelle liée à la chevelure féminine s’inscrit dans une longue tradition iconographique particulièrement riche dans la seconde moitié du XIXè siècle. Des peintres, mais aussi des sculpteurs, l’immortalisent. Dès son avènement, le cinéma s’empare de cette gestuelle et lui insuffle temps et mouvement. Il la rend plus ambigüe et soudain capable de pouvoir suggérer des sentiments contradictoires dans une même image.
Le cabinet photographique dans lequel 3 artistes sont à l’honneur. Certains photographes ont fait de la chevelure féminine une obsession personnelle. Loin de tout naturalisme, Man Ray l’a mise en scène comme une matière tactile, animée d’une vie plastique quasi indépendante. Édouard Boubat a photographié de façon intime la chevelure des femmes de sa vie. Bernard Plossu ne résiste pas à attraper à la volée, si la lumière s’y prête, une femme qui court et dont la chevelure fait signe à sa passion des belles passantes.
* La chevelure au cœur de la fiction (rivales, métamorphose, travestissement, relique…) – Une grande pièce retrace  les 3 scénarios de la chevelure féminine. Le plus classique est la rivalité entre brunes et blondes. Peintres, photographes et cinéastes s’y sont essayés. Il devient dédoublement mystérieux chez Hitchcock et chez Lynch. Le plus troublant est le travestissement et la métamorphose, qui voient les femmes devenir tantôt Méduse, tantôt sorcière, tantôt fleur ou Ophélie flottant dans l’eau. Mais la chevelure peut aussi devenir mortifère, du côté de la relique ou du fétiche, voire des fantômes ou des revenants.
* Vers l’abstraction (cheveu-matière) ou la chevelure comme vecteur de l’émotion à la place du visage: on le voit à travers les chevelures noires en tôles ondulées de Fernand Léger qui renvoient autant au matériau industriel qu’aux toisons opulentes de la grande peinture classique ou dans les cheveux blonds toujours en mouvement de Monica Vitti dans L’avventura d’Antonioni.
– A la fin de l’expo, 6 cinéastes (Abbas Kiarostami, Isild Le Besco, Pablo Trapero, Yousry Nasrallah Nobuhiro Suwa et Abderrahmane Sissako) nous livrent, en exclusivité dans une petite salle de cinéma conçue pour l’occasion, leur vision de la chevelure féminine à travers 6 courts métrages spécialement réalisés pour l’exposition.

♥ On se rend compte à quel point les cinéastes, grands pourvoyeurs d’icônes, ont pu façonner les actrices en inventant des styles qui ont guidé des générations entières: les cheveux courts dans les années 20 (à la Louise Brooks), les chevelures platinées dans les années 30 (à la Jean Harlow), les teintures rousses flamboyantes dans les années 40 (à la Rita Hayworth), les coiffures lâchées à la Brigitte Bardot dans les années 50, les coupes androgynes à la Jean Seberg dans les 60’s, etc… L’expo montre très bien les interactions conscientes et inconscientes que le cinéma entretient avec les autres arts dans la représentation de la beauté et du mystère féminin. Le cinéma ne s’est jamais privé de déployer dans la durée les gestuelles liées à la chevelure, dont de nombreux peintres, sculpteurs et photographes ont immortalisé la grâce. L’exposition propose, du coup, des filiations esthétiques assez inattendues: une peinture pop (I lives for an hour de McDermott & McGough) qui dialogue avec une gouache préraphaélite, des litographes Art Nouveau qui riment avec peinture surréaliste (Paul Delvaux), une sculpture des Danaïdes de Rodin qui fait écho à une série de photographies minimalistes en noir et blanc, etc… On voit aussi la tendance des arts du XXè siècle (dont le cinéma, évidemment) à réinterpréter des figures mythologiques comme Ophélie, la méduse, Mélisande ou Rapunzel.

♥ Et bien, je dois vous avouer que j’ai été particulièrement charmée par cette nouvelle expo présentée à la Cinémathèque Française. Le thème est vraiment passionnant, très riche et j’ai trouvé les angles d’approche choisis plutôt pertinents. La présentation est très complète puisqu’elle met en parallèle le cinéma classique et le cinéma de la marge, le cinéma d’occident et le cinéma d’orient, le cinéma d’hier (Buñuel, Hawks, Antonioni, Bergman…) et le cinéma d’aujourd’hui (Wong Kar-waï, Kiarostami…), etc… La scénographie, magnifique, est vraiment très réussie, ce qui fait qu’on se balade à travers les salles avec beaucoup de plaisir, c’est très agréable ! Les explications sont là, suffisamment fournies pour être intéressantes, mais pas trop, histoire de nous montrer par l’image plutôt que de chercher à nous faire intellectualiser à l’excès tous les éléments fournis. Bref, une jolie exposition où l’on apprend beaucoup, qui donne à voir et à imaginer, qui nous montre de belles œuvres (filmées ou pas) et qui offre une image belle et glamour de la femme, à travers sa chevelure.

♥ Amoureux des femmes, du cinéma ou simples curieux: n’hésitez pas ! Voici quelques images du parcours pour vous donner une idée de ce qui vous attend :

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♥ Dans le même registre, voici une partie de la très chouette programmation de films proposée par la Cinémathèque dans le cadre de cette exposition, où la chevelure est plastiquement ou scénaristiquement présente : Belle de jour de Buñuel, Certains l’aiment chaud de Billy Wilder, Les hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks, Le Mépris de Godard, La Nuit du chasseur de Charles Laughton, Étreintes brisées de Pedro Almodovar, Gilda de Charles Vidor, etc…

Et aussi: un livre co-édité par Skira-Flammarion et la Cinémathèque Française, un cycle de 6 conférences à partir du 11 octobre, un documentaire d’Alain Bergala Brunes et Blondes – La chevelure au cinéma qui sera diffusé sur Arte le 28 novembre à 22h10, un coffret DVD, une programmation spéciale jeune public, …

C’est où ?
« Brune Blonde »
Cinémathèque Française
51, rue de Bercy (12è) – M° Bercy
Ouvert du lundi au samedi de 12h à 19h (nocturne le jeudi jusqu’à 22h), et le dimanche de 10h à 20h. Fermé le mardi.
Tarifs: 8€ / 6€50, forfait expo + film à 10€, etc…
Le site.
Du 6 octobre au 16 janvier 2011.

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Au passage, je vous rappelle aussi que très prochainement auront lieu 2 intéressantes rétrospectives.

* Larry Clark, du 8 au 10 octobre (programme & horaires ici).

* David Lynch, du 13 octobre au 1er novembre (programme & horaires ici).

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Hey, pssst ! Je reviens vous embêter cet après-midi avec un 2è article (oui, encooooore ! bouh).

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