De l’Art

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William Blake au Petit Palais

Jusqu’au 28 juin, il est encore possible d’aller admirer au Petit Palais environ 150 dessins, gravures, enluminures, livres et aquarelles de William Blake prêtés pour l’occasion par de grandes institutions britanniques.

William Blake (1757-1827) est évidemment beaucoup plus connu en Angleterre, qu’en France, même s’il est quand même difficile d’ignorer -lorsqu’on s’intéresse un minimum à l’art en général- cet artiste qui fut à la fois poète, peintre et graveur. Pour ceux qui, en outre, auraient vu l’excellent film « Dead Man » de Jim Jarmusch, ils se rappelleront sans doute que le héros du film, incarné par Johnny Depp, s’appelle William Blake (même s’il n’est pas le William Blake « historique ») et que son acolyte, l’Indien bizarre, cite sans cesse des vers de Blake, croyant qu’il a affaire au poète et peintre anglais !

Bref ce n’est pas tous les quatre matins que les œuvres picturales de William Blake sont exposées dans notre pays : la dernière exposition en date remonte à 1947 (avec le soutien de Gide). La rétrospective qu’abrite aujourd’hui le Petit Palais est donc d’autant plus précieuse et importante.

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Le cheminement dans l’exposition suit l’évolution de l’homme. On commence par les années d’apprentissage et des dessins et gravures classiques et maîtrisés, des reproductions de tombes, d’œuvres de Watteau, etc. Rien qui révèle la personnalité de ce jeune homme qui avait commencé à écrire des poèmes de style élisabéthain à l’âge de 12 ans. Puis on passe à ses eaux-fortes et ses livres enluminés selon une technique nouvelle (dictée en rêve par son frère décédé d’une tuberculose): « Il n’est pas de religion naturelle », « Tiriel » (un poème épique), « Les chants d’innocence » et « Les chants d’expérience ». Les planches extraites de ces deux derniers recueils sont des petites merveilles où les textes sont imbriqués à des gravures d’une grande finesse aux couleurs douces et aux détails souvent adorables et/ou terrifiants.

Rien à voir avec les livres enluminés prophétiques qu’il commence à élaborer et publier à partir de 1794. « Le livre de Thel », « Le mariage du ciel et de l’enfer », « L’Amérique, Prophétie », « L’Europe, Prophétie » rompent avec ses œuvres précédentes. Il y exprime sa certitude que l’Histoire est une lutte permanente entre la liberté et la tyrannie; les révolutions et la poésie étant les seuls moyens pour l’homme de se libérer de la malédiction des oppressions religieuses et sociales, de la guerre, l’esclavage, etc.

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L’exposition rend donc vraiment grâce au parcours de Blake, lui qui fut graveur de profession et qui, chemin faisant, peaufina ses techniques jusqu’à les élever au rang d’art majeur. Elle permet d’embrasser toutes les facettes de son talent, de mieux comprendre à la fois ses techniques, ses obsessions thématiques et formelles, sans oublier les circonstances ayant conduit l’artiste à produire ses œuvres.

Ainsi, on comprend à quel point l’importance du mécénat dans les compositions de Blake est majeure : par exemple William Hayley qui lui commanda une série de 18 portraits de poètes et penseurs majeurs de l’histoire universelle (parmi lesquels, exposés, Dante, Milton ou Voltaire) ; ou bien encore Joseph Thomas d’Epsom, qui entre autres lui confia des illustrations pour le « Paradis perdu » de Milton ; ou enfin Thomas Butts qui commanda à Blake des suites d’illustrations pour la Bible ou la « Divine Comédie » de Dante.

Car William Blake ne fut pas reconnu comme un grand artiste de son vivant : il fallut près d’un demi-siècle après sa mort pour que sa patrie le considère avec les honneurs qui lui étaient dus. Sans ces commandes, peut-être le graveur n’aurait-il pu subsister ni livrer ses chefs-d’œuvre.

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Ce qui caractérise William Blake dans l’ensemble de ses compositions, c’est une inspiration mystique, sans doute parfois hallucinée, qui se nourrit de visions, de prophéties, de grands souffles épiques et religieux et de dialogues également avec son frère mort, Robert. Pourtant, cette exaltation extrême est comme contrebalancée par la précision du trait, un peu comme si l’art de Blake parvenait à faire la synthèse entre le mouvement néoclassique, les grands artistes de la Renaissance (Raphaël, Michel-Ange, Dürer) et même les enluminures et le gothique médiéval, en y incorporant le souffle novateur du romantisme (en anticipant même, par endroits, le surréalisme qui naîtra un siècle plus tard).

Cette inspiration prophétique est également très marquée par un manichéisme fort qui s’exprime dans la représentation du Bien et du Mal, de la tristesse et de la joie, et qui donnent aux compositions de Blake quelque chose de toujours très tendu, très frénétique, parfois proche du délire. Le manichéisme est d’ailleurs accentué par une sorte de contradiction au sein même des conceptions philosophiques et esthétiques de Blake. Car le poète et peintre est tout à la fois très exalté vis-à-vis des mouvements révolutionnaires qui fleurissent aux Etats-Unis puis en France, lesquels sont quand même largement véhiculés par les idées des philosophes des Lumières, et parallèlement très hostile à la Raison en tant que telle, dès lors qu’elle empêche l’inspiration, l’imagination et la vision de s’exprimer et tend à « désenchanter » le monde.

Qu’il invente ses propres créations mythologiques ou qu’il reprenne les grands auteurs classiques (Dante, Shakespeare, Milton), William Blake a la même façon de faire coexister une certaine quiétude poétique (voire religieuse) et les images infernales et apocalyptiques, ne cessant jamais de naviguer entre la simplicité et le chaos.

J’ai vraiment trouvé cette expo riche et passionnante. Quand j’étais en prépa, j’avais surtout étudié le Blake poète et cette expo m’a aidé à comprendre le travail de cet artiste dans son ensemble. Je vous la recommande donc chaudement: elle n’est pas très grande mais bien complète et la scénographie sobre et agréable. Tout est fait pour nous faire pénétrer petit à petit dans le monde de Blake, un monde hanté de flammes, de ciels surnaturels et de personnages fabuleux ou terrifiants, et nous faire découvrir un poète, un graveur, un aquarelliste, et sa postérité (la dernière partie de l’expo est consacrée aux traces qu’a pu laisser Blake, avec des extraits de films, de chansons, une toile de Bacon…).

C’est où ?
William Blake – Le Génie visionnaire du romantisme anglais
Petit Palais –  M° Champs-Elysées Clémenceau
Ouvert tous les jours, de 10h à 18h, sauf les lundis et jours fériés. Nocturne le jeudi jusqu’à 20h.
Jusqu’au 28 juin 2009.
Tarifs: 8 euros / 6 euros / 4 euros.

L’Affordable Art Fair ou l’art contemporain abordable !

Fort du succès de la première édition qui avait rassemblé plus de 8000 visiteurs, l’Affordable Art Fair Paris revient du 4 au 7 juin à l’Espace Champerret, dans le 17ème. Le concept est toujours le même : proposer de nombreuses œuvres (photographie, peinture, dessin ou sculpture) à des prix plutôt abordables (toute proportion gardée) allant de 100 à 5000 euros. La première AAF a été lancée par Will Ramsay à Londres il y a dix ans. L’objectif était alors de mettre en relation galeristes, jeunes artistes et grand public. Après New York, Bristol, Sydney, Melbourne, Bruxelles et Amsterdam, la foire signe donc son retour à Paris, sous la houlette de Yann Bombard.

Courbet

La deuxième édition parisienne de cette foire d’art contemporain apportera son lot de nouveautés : une rénovation totale des lieux (avec un accès facilité et une plus grande convivialité), un plus grand nombre de galeries (80 exposants et près de 600 artistes), un tremplin dédié aux jeunes talents et l’organisation d’une nocturne le jeudi pendant laquelle sera proposée une vente aux enchères au profit de l’association Sol En Si.

D’autres activités telles que des ateliers pour petits et grands, un service de coaching en art, des performances d’artistes ou un service d’emballage des œuvres sont également prévues.

Je dois vous avouer que je suis très intriguée par cet évènement et j’aime énormément la campagne d’affichage qui peuple les couloirs du métro depuis quelques semaines… Pour celles et ceux qui ne seraient pas passés devant, j’vous ai mis mes 2 affiches préférées (les futurs Courbet et Pollock !!) pour illustrer ce billet. Même si pour le moment, je ne dispose que de modestes moyens d’étudiante qui dépense son maigre pécule dans les voyages (aheum), j’espère, à moyen terme, pouvoir investir dans une ou plusieurs œuvres d’art contemporain. J’ai été invitée au vernissage de l’AAF demain soir, donc je pense évidemment aller y faire un tour et très certainement vous faire un mini compte-rendu avec mes impressions en direct live (mouahahah).

Rendez-vous à l’Espace Champerret à partir du 4 juin, à 11h.

Pollock

C’est où ?
Affordable Art Fair 2009
Espace Champerret
2, place de la Porte Champerret (17è) – M° Porte de Champerret/ Louise Michel
Ouvert de 11h à 20h du 4 au 6 juin et de 11h à 19h le dimanche 7 juin. Nocturne le jeudi 4 juin jusqu’à 22h.
Tarif: 13€ / gratuit pour les moins de 18 ans.
Plus d’infos ?

La saison des Primitifs Italiens à Paris

Le thème du jour c’est un peu: « 1 billet pour 2 expos » ! Deux expos dont je dois également vous parler depuis des lustres… On se demande ce que je fous, hein ! Bah, ça m’arrive de travailler quand même… de temps en temps !

Mais revenons à nos moutons.

L’exposition « Filippo et Filippino Lippi. La renaissance à Prato » présentée au Musée du Luxembourg rassemble une soixantaine de tableaux et sculptures du XIVe au XVIe siècle, encore jamais présentés en France (et, pour certaines œuvres, jamais sorties d’Italie), provenant en partie du musée municipal de Prato, ainsi que d’autres institutions de la région. Ville située en Toscane, à 15 km au nord de Florence, Prato fut, sans conteste, un important foyer artistique durant cette période grâce notamment aux nouveautés stylistiques initiées par Filippo Lippi, puis son fils Filippino, lors de leurs séjours respectifs à Prato. L’expo du Musée du Luxembourg permet d’apprécier l’influence des Lippi dans l’avènement d’un style novateur, la Maniera, développée avec leurs plus proches collaborateurs (Fra Diamante et Domenico di Zanobi), puis relayée par leurs suiveurs (Tommaso di Piero dit Il Trombetto, Luca Signorelli, Zanobi Poggini, Raffaellino del Garbo, entre autres).

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Filippo Lippi et Fra Diamante, l’Annonciation avec saint Julien (vers 1460)

Comme toujours, le Musée du Luxembourg ne brille pas par son sens de la pédagogie et cette expo n’y déroge pas du tout. Il a fallu que je me plonge dans mes hors-séries et mes bouquins d’histoire de l’art pour comprendre vraiment le pourquoi du comment… Pour 9€ (en tarif réduit) c’est vraiment dommage et un peu scandaleux, quand même. Ceci dit, la scénographie de l’expo est vraiment magnifique et rend hommage aux toiles présentées ici.

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Filippo Lippi et Fra Diamante, La Nativité avec saint Georges et saint Vincent Ferrier (vers 1456)

Les Lippi, Filippo (né à Florence vers 1406) et son fils Filippino (né à Prato en 1457), figurent parmi les artistes les plus respectés à Prato au XVe siècle. Moine carmélite, Filippo menait pourtant une vie dissolue que seul le patronage de son mécène, le grand-duc de Toscane Côme de Médicis, mit à l’abri de la justice. En effet, Filippino est né de l’union de Filippo avec une religieuse du couvent de sainte Marguerite, Lucrezia Buti ; tous deux furent libérés de leurs vœux par le pape Pie II grâce à l’intercession de Côme de Médicis. Le principal mérite de Lucrezia aura d’avoir été son modèle pour des œuvres où sa beauté limpide et la finesse de ses traits font merveille : la Vierge de la Ceinture (vers 1460) où elle est sainte Marguerite ou l’extraordinaire Madone dite « Lippina » de la Galerie des Offices de Florence (ci-dessous).

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Filippo Lippi, Vierge à l’Enfant et deux anges (1457-1465)

Par rapport à l’exposition simultanée « De Sienne à Florence – Les Primitifs Italiens, la collection d’Altenbourg » au musée Jacquemart-André, celle du Musée du Luxembourg paraît moins variée et plus limitée, mais franchement, je trouve que les deux se complètent très bien. Le musée Jacquemart-André confronte une quarantaine d’œuvres de deux écoles majeures de la première Renaissance italienne: celle de Sienne qui compte dans ses rangs Lippo Memmi, Pietro Lorenzetti ou Sano di Pietro et celle de Florence représentée, entre autres, par Fra Angelico, Lorenzo Monaco, Masaccio ou Filippo Lippi.

Si vous voulez les voir de près – il s’agit très majoritairement de petits formats dont les détails sont merveilleux – il convient de se lever tôt, car il y a souvent du monde et les salles sont petites. Et je vous recommande chaudement, avant votre visite de télécharger ici, l’audioguide gratuit, ça aide à mieux comprendre ce qu’on regarde. Quoi qu’il en soit, la beauté de la Vierge, la crucifixion, la Madone à l’enfant, la Nativité et les autres mises en scène de la vie des Saints sont mises en valeur par la finesse des traits et la palette de couleurs des maîtres de Sienne ou de Florence, jouant sur les effets de camaïeux ou de contrastes entre les verts amande, les roses tendres ou « terre de sienne », les mordorés, les bleus profonds ou les rouges vifs.

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Sano Di Pietro, Marie retournant au Temple (1448-1452)

Ici, on assiste à l’évolution progressive du style « icône byzantine » au portrait moderne, des années 1280 au début du XVe siècle. L’ensemble, composé en dix années par le baron Bernard von Lindenau (1779-1854), provient en grande partie des collections du musée d’Altenbourg. Parmi ces œuvres, certaines proviennent de polyptyques aujourd’hui dispersés. L’exposition est donc l’occasion de reconstituer, en grande partie, certains d’entre eux, grâce aux prêts de grands musées français, allemands, anglais et italiens. Parmi ces ensembles, on remarquera, en particulier, une série d’œuvres de Fra Angelico sur la vie de Saint François.

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Lippo Memmi, sainte Marie Madeleine

Bref, vous l’avez compris, ces deux expositions se complètent et sont vraiment intéressantes, bien que très peu accessibles aux malheureux visiteurs, qui comme moi, ne sont pas pointus sur le sujet. Elle pêchent surtout par manque d’explications et de contextualisation, je suppose… Et c’est bien dommage car les œuvres sont splendides.

Sachez que si vous conservez le billet de l’une des 2 expos, vous pouvez bénéficier d’un tarif réduit pour l’autre expo.

C’est où ?
* « Filippo et Filippino Lippi. La renaissance à Prato »
Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard (6è) – RER Luxembourg
Ouvert tous les jours, jusqu’au 2 août.

* « De Sienne à Florence – Les Primitifs Italiens, la collection d’Altenbourg »
Musée Jacquemart-André
158, Bd Haussmann (8è) – M° Miromesnil
Ouvert tous les jours de 10h à 18h, jusqu’au 21 juin.

Samedi soir: la Nuit des Musées à Paris

nuit_mus_esA chaque saison, sa nuit au musée ! Non, aujourd’hui je ne vous parlerai pas du film avec Ben Stiller en gardien de nuit qui sort mercredi prochain, mais plutôt de la Nuit des Musées. Si à l’automne on a droit à la Nuit Blanche, la nuit des Musées tombe quant à elle à chaque printemps. Non seulement, cet évènement est l’occasion de s’offrir des vues extraordinaires de la ville « by night », mais en outre, il permet de visiter de nuit, de nombreux musées… et c’est gratuit, en plus !

Presque tous les musées de Paris seront ouverts la nuit du samedi 16 mai, avec beaucoup d’événements exceptionnels de programmés: des visites guidés, des lectures, des concerts, des quizz, des spectacles (et spectacles lumineux), des performances, du cinéma, des parcours animés, des dégustations, des illuminations, des ateliers pour enfants, de la danse, des conférences, et même des visites à la lueur de chandelles ou avec des casques équipés de torches !

Le choix est vraiment très large, et nul besoin de rester debout jusqu’à minuit pour en profiter: nombre d’événements commencent vers 18h ou 19h avec une fermeture vers 23h ou minuit, suivant le lieu.

Cette nuit prestigieuse est désormais parrainée par l’UNESCO; pour être sûrs de ne rien rater, planifiez bien votre soirée en regardant le programme sur le site officiel, plutôt bien fait je trouve.

De mon côté, je suis contente car demain soir, M’sieur Fnac m’invite à une visite privée de l’expo Tati à la Cinémathèque yiiiiiiiiiiiii !

tati

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