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« Crime et Châtiment » à Orsay (et une parenthèse miam !)

Il y a quelques mois, lorsque j’ai vu que le musée d’Orsay allait présenter une expo sobrement intitulée “Crime et Châtiment”, j’ai été sincèrement ravie par avance. Pour tout vous dire, je suis une fan absolue de littérature russe et particulièrement de Dostoïevski (que je rêve de pouvoir lire dans le texte un jour… *soupir*) dont la lecture de son Crime et Châtiment a été un vrai choc pour moi, à l’époque du lycée. Mais revenons au sujet ! A l’origine de cette exposition au musée d’Orsay, il y a Robert Badinter (ancien garde des sceaux qui, pour rappel, a fait voter l’abolition de la peine de mort en France en 1981) et Jean Clair, Académicien et Conservateur général du patrimoine.

Badinter explique: ”Pourquoi est-ce que l’homme tue ? Quelle est cette justice qui pendant si longtemps a elle-même tué l’homme ? Je me suis dit que l’art me permettrait d’avancer dans ma connaissance du crime et de ses châtiments”. Pour rappeler la fascination de tout temps des artistes pour le crime, Jean Clair mentionne, lui, que “Dans n’importe quel musée, plus de la moitié des œuvres traitent du crime“ et que “Dans la Littérature, la peinture ou le cinéma, les représentations du crime ou de la peine capitale sont à l’origine d’œuvres saisissantes”.

L’expo est divisée en plusieurs chapitres (Tu ne tueras point, La mort égalitaire, Figures du crime, Le crime et la science ou Canards et apaches) qui permettent au visiteur d’avoir accès à différents angles de vue sur le sujet. C’est vraiment bien pensé: certaines œuvres ne sont destinées qu’à provoquer un sentiment d’effroi, d’autres nous interrogent sur le sens moral du crime et du châtiment, certaines tentent de comprendre les motivations de l’assassin, etc…

Crime et Châtiment explore le regard des artistes sur le crime sur une période de deux siècles, de la Révolution française à l’abolition de la peine de mort en France le 30 septembre 1981. 1791/1981: deux siècles de débats, de la Révolution à nos jours, auront passionnément disputé du sens et de la valeur d’une peine qui, après avoir relevé de l’omnipotence d’un Dieu ou de l’autorité absolue d’un Roi (tempérée par le droit de grâce) ne serait plus administrée, dans la logique des Lumières, que par l’homme, et l’homme seul.

L’exposition montre à quel point la littérature, riche d’une très ancienne inspiration noire, a résonné de ces luttes et créé des personnages innombrables et inoubliables de criminels, de Sade à Baudelaire et Barbey d’Aurevilly, de Dostoïevski au Camus de l’Étranger… La figure du meurtrier, dans son énergie négative et sa complexité, est l’ombre portée du héros, son double ambigu, sa part de transgression la plus dérangeante car la plus attirante. On voit également que le crime est aussi très présent dans la presse: dans les journaux (de Lacenaire à Violette Nozières), et quotidiens illustrés, le crime de sang est amplifié par la fiction du romanesque et acquiert ainsi sa capacité fantasmatique. L’association du meurtre et de l’abus sexuel devient même un des must de la littérature à sensation et des images qu’elle véhicule ou provoque !

Dans le même temps, le thème criminel investit les arts visuels. Les toiles de Géricault, Goya, Blake, Degas, Munch, Magritte ou Picasso présentes dans l’expo sont saisissantes et témoignent de la popularité croissante de ce sujet au fil des siècles. Le cinéma assimile également très vite les charmes troubles d’une violence extrême, sa représentation la transformant même en plaisir, voire en volupté. Passionnante, l’exposition nous montre aussi la naissance de l’approche scientifique du comportement criminel au XIXè siècle (identification judiciaire, études scientifiques sur la criminalité…).

En plus des toiles, l’exposition est très riche et propose aussi des illustrations, des croquis de toutes sortes, des photographies policières ou anthropométriques, des coupures de presse sensationnelles, des moulages de têtes de meurtriers et violeurs, la porte des condamnés à mort du musée pénitentiaire de Fontainebleau, des archives policières, des affiches de théâtre, une étrange machine de torture inspirée de La Colonie pénitentiaire de Kafka et même une guillotine sous un voile noir qui trône de façon assez terrifiante dans la première salle de l’expo ! D’ailleurs, petite parenthèse, mais on voit bien que cet objet de mort emblématique de la fin du XVIIIè siècle, est très présent dans de nombreuses toiles à cette époque et même plus tard… De Hugo à Gauguin, de Villiers de L’Isle-Adam à Redon et Picasso, de nombreux artistes ont représenté la lame tranchante et la tête qui roule avec une précision qui fait froid dans le dos. L’expo s’achève sur la conclusion troublante que le succès de ces œuvres résonne comme l’aveu qu’en chacun de nous sommeillent des pulsions meurtrières et que nous sommes tous des criminels en puissance ! Sympa.

Voilà donc un sujet original pour une exposition. Au-delà du crime, il s’agit de poser encore et toujours la question du Mal, et de mettre en lumière, en plus de la circonstance sociale, l’inquiétude métaphysique. A toutes ces interrogations, force est de constater que l’Art, au sens large, apporte un témoignage spectaculaire ! Esthétique de la violence, violence de l’esthétique, cette exposition ne saurait que les réconcilier en rapprochant des images de toutes sortes. De plus, je l’ai trouvée extrêmement bien pensée et agencée, la scénographie est vraiment magnifique, ne serait-ce que visuellement. Et puis, contrairement aux récentes expos du musée d’Orsay, celle-ci est vraiment longue et bien fournie, on en a pour son argent !

En revanche, je vais malheureusement encore vous jouer la même rengaine mais, je vous souhaite bien du courage si vous souhaitez la visiter sans audio-guide ou sans avoir, au préalable, consulté de la documentation. Il y a très peu d’encarts explicatifs visibles (surtout dans la première partie, ça manque beaucoup près des tableaux), je trouve qu’ils auraient pu faire un effort de pédagogie sur certaines œuvres qui mériteraient beaucoup plus d’explications. M’enfin, ce n’est pas une raison de gâcher son plaisir car globalement, je l’ai trouvée vraiment très intéressante et j’ai bien l’intention d’y retourner au moins une fois (merci MuseO) !

A noter aussi, pas mal d’évènements intéressants autour de l’expo: conférences, débats, lectures (les étudiants du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique liront, en écho aux œuvres présentées, des textes de Hugo, Wilde, Kafka, Badinter…), concerts exceptionnels (de musique illustrant la thématique de la lutte entre le bien et le mal !) et le festival de ciné « criminels et bourreaux » présentant le regard des cinéastes sur le crime et son châtiment (jusqu’au 11 avril).

C’est où ?
Crime & Châtiment
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur (7è) – M° Solférino
Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 9h30 à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h45.
Tarifs: 9€50/7€. Pour les moins de 26 ans, l’entrée de l’expo n’est pas gratuite… c’est 1€50 (à payer au comptoir juste devant l’entrée de l’expo).
Jusqu’au 27 juin 2010.

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J’ai profité de cette visite pour enfin tester le restaurant du musée. Pour tout vous dire, à la base, j’y allais pour le brunch (conseillé par un blog !) mais en arrivant sur place, on m’a gentiment expliqué qu’ils ne le servaient plus depuis… 2 ans au moins ! Ça m’apprendra à ne pas assez vérifier mes sources, pfff ! Du coup, vu qu’on avait bien faim, on est quand même restés pour tester le déjeuner :)

Pour commencer, le cadre est somptueux, grandiose et assez unique. Le restaurant est situé dans l’ancien restaurant de l’hôtel d’Orsay, au premier étage du musée et a conservé toute sa magnificence depuis son ouverture en 1900. L’aménagement de la salle (classée Monument historique, quand même!) met en valeur lustres étincelants, plafonds superbement peints et dorures à n’en plus finir. Wow… Le salon de thé du musée Jacquemart-André (testé et désapprouvé ici) peut aller se rhabiller !

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Dans l’assiette, en revanche, c’est nettement moins impressionnant: des plats traditionnels, rien qui ne sorte des sentiers battus et des tarifs un chouïa élevés pour ce que c’est (de 14 à 23€ le plat et des desserts entre 6€15 et 8€50). Alors, certes, ce n’est pas mauvais, mais c’est vraiment loin d’être exceptionnel et ça reste assez ordinaire.

A la carte: salades, tartines, plats pas mauvais mais ultra conventionnels (entrecôte grillée/frites, cocotte de saumon, vitelottes et brocoli, risotto aux légumes, tartare de bœuf…) et menu du jour à 20€ (plat/dessert).

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Côté desserts, glaces ou sorbets, pâtisseries du jour, crème brulée, salade de fruits frais, cake au agrumes… Rien d’extraordinaire non plus, nous avons même été un peu déçus par le café gourmand et la verrine de riz au lait aux fruits rouges façon drapeau italien. Pas convaincus !

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Bref, un endroit à tester une fois pour le cadre ou pour boire un thé dans un bel endroit l’après-midi lors d’une balade dans le musée !

C’est où ?
Restaurant du Musée d’Orsay
Entrée par la porte C.
1, rue de la Légion d’Honneur (7è) – M° Solférino
Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 17h45, le jeudi soir jusqu’à 21h30 (menu découverte à 55€). Salon de thé de 14h45 à 17h45.
Plus de détails sur le site.

Kitano-mania à Paris

La Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille l’exposition Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre jusqu’au 12 septembre prochain. Pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, Takeshi Kitano est d’abord humoriste sur scène puis provocateur vedette du petit écran, acteur à la télévision et au cinéma, cinéaste aussi intuitif que génial &  auteur de films de gangsters épurés (Sonatine, Hana-bi…), d’une romance adolescente (A Scene At the Sea), d’une pochade obsédée par le sexe (Getting Any ?), d’un conte mélodramatique (Dolls), d’un film de sabre comme Zatoichi, de comédies auto-parodiques (L’Été de Kikujiro, Takeshis’…) ou du jubilatoire Battle Royale. Mais il est également peintre, romancier, éditorialiste, chanteur à ses heures… Sa double signature, Beat Takeshi pour la télévision et la comédie, et Takeshi Kitano pour le cinéma et la création plus « sérieuse », ne saurait suffire à organiser ses identités multiples. C’est l’un des rares cinéastes actuels à aller aussi loin dans l’expérience des contraires, mettant en jeu sa création, son image et sa raison.

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Pensée par Kitano lui-même pour la Fondation Cartier, l’exposition Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre présente des peintures et des vidéos, mais aussi des objets insolites, des décors et des machines fantasques. L’artiste promène le visiteur de surprise en gag, de jeu en leçon de choses, se moquant de l’art contemporain, jouant avec les sciences et s’amusant même des clichés associés à son pays ! Avec cette exposition, il voulait amener, selon ses propres termes « une autre définition au mot « art » : moins officielle, moins conventionnelle, moins snob, plus ordinaire ». Et pourtant, je vous garantie que cette exposition n’a rien d’ordinaire: colorée, un brin déjantée, complètement en adéquation avec l’univers loufoque et fantaisiste de l’artiste qui s’est amusé à métamorphoser le musée en un gigantesque parc d’attractions pour enfants de tous les âges !

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Kitano nous invite à découvrir un monde où la poésie enfantine a toute sa place que ce soit dans les couleurs vives de ses tableaux régressifs (presque naïfs même, mais plein de mélancolie), dans des sculptures loufoques à l’image de ce dinosaure rouge ou de ces poissons remplis de sushis, des marionnettes, des stands de jeux ou encore des écrans de télévision montrant ses folles interventions télévisées parfois à la limite du trash (il est quand même énormissime déguisé en Marie-Antoinette !). Une expo totalement farfelue et atypique qui se joue totalement des conventions, très ludique, interactive et qui nous emmène assez loin dans l’imaginaire de l’artiste. Je m’y suis vraiment amusée, et même si c’est vrai que c’est très léger et facile, j’ai trouvé ça drôle, piquant et surtout très ironique. Comme une sorte de métaphore décalée de l’art contemporain !

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Une expo aussi singulière et originale que son auteur. A voir, évidemment et si vous avez des enfants, n’hésitez pas, ils vont adorer !

C’est où ?
Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre
Fondation Cartier pour l’Art Contemporain (14è) – M° Raspail ou Denfert-Rochereau
Jusqu’au 12 septembre 2010.
Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h. Nocturne le mardi jusqu’à 22h.
Tarifs: 7€50/5€
Le site.

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Parallèlement à cette exposition, mais aussi à la sortie de son dernier film Achille et la tortue (en image ci-dessus) dans les salles françaises depuis le 10 mars, et enfin à la sortie de son livre Kitano par Kitano co-écrit avec le journaliste Michel Temman (paru le 24 février), le Centre Pompidou présente le cycle Takeshi Kitano, l’iconoclaste, la rétrospective la plus complète jamais réalisée à ce jour de son travail de cinéaste et d’acteur, en 40 films, téléfilms et documents, inédits pour certains (voilà le programme en détails).

L’occasion rêvée de revoir tous les films de 北野 武 !

C’est où ?
Takeshi Kitano, l’iconoclaste
Centre Pompidou
Place Georges Pompidou (4è) – M° Rambuteau ou Hôtel de Ville
Du 1er avril jusqu’au 21 juin 2010.
Tarifs: 6€/4€

Mon année Chopin

Je ne sais pas si certains d’entre vous s’en souviennent encore, mais par le passé, j’ai souvent dit sur ce blog que même si (malheureusement) mon piano ne vit pas avec moi, il me manque terriblement. J’adore le piano et j’en joue depuis un certain nombre d’années. Depuis que je suis toute petite, mon compositeur préféré c’est Chopin: c’est celui que je préfère jouer, celui que je préfère écouter, celui qui parle à mon cœur à chaque morceau et à chaque nouvelle écoute beaucoup plus profondément que n’importe quel autre musicien et compositeur. Ses nocturnes me font vibrer, ses valses couvrent mes joues de larmes, je suis amoureuse de sa Fantaisie Impromptue, folle de ses Mazurkas, enivrée par ses Polonaises… c’est bien simple: j’aime tout. Chopin, c’est ma musique de cœur.

C’est donc avec une joie non dissimulée que j’ai vu arriver l’Année Chopin à l’occasion du bicentaire de sa naissance. Au menu (jusque là): un moment en privé avec mon pianiste préféré, Alexandre Tharaud, il y a quelques mois à l’occasion d’un mini-récital à la Fnac (pour son album Chopin, Journal Intime). C’était magnifique, j’ai encore du mal à m’en remettre ! En parallèle, j’ai assisté à un concert à la Cité de la Musique (dans le cadre d’une série de concerts sur piano d’époque), un récital Chopin par Janusz Olejniczak, celui qui prête ses mains et son talent à Adrian Brody dans le film de Polanski, Le Pianiste. Je n’avais jamais entendu de concert sur piano d’époque et je ne m’attendais pas exactement à ça: le son est sec, abrupt, moins subtil et harmonieux que sur les pianos actuels, mais ce n’est pas inintéressant et ça permet de se rendre compte de ce que les gens entendaient à l’époque quand c’est Chopin lui-même qui jouait ses compositions dans les salons.

Et puis, Janusz Olejniczak ne joue pas Chopin comme Tharaud. Tharaud nous le susurre, nous le glisse insidieusement à l’oreille et parvient, on ne sait comment, à aller jusqu’au fond de notre être, de notre âme… Alors qu’Olejniczak nous l’impose, nous le jette en pleine face jusqu’à nous éblouir tellement qu’on n’arrive plus à penser. J’en ai encore plein les oreilles, autant vous le dire !

J’ai bien envie de m’acheter quelques albums pour compléter ma petite collection. J’ai déjà l’album de Tharaud, deux Best Of (dont un petit très bien chez harmonia mundi et un, pas trop mal, qui était vendu avec le Point il y a quelques semaines), un vieil album de Nocturnes que j’ai depuis au moins 10 ans et l’album du bicentenaire avec les meilleurs enregistrements de Rubinstein, Horowitz, Kissin et Luisada. Plusieurs intégrales me font également de l’œil, je vais regarder ça de près ! Si vous avez des conseils, je suis preneuse, évidemment.

A suivre aussi:
* La salle Pleyel, salle historiquement reliée à Chopin, organise cinq concerts prestigieux autour des œuvres de Chopin (programme ici).
* Une rétrospective de films au Cinéma le Balzac du 20 au 22 juin 2010 (chaque projection sera précédée d’un mini-récital).
* Des concerts de jeunes pianistes polonais candidats au concours International de piano Frédéric Chopin de Varsovie à la salle Cortot.
* Un cycle de 6 concerts gratuits au jardin du Luxembourg du 20 juin au 25 juillet.
* Un double hommage Chopin/Schumann (pour le bicentenaire de leur naissance) du 18 juin au 14 juillet à l’Orangerie de Bagatelle.

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Sans parler de deux petites expositions: l’une au musée de la Vie Romantique, l’autre à la Cité de la Musique qui permettent de situer la venue et l’installation de Chopin à Paris au cœur des cercles intellectuels et artistiques de l’époque, de comprendre son attachement indéfectible au piano et de pénétrer au cœur de l’atelier du compositeur. Si deux établissements publics collaborent autour de ce projet c’est avant tout parce que la BNF et le musée de la Musique possèdent dans leurs collections de nombreux témoignages de l’effervescence de l’époque: manuscrits, correspondances, estampes, premières éditions des œuvres, instruments et objets anciens. Passionnant !

Je vous emmène ?

Frédéric Chopin, La Note Bleue – Musée de la Vie Romantique

Jusqu’au 11 juillet prochain, le musée de la Vie Romantique, un endroit parisien un peu hors du temps que j’aime beaucoup, propose une petite exposition pour rendre hommage à Chopin, qui se rendait souvent dans cette maison rue Chaptal, en voisin et ami de Scheffer. L’exposition a été baptisée « La Note bleue » en référence à une discussion entre Eugène Delacroix et George Sand sur la musique de Chopin et les correspondances entre les notes et les couleurs. Sand a relaté cet échange dans ses mémoires, Impressions et souvenirs, et ressentait le jeu de Chopin comme « l’azur de la nuit transparente ».

Cette expo se traverse comme une sorte d’évocation des années parisiennes de l’artiste: elle essaie de recréer l’atmosphère historique, esthétique et poétique dans laquelle s’est épanoui le génie musical de Chopin entre 1831 et 1849. On navigue ainsi entre littérature, peinture et musique au milieu de peintures, sculptures et dessins de Chassériau, Clésinger, Corot, Delacroix, Courbet, Scheffer…

Le Musée de la Vie Romantique nous propose ici une évocation, une toute petite balade littéraire, esthétique et musicale dans les pas de l’artiste. On y apprend peu de choses au final (pas de but pédagogique ici), mais l’expo est à visage humain (pas adaptée DU TOUT à une foule trop nombreuse… contrairement au jour du vernissage !), et se visite avec les œuvres de Chopin en fond sonore. Pour les amoureux de l’artiste uniquement !

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C’est où ?
Frédéric Chopin, la Note Bleue

Musée de la Vie Romantique – Hôtel Scheffer-Renan
16, rue Chaptal (9è) – M° Pigalle ou St Georges
Ouvert tous les jours de 10h à 18h (nocturne le jeudi jusqu’à 20h), sauf les lundis et jours fériés.
Tarifs:
7€/5€
Le site.
Jusqu’au 11 juillet 2010.

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Chopin à Paris, l’atelier du compositeur – Cité de la Musique

L’exposition « Chopin à Paris, l’atelier du compositeur » est le fruit d’une très chouette collaboration entre la Cité de la Musique et la Bibliothèque Nationale de France et a un réel intérêt, dans le sens où elle permet de créer un lien immédiat entre l’écriture, l’image et les sonorités qui composent l’univers de Chopin. La Cité de la Musique nous propose ici un parcours thématique, en plusieurs parties, dans lequel s’entremêlent manuscrits, éditions rares, tableaux, dessins, partitions et instruments.

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La première partie de l’exposition, Pianopolis, nous fait découvrir Paris en 1830, à un moment où la ville est la capitale européenne des Arts et attire de nombreux artistes de l’Europe entière. C’est à cette époque que le goût pour le piano s’est affirmé (au tournant du XVIIIe siècle) et où l’instrument acquiert (au début du XIXe siècle) un véritable statut privilégié, notamment au sein de la bourgeoisie. C’est dans ce contexte que Chopin rencontre les pianistes Franz Liszt et Ferdinand Hiller, qui font la gloire des concerts parisiens, et voit en Frédéric Kalkbrenner un maître incontesté du piano. L’expo permet également de se rendre compte que les facteurs de piano, comme Sébastien Érard ou Camille Pleyel, sont aussi des acteurs essentiels de cette vie musicale, d’autant qu’ils adjoignent à leurs ateliers des salons qui deviennent rapidement des lieux de concert réputés.

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La seconde partie de l’expo nous propose une balade dans les cercles amicaux et artistiques de l’époque. On voit que pendant toute sa carrière Chopin est un artiste à part, préférant l’intimité des salons à la lumière des salles de concerts. A cette époque, c’est d’ailleurs dans ces salons que se joue la vie musicale, ce sont de vrais noyaux de sociabilité mondaine et des berceaux d’échanges entre les arts. Cela amène évidemment Chopin à fréquenter l’aristocratie et la haute bourgeoisie parisiennes, auprès desquelles il trouve ses premiers élèves et se produit en concert. Il y croise artistes, écrivains et journalistes, et y rencontre George Sand, qui jouera un rôle protecteur essentiel auprès du compositeur et lui rendra familiers certains cercles intellectuels. Ils auront une liaison entre 1838 et 1847.

Chopin, qui se considère toujours comme un exilé politique, fréquente activement le milieu de l’immigration polonaise où il retrouve ses racines culturelles. En 1833, il rejoint la Société Littéraire Polonaise, qui rassemble les intellectuels polonais exilés, dont le grand poète Adam Mickiewicz. Ce milieu, où la langue et les traditions polonaises reprennent vie, est déterminant pour Chopin puisque cela lui permet de garder un lien avec son pays et il compose d’ailleurs des œuvres d’inspiration polonaise, mazurkas ou polonaises, souvent dédiées à ses compatriotes en exil.

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Ensuite, l’expo nous fait pénétrer à l’intérieur de l’atelier de Chopin et c’est là, qu’à mon goût, elle devient vraiment la plus intéressante. On apprend que les premières œuvres parisiennes de Chopin privilégient d’abord des formes brèves – mazurkas, nocturnes – très vite concurrencées par des pièces de plus grand format telles que scherzos, ballades et polonaises. Brillant improvisateur, Chopin ne compose pas à sa table de travail mais au piano. Selon George Sand, « sa création était spontanée, miraculeuse… Elle venait sur son piano soudaine, complète, sublime ». Impressionnant quand on voit le résultat ! Vient ensuite une phase d’écriture, longue et difficile, comme en témoignent esquisses, manuscrits mis au net et épreuves corrigées. Ce travail laborieux s’achève lors de l’édition simultanée des œuvres de Chopin à Paris, Londres, Leipzig et Berlin: cette diffusion, plus que sa notoriété de pianiste, conforte sa célébrité dans toute l’Europe.

L’expo met également en lumière les sources d’inspiration de Chopin. Sa musique trouve ses racines dans celle des grands maîtres du passé comme Bach, dont il sait par cœur Le Clavier bien tempéré qu’il joue quotidiennement. Fin connaisseur de Mozart, son œuvre s’imprègne également du bel canto italien. À son arrivée à Paris, il assiste aux représentations de Robert le Diable de Meyerbeer dont la mise en scène spectaculaire l’enthousiasme. Il fréquente le Théâtre Italien, rencontre Rossini, Cherubini et Paër, et admire surtout l’art de Bellini.

L’exposition permet de voir qu’il choisit de cultiver aussi bien les formes et genres hérités de l’âge classique (études, préludes, sonates, variations) que celles dessinées par l’esprit romantique (ballades, nocturnes, scherzos, valses, tarentelles, berceuses). C’est dans cette double approche qu’il faut comprendre l’inventivité et le génie de la musique de Chopin. Le salon d’écoute, dans lequel on peut entendre de larges extraits musicaux et assister à des concerts donnés tous les samedis sur le piano à queue Broadwood que Chopin a utilisé en 1848 lors de sa tournée britannique, vaut vraiment la peine qu’on s’y attarde. Le parcours s’achève juste après, dans le salon de Cinéma où sont présentés des extraits de films autour de l’œuvre de Chopin.

Vous l’avez surement deviné, j’ai vraiment beaucoup aimé cette expo et pour plusieurs raisons. J’ai vraiment apprécié son atmosphère feutrée, intime et tamisée comme, j’imagine, devait l’être celle des salons qu’adorait fréquenter Chopin. La façon de présenter les manuscrits pour rappeler les racines de son art, son rapport complexe aux sonorités musicales, inventées dans l’élan de l’improvisation et recherchées dans les innovations de la facture du piano est tout à fait pertinente. J’ai largement préféré cette expo à celle du musée de la Vie Romantique: elle est bien mieux organisée, mieux agencée, bien documentée et en bonus, à l’entrée, nous est fourni un audio-guide gratuit avec accompagnement musical pour illustrer le propos. Du coup, tout au long du parcours, de longues plages musicales en rapport avec les œuvres présentées sont disponibles à l’écoute et l’on peut en profiter à son gré, c’est vraiment réussi. Une très belle expo, à ne pas manquer !

C’est où ?
Chopin à Paris, l’Atelier du Compositeur
Cité de la Musique
221, avenue Jean-Jaurès (19è) – M° Porte de Pantin
Ouvert du mardi au samedi de 12h à 18h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h) et le dimanche de 10h à 18h.
Tarifs (avec audio-guide inclus): 8€/5€60. Tarif réduit sur présentation du billet d’entrée à l’exposition Chopin, la Note Bleue du Musée de la Vie Romantique (et vice-versa).
Le site.
Jusqu’au 6 juin 2010.

Les grands maîtres espagnols à l’honneur au musée Jacquemart-André

Ce matin, et malgré le petit bout d’intoxication alimentaire dont, comme Uwe, je souffre un peu aussi (ne me parlez pas de bouffe !), je me suis rendue au vernissage de la nouvelle exposition du musée Jacquemart-André: Du Greco à Dalí : les grands maîtres espagnols de la collection Pérez Simón.

Cette exposition – qui sera présentée à Québec à l’automne 2010 – est réalisée en coproduction entre le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée Jacquemart-André. Nous sont présentés 50 œuvres et plus de 25 maîtres, réunis par le goût raffiné d’un grand collectionneur, qui présentent un panorama de la création artistique en Espagne au cours des quatre derniers siècles.

Le collection en question, c’est celle de Juan Antonio Pérez Simón, un important homme d’affaires mexicain d’origine espagnole et une personnalité reconnue dans le monde des collectionneurs. Depuis les années 1970, sa passion pour l’art et son goût pour la culture l’ont incité à réunir une collection exceptionnelle : peintures, sculptures, dessins, gravures, objets d’art décoratif, manuscrits, mais aussi une bibliothèque de plus de cinquante mille volumes. Cette collection, connue dans le monde entier, est l’une des plus importantes d’Amérique Latine par son caractère exhaustif ainsi que par la notoriété des artistes représentés. Amateur des grandes écoles européennes, les tableaux présentés au Musée Jacquemart-André représentent la partie hispanique de sa collection, la moins connue du grand public.

L’expo se construit autour d’un parcours thématique dans lequel chaque étape est l’occasion de confrontations inédites entre des œuvres de siècles différents: « Terres d’Espagne », « Une peinture tournée vers Dieu », « Portraits d’enfants », « Entre terre et mer », « Le corps féminin », « Portraits de femme » et « Les créateurs du  monde moderne ».

Ces grands thèmes permettent de souligner les traditions et les ruptures qui ont fait le succès de l’école espagnole:
* On découvre le siècle d’or de la peinture sacrée avec les œuvres du Greco, de Jusepe de Ribera et de Bartolomé Estéban Murillo et l’on plonge au cœur des différents visages de l’art de la réforme catholique. Les artistes, souvent influencés par la pensée mystique, traduisent un monde aspirant à la gloire céleste par de saisissants effets de clair-obscur. Puis le ténébrisme laisse place aux peintures lumineuses de Murillo, maître du baroque espagnol, qui a laissé à Séville de nombreux disciples.
* À cet art religieux répond un art profane dominé par les grands portraits de cour et la finesse d’un Goya. Grands collectionneurs férus d’art italien et flamand, les monarques espagnols ont néanmoins confié à des peintres espagnols la réalisation de leurs portraits. De Sánchez Coello à Goya, on voit que les artistes mêlent intimement l’image du pouvoir à celle de la réalité.
* Par la suite, on se rend compte que l’opposition à l’occupation napoléonienne, la lente émergence d’un état moderne et la découverte des richesses de la civilisation espagnole par l’Europe tout au long du XIXè siècle ont contribué à asseoir le sentiment d’une forte identité nationale. À travers de grandes scènes de fêtes populaires qui s’offrent à nous dès la première salle, on voit que ce mouvement déploie sur la toile toute la beauté des costumes traditionnels et des décors des villes pavoisées. Il développe également un goût pour les sujets intimes, jeux de plage, jardins et vie de famille. Joaquin Sorolla est le maître incontesté de ces scènes dédiées aux bonheurs simples: des couleurs vives, fortes et éclatantes illuminent ses toiles.
* Les dernières salles de l’exposition sont, quant à elles, dédiées à la Modernité dans la peinture espagnole. On voit que le traitement de la lumière devient le maître mot des héritiers de Sorolla. Quant à celui de la couleur, il subit l’influence de l’impressionnisme français. L’exposition s’achève avec ces grands maîtres espagnols qui ont révolutionné l’art occidental, que ce soit Pablo Picasso, Juan Gris, Joan Miró ou Salvador Dalí. Une riche sélection d’œuvres graphiques et picturales de ces artistes offre un aperçu intéressant de cette évolution jusqu’à Tàpies.

Un petit tour en images ?

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Comme à chaque fois au musée Jacquemart-André, il s’agit ici d’une petite exposition, une cinquantaine d’œuvres seulement sont présentées à travers 8 salles pas très grandes et plutôt confinées. En revanche, en comparant aux dernières expositions que j’ai pu y voir (primitifs flamands et italiens), les toiles sont globalement bien plus grandes et plus espacées, beaucoup mieux éclairées et on y voit clair. Ce qui fait que même s’il y a foule quand vous souhaiterez vous y rendre (ce qui est systématiquement le cas pour les expos du musée JA), vous n’aurez pas trop de mal à bien regarder les œuvres. Y’a du progrès ! Pour le reste, j’ai trouvé l’expo assez intéressante, mais en toute honnêteté, je ne sais pas si ça aurait été autant le cas si je n’avais pas eu la chance d’assister à une visite guidée par les commissaires de l’exposition eux-mêmes (qui savent très bien nous faire partager leur passion, évidemment !). En tout cas, c’est plutôt instructif, puisque mis à part quelques peintres très célèbres (El Greco, Murillo, Dalí, Picasso, Miró…), les œuvres exposées ne sont pas spécialement connues (en tout cas, je ne les connaissais pas !). Une bonne occasion de les découvrir donc, tout en explorant une sorte de mini-panorama de l’évolution de la peinture espagnole au fil des siècles.

Ah et n’oubliez pas, comme d’habitude, vous pouvez télécharger gratuitement sur le site du musée la visite commentée  au format MP3 mais en plus, comme pour l’expo précédente, a été mise en place une appli iPhone téléchargeable sur l’App Store (1€59). Comme pour l’appli Munch il y a quelques semaines, le principe est le même, il s’agit d’un vrai guide de visite avec vidéo de présentation, une intro, des bonus audios et surtout la possibilité de refaire la visite guidée à la maison (puisqu’en même temps que le commentaire audio, vous avez aussi l’image de l’œuvre qui apparait). Sinon, quoi qu’il arrive un audio-guide présentant une vingtaine d’œuvres majeures est remis gratuitement à chaque visiteur. Excellente initiative, et bien trop rare, malheureusement !

C’est où ?
Du Greco à Dalí : les grands maîtres espagnols de la collection Pérez Simón
Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann (8è) – M° Miromesnil
Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h, nocturne le lundi jusqu’à 21h30.
Tarifs: 10€/7€50. Audioguide gratuit.
Du 12 mars au 1er août 2010.

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Little Miss Chatterbox

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